INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 234

AFFIRMER L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC

« Faites-vous un cadeau ! »

Bruno Deshaies
jeudi 8 décembre 2005

« En affirmant de façon grotesque
que sa déclaration s'apparentait au nazisme,
le ministre des Transports [Jean Lapierre]
a disjoncté une fois de plus. »
(Michel David, « Partis pour la gloire. »
Le Devoir mardi 6 décembre 2005.)

Des déclarations comme celles-ci pleuvront dans les semaines à venir (voir NOTE no 1). Mais l’ultime réponse à tout ce brouhaha sera connue le 23 janvier prochain. D’ici là, les Québécois sont invités « à se faire un cadeau ». Mais lequel ?

Dans une opinion publiée par Le Devoir, un lecteur de ce quotidien, monsieur Patrice Boileau, nous rapporte sous la rubrique des Lettres (au Devoir)

Deux chefs en sursis

Dans Le Devoir, lundi 5 novembre 2005, Monsieur Boileau écrit ce qui suit :

Le déclenchement des élections fédérales montre que le fédéralisme canadien, plus que jamais, ne fonctionne plus. Ce système politique est incapable de faire cohabiter deux peuples de manière équitable. La nation québécoise, minoritaire dans le Canada, nécessite des compétences distinctes pour protéger sa différence, ce que l'État canadien lui a toujours refusé.

Le gouvernement libéral de Paul Martin, qui ne tient pas compte des demandes de l’Assemblée nationale, s’est même livré ces dernières années à du sabotage fiscal de manière à affaiblir économiquement le Québec. L’odieuse stratégie a tenté de convaincre les Québécois que leurs élus à Québec étaient inaptes à gérer efficacement les deniers publics, même en période de prospérité. Sauf que les gargantuesques surplus emmagasinés simultanément par Ottawa ont dévoilé l'extorsion de fonds !

Les Québécois ne pourront malheureusement pas récupérer les milliards usurpés depuis près de dix ans, parce que les libéraux se sont empressés, avant d'être défaits, de les dilapider en promesses électorales.

Néanmoins, ils pourront sanctionner sévèrement les auteurs de l’escroquerie par les urnes en janvier prochain. […]

…Restera au Québec à démissionner du Canada afin de sortir de l’impasse politique qui paralyse les deux pays. (Fin de la citation)

Avec les élections 2006, nous assisterons une pénultième fois à une litanie de récriminations sur les malheurs pour le Québec de vivre dans le fédéralisme canadian. Mais ce type de fédéralisme comme tous les fédéralismes dans le monde ont un caractère centralisateur. Dans les faits, la nation annexée subit une subordination sur place et une superposition (cf. Les Normes, 3.7.1.3). D’ailleurs, c’est toujours ce que produit le fédéralisme quant une nation est sous le joug de l’annexion. Tous les politiques qui représentent la nation annexée au central ou au régional doivent se rendre compte de la situation d’infériorité dans laquelle ils sont placés. Ils doivent principalement se rappeler qu’à l’échelon central :

– il ne peut y avoir que subordination de la nation minoritaire et superposition de la nation majoritaire ;

– il ne saurait y avoir au central une banque centrale pour le majoritaire et une banque centrale pour le minoritaire, mais des individus dans le système bancaire central ;

– il ne saurait y avoir, au central, une armée pour le majoritaire et une armée pour le minoritaire, mais des officiers et des soldats, des régiments « bien encadrés » dans le système militaire central.

– Etc. (Cf. Les Normes, 3.10.1- H)-2.)

Ces notions fondamentales portant sur le fédéralisme doivent surtout être bien comprises par les différents groupes souverainistes.

Revenons à la déclaration de monsieur Gilles Duceppe. Le Bloc québécois pourra toujours se consoler même s’il ne parvenait pas détenir la balance du pouvoir à soutenir qu’un régime électoral selon les règles de la proportionnelle serait un acquis démocratique incroyable entre les mains des Québécois. Quelle fumisterie ! Après avoir accepté l’idée du partenariat, voilà que le BQ s’imagine qu’il pourra vivre du régime de la proportionnelle en imaginant pouvoir faire ainsi l’indépendance du Québec. Quelle idée farfelue !

Ce dont les Québécois ont le plus besoin, c’est de se trouver des représentants de la nation qui croient que l’indépendance est un bien en soi qui demeure absolument nécessaire. Ce qui signifie selon l’une des normes de Maurice Séguin ce qui suit :

iv) L’émancipation de la nation annexée demeure un objectif nécessaire en lui-même

Q) La libération, la recherche de l’indépendance (au sens restreint) demeurent des objectifs


– théoriquement toujours nécessaires en eux-mêmes :

• l’indépendance politique directement, en elle-même,
• l’indépendance économique directement, en elle-même,
• l’indépendance culturelle directement, en elle-même,
• et les trois indépendances, indirectement, par interaction. (Les Normes, 3.10.1.4-Q)

Dans cet esprit, les bloquistes devront donc travailler très fort pour faire comprendre profondément le sens de l’indépendance s’ils veulent libérer le Québec de son statut durable et débilitant de NATION ANNEXÉE afin qu’il devienne une NATION INDÉPENDANTE. La nation désannexée doit irrévocablement quitter son état permanent de nation « coincée » et cesser d’osciller entre « l’ultimatum : (dernière chance...) à la soumission : (à quoi bon lutter contre un plus fort...) » (Cf. Les Normes, 3.10.1.4-L)

LE DISCOURS DES SOUVERAINISTES BLOQUISTES ET PÉQUISTES DOIT CHANGER. De plus, les commentateurs d’événements sensibles au destin du Québec doivent analyser la situation dans l’optique indépendantiste et non selon les principes du fédéralisme. LA PENSÉE FÉDÉRALISTE EST ESSENTIELLEMENT CELLE DE L’ANNEXION. Par conséquent, elle signifie le remplacement d’une société par une autre qui se superpose et même s’infiltre insidieusement dans la nation annexée comme un véritable cheval de Troie. En bref, un nouveau langage doit naître pour que la situation change radicalement. Les discours flamboyants et à l’emporte-pièce ne changeront rien aux faits. Les indépendantistes doivent d’abord s’unir autour d’une même doctrine et mener un combat en profondeur ; ils ne peuvent se contenter de slogans et de déclarations chocs seulement. Que les indépendantistes se souviennent que l’Ontario a le bras long et que cet État dans l’État dispose de beaucoup plus de force et d’influence au sein du Canada que le Québec en aura jamais.

La lutte contre les oppressions accidentelles, pour utile qu’elle soit, ne peut briser les chaînes de l’oppression essentielle qui ne sont pas de l’ordre de la tactique électorale, mais de l’ordre de la lutte nationale pour obtenir la possibilité d’agir par soi collectivement sans la présence et l’intervention d’une autre nation interposée. Travailler à cette cause, c’est faire pénétrer dans la conscience des Québécois que leur annexion au Canada-Anglais est un mal en soi, un remplacement, une dépendance, une privation de l’agir par soi collectif qui limite les capacités du Québec à maîtriser sa vie collective tant à l’interne qu’à l’externe en prenant sa place dans le concert des nations indépendantes.

CETTE LUTTE N’EST PAS UNE LUTTE CONTRE L’UNITÉ CANADIENNE, MAIS PLUTÔT POUR L’UNITÉ QUÉBÉCOISE QUI A, C’EST LE MOINS QUE L’ON PUISSE DIRE, TOUT AUTANT DE VALEUR. Et la valeur de cette UNITÉ doit mettre fin à la relation de subordination dont souffre notre nation minoritaire. Comme l’a exprimé succinctement Maurice Séguin dans Les Normes :

O) L’ennemi dans les relations de subordination,

c’est la nation majoritaire, celle qui « remplace » partiellement ou totalement la nation minoritaire mais aussi celle qui soutient, encadre, enrichit, défend... la minorité !

Les nationaux de la majorité deviennent les « compatriotes » des nationaux minoritaires !

Les deux groupes habitent le même pays..., souvent y sont nés..., y sont enracinés depuis des générations. (Fin de la citation.)

Qui ne peut pas constater par cette description de la subordination de la nation minoritaire, le caractère paradoxal de cette subordination ainsi que les imbroglios qui en découlent pour tous et chacun d’entre nous ? Il est facile d’imaginer comment peuvent se comporter les bloquistes qui deviennent à leur corps défendant les « compatriotes » des nationaux de la majorité ? La campagne électorale fédérale en cours nous révélera à quel point l’unité nationale au Canada est au cœur des préoccupations des Canadians. Par conséquent, le Bloc sera incapable d’occulter la lutte nationale au troisième degré, car elle pose le problème suivant : QUI GOUVERNE ? Une fois cette question posée, la marge de manœuvre des bloquistes comme celle des libéraux devient mince.

Si Gilles Duceppe s’excuse de ce qu’il a dit, dans ce cas il serait certainement bon pour les Québécois de se « faire un cadeau » en « faisant disparaître les libéraux » du paysage de la députation québécoise. C’est un droit qu’ils peuvent exercer démocratiquement. Après tout, il n’y a pas que des libéraux au Canada. Malheureusement, monsieur Duceppe s’est excusé pour si peu. Pourtant, ce qu’il disait se situait dans le cadre d’une lutte électorale où il vise tout bonnement à faire élire le plus grand nombre possible de députés bloquistes au Québec. Un point, c’est tout ! Où est l’erreur monsieur Jean Lapierre, pourfendeur sans jugement. Il n’y a pas là matière à casser du sucre sur le dos de monsieur Gilles Duceppe. N’est-ce pas que chez l’adversaire, dans le camp des libéraux entre autres, il est surtout question de débarrasser le Canada des séparatistes bloquistes. Mais alors, n’ont-ils pas eux aussi des droits démocratiques au respect ?

De manière à mettre certaines choses au clair, dévoilons quelques données statistiques électorales qui pourraient faire réfléchir les citoyens sur la démocratie canadienne.









Les cinq tableaux ci-dessus montrent que les Ontariens ne se sont pas privés de la présence d’une solide députation libérale à Ottawa aux élections de 2000 (cf. Tableau 2). Ils ont frappé le score de 97,09 % des 103 sièges fédéraux, soit l’appui à 100 députés du Parti libéral du Canada (cf. Tableau 5). Il faut le faire. Est-ce un comportement nazi pour autant ?

Par ailleurs, comme l’illustre le Tableau 4, le pourcentage de la participation électorale du Québec aux élections fédérales se tient à un taux moyen de participation supérieure à tout près de 5,5 % sur l’Ontario. Quant au Bloc québécois, sa présence à Ottawa évolue durant un peu plus de dix ans avec 54, 44, 38 puis 54 députés en 2004 (cf. les Tableaux 1, 2 et 3). La performance du Bloc québécois aux élections fédérales sera quand même inférieure de 25 % si l’on compare avec celle des libéraux aux élections de 2000 en Ontario et celle des bloquistes au Québec en 2004 ; en 2000, la performance des libéraux en Ontario a été supérieure de 47 % à celle des bloquistes au Québec (cf. Tableau no 5). Encore une fois, en ce qui concerne les histoires de nazis que raconte Jean Lapierre, on peut lui demander de se rétracter et de cesser de dire des sottises devant les caméras. De toute façon, ce lieutenant des libéraux aux Québec s’énerve beaucoup trop facilement et surtout inutilement.

Ne vous en faites pas messieurs les libéraux : les bloquistes sont pour le partenariat politique ; ils ne visent rien d’autre qu’une annexion nouvelle au Canada-Anglais. Monsieur Lapierre, cessez de vous émouvoir, de vous énerver et d’exciter les passions de Paul Martin qui ne voit qu’un Canada du statu quo dans sa soupe canadian. Ne devrait-il pas s’excuser lui-même étant donné qu’il soumet le Bloc à des règles étrangères à la démocratie ? En voulant défendre l’unité canadienne, monsieur Martin peut-il se permettre d’utiliser tous les moyens qu’il veut sans égard aux principes démocratiques et aux droits des élus de réclamer des comptes au gouvernement qui dépense les fonds publics selon son bon vouloir arbitraire (cf. l’opinion de monsieur Patrice Boileau cité ci-dessus).

Nous comprenons que cette escarmouche est de l’ordre de l’oppression accidentelle ; elle camoufle quand même l’oppression essentielle qui consiste à conserver dans la subordination la plus rigide possible la population québécoise. Si les électeurs ontariens s’apprêtent à voter massivement pour les libéraux, que devrions-nous penser d’un tel comportement politique ? Qu’ils sont des nazis !

Affirmer l’indépendance du Québec est un geste aussi noble que celui des Canadiens d’un océan à l’autre qui se défendent bec et ongles contre les pressions des États-Unis. Bien sûr, pour eux, ce n’est pas pareil. Le force est de leur côté, mais la démocratie vaut pour tout le monde dans un contexte normal. Il n’y a pas deux sortes de démocratie, l’une pour les forts et l’autre pour les faibles. Or, LA NÔTRE est autrement plus conforme à ce que nous sommes.

Bruno Deshaies

P.-S. Nous souhaitons à toutes nos lectrices et tous nos lecteurs une période de réflexions enrichissantes durant le temps des Fêtes. Bonne discussion sur l’indépendance du Québec. La chronique du jeudi reprendra en 2006.

NOTE

(1) Bernard FRAPPIER, éd., « Politique fédérale - ÉLECTIONS 2006. » Un dossier d’ACTUALITÉS sur les ÉLECTIONS 2006. Au « JOUR 10 » : 48 documents déjà enregistrés sur Vigile.net. C’est à suivre… Mais attention ! Il faut lire toutes ces nouvelles dans l’optique indépendantiste si l’on veut faire une analyse critique des débats électoraux.