INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 233

CREVER L’ABCÈS

Mythes et réalité de la politique canadienne

Bruno Deshaies
jeudi 1er décembre 2005

« Le Parti québécois a comme objectif fondamental
de réaliser la souveraineté du Québec de façon démocratique.
Au moment opportun,
le gouvernement du Québec soumettra donc à la population
le projet de faire du Québec un pays souverain
et de présenter au Canada une offre de partenariat.
»
(Programme du Parti québécois, Article 1.)

Les élections canadiennes du 23 janvier 2006 seront un bon test pour le Canada-Anglais. Mais ce pays indépendant ne peut souffrir indéfiniment les réactions de son appendice culturel, la province of Quebec.

Du côté québécois, le sentiment national – s’il est vraiment fort – sera-t-il assez puissant pour défendre l’intérêt national des Québécois comme nation ?

Suffira-t-il de condamner le scandale des commandites et les mœurs politiques corrompues du Parti libéral du Canada afin de rayer du paysage canadian l’incontournable objectif de l’unité nationale ? Comment dans un tel contexte penser comme Denise Bombardier et s’imaginer que le débat sur la souveraineté est une affaire à régler strictement entre Québécois ? Le partenariat n’est-il pas en soi une question canadian ?

Les quatre partis politiques fédéraux dont deux sont d’envergure canadian et les deux autres qui visent des objectifs régionaux ou sociaux-économiques ne sont certainement pas en mesure de convaincre les Canadiens et les Canadians de se donner un gouvernement majoritaire à Ottawa. Pourtant, ils devront, à leur corps défendant, faire le pari qu’un gouvernement majoritaire est préférable à des jeux de coulisses qui les discréditent tous devant l’opinion publique. Il semble que le chef du NPD a compris la leçon et qu’il n’empêchera pas la formation d’un gouvernement majoritaire dans le prochain parlement fédéral,

Les Canadiens et les Canadians peuvent continuer de maintenir l’instabilité ministérielle du gouvernement après les élections tout comme les Québécois peuvent croire « scorer des buts » en élisant une forte députation bloquiste à Ottawa. Par contre, ce que les électeurs ontariens s’apprêtent à décider aura des répercussions énormes sur la gouverne du Canada. Ou les Ontariens veulent maintenir la vision trudeauiste ou ils admettent finalement que le Canada a besoin de réviser ses priorités comme gouvernement central. Il serait pour le moins étonnant que cette deuxième possibilité l’emporte… Si tel était le cas, les Ontariens feraient la preuve d’un instinct de domination en reportant le Parti libéral au pouvoir. En revanche, s’ils agissaient autrement le 23 janvier prochain, ils devraient cesser de croire que le Canada est la chose du Parti libéral.

N.B. Observer le drapeau canadian derrière Paul Martin à l’occasion de son discours lundi dernier devant les membres du caucus de son parti. Cette scène nous indique : « C’est NOUS le Canada ! » C’est trop ! C’est même TROP gros.

C’est le cas de le dire, c’est vraiment une affaire canadian sur laquelle les Québécois n’ont pas beaucoup de prise. Ils demeureront d’éternels observateurs et commentateurs de l’événement. Encore une fois, le Canada-Anglais aura fait la preuve qu’il peut gouverner sans eux.

L’infériorité de la nationalité minoritaire à l’échelon central, comme le pense Maurice Séguin, signifie qu’« il ne peut y avoir que SUBORDINATION de la nation minoritaire et SUPERPOSITION de la nation majoritaire » (cf. Les Normes, 3.10.1.1.-h)-2). Donc, pour les nations annexées (par ex. : le cas du QUÉBEC), c’est « la SUBORDINATION SUR PLACE et la SUPERPOSITION » du Majoritaire sur le Minoritaire (cf. Les Normes, 3.7.1.3). Le Bloc québécois devrait tirer toutes les conséquences de cette situation de fait quant à la place qu’il croit occuper au parlement fédéral.

Les Québécois ont donc un examen de conscience à faire au sujet du Bloc québécois. Ce parti régional, provincialiste et nationaliste doit reconsidérer sa participation au sein de l’union canadienne. S’il veut défendre les intérêts du Québec, il aurait plus à faire qu’à s’indigner de ce qui se passe sur la colline parlementaire fédérale. Il aurait plus à faire que d’étudier de façon obsessionnelle les dossiers de la politique canadienne qui, parfois, ne concernent en rien ou très peu le Québec. En fait, il a surtout l’obligation de se convertir en un défenseur tenace de l’indépendance du Québec ou à quitter tout simplement la scène politique fédérale afin de multiplier les énergies dont a tant besoin le Parti québécois. La division des forces est rarement une garantie de succès même si théoriquement cette situation peut présenter pendant un certain temps quelques maigres avantages. Elle est finalement désastreuse, car le partenariat confédéral est justement la conséquence de cette idéologie politique. En ce sens, l’indépendance est un mythe, de la poudre aux yeux. Les « purs et durs » de l’indépendance du Québec, comme on se plaît à le dire parmi les fédéralistes et même parmi les péquistes souverainistes, refusent tout autant ce partenariat que le Canada-Anglais.

Quant au NPD, il ferait mieux de se convertir en un groupe de pression qui entreprendrait des combats sectoriels sur des questions bien particulières selon son orientation socio-démocrate plus ou moins à gauche et qui pourraient obliger le gouvernement élu de tenir compte de ce que les Canadiens et les Canadians veulent ou souhaitent véritablement.

Les libéraux, pour leur part, auront à nous convaincre qu’ils ne font pas qu’entretenir des mythes sur la réalité canadienne. Par conséquent, ils doivent obligatoirement se débarrasser de leur vision étroite et partisane du Canada. Les Canadiens ont à leur donner une réponse claire et sans équivoque : ils doivent leur signifier que la porte de sortie est plus honorable que d’essayer à se maintenir au pouvoir en empruntant la plus petite porte qui est celle de l’achat des consciences.

Pour leur part, les conservateurs, comme parti politique national (!), auront l’immense besogne de clarifier leur programme politique et surtout d’offrir à l’Ontario et au Québec une vision neuve et originale de la gestion du Canada. Et aux autres provinces des moyens plus tangibles de se faire entendre au Central. En fait, les conservateurs devront démontrer qu’ils peuvent gouverner le Canada en instaurant un meilleur équilibre dans le partage des finances fédérales et provinciales. De plus, ils auront l’obligation de diriger le Canada dans un autre esprit que celui des Jean Chrétien et Paul Martin. En fait, ils auront la tâche incontournable de purger la haute fonction publique fédérale de tous les dinosaures de l’époque Trudeau et de la racaille libérale qui a succédé au gouvernement des conservateurs de Brian Mulroney.

Voilà un discours de fédéraliste. Tout ce placotage politique est bien ennuyeux. Chacun peut s’amuser avec les sondages de l’un ou de l’autre. Comme pour une partie de hockey, il est possible de parler longuement des joueurs, de l’équipe, des entraîneurs, de l’équipement, des blessés, du public, de la glace ou des arbitres. Chacun peut faire son pronostic. Puis après… On s’en fout ! Est-ce que les Canadiens et les Canadians iront voter uniquement pour le plaisir d’assister à un match-revanche ou à une autre période supplémentaire qui devra obligatoirement prendre fin à un moment donné ?

Ils devront bien crever un jour l’abcès de ce cirque politique entre cocus contents qui font vivre artificiellement le Canada uni en l’absence constitutionnelle du Québec comme entité historique et politique au Canada. Ici, le Bloc québécois a une lourde responsabilité, puisqu’ il ne s’applique même pas à lever le voile sur cette difficulté fondamentale tant il est obnubilé par la vie parlementaire quotidienne canadian à Ottawa.

C’est un mythe de croire qu’un parti régional, provincial, québécois, nationaliste, souverainiste (!) et en faveur d’un partenariat (voir la phrase en exergue) ne peut servir efficacement à Ottawa et défendre les intérêts du Québec en ignorant ou en occultant le fait que les Canadians sont là pour se défendre eux-mêmes et qu’ils vont se défendre. C’est sûrement en ce sens que la campagne électorale pourra être sale. Telle est la réalité de la politique canadienne. Cette politique n’est pas un mythe ou un rêve, elle vise un SEUL objectif : L’UNITÉ CANADIENNE. Tous les autres s’ordonnent en fonction de lui. Le Bloc québécois devra vivre avec cette réalité fondamentale sans s’imaginer que son désir de fonctionner dans l’esprit qu’il serait lui-même l’incarnation la plus fondamentale de la proportionnelle. Si tel est le cas, le Bloc québécois a déjà accepté de facto son annexion. S’il veut faire la souveraineté, il ne peut pas à la fois accepter le régime et le combattre et le nier en même temps. C’est chercher la quadrature du cercle.

QUAND LES BLOQUISTES DÉCIDERONT DE DÉFENDRE L’UNITÉ QUÉBÉCOISE, ILS FERONT MONTRE DE COURAGE ET DE DÉTERMINATION. Ils cesseront de nous « vendre » des vessies pour des lanternes. Pour ce faire, ils devront affirmer que « l’émancipation d’une nation annexée demeure un objectif nécessaire en lui-même ». Et si, de plus, ils croient fermement à ce qu’ils disent, ils pourront aussi penser qu’« on ne peut prétendre qu’une nation annexée, colonisée n’a qu'un droit « éloigné »… à l’indépendance ». Alors ils seraient en mesure avec l’appui de la population québécoise de provoquer cette révolution politique de l’indépendance du Québec qu’ils chérissent si fortement et qu’ils souhaitent si ardemment réaliser. Ils ne doivent plus compter sur les élections fédérales pour y arriver. Les grands chefs politiques savent voir clair afin d’atteindre le but qu’ils se sont fixé. En ce qui concerne le Québec, ce grand chef politique doit savoir «ce que c’est que l’indépendance, sans se « faire avoir ».

Bruno Deshaies