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INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 244
QU’EST-CE QUE L’INDÉPENDANCE ?
Essai de formulation
Collaboration spéciale : GASTON LAURION jeudi 16 mars 2006
L’auteur de cet article habite Montréal depuis 37 ans après l’avoir quitté une vingtaine d’années.
Il a adhéré au R.I.N. sous l’influence d’André D’Allemagne puis il a milité pour le Parti québécois dans la circonscription électorale de Westmount où il a même été candidat officiel du PQ.
Dans l’article qu’il nous propose, il souhaite nous présenter une version concrète de la nature réelle de l’indépendance.
Présentation
Monsieur Gaston Laurion s’attaque à une question importante du problème québécois. Il traite de ce que nous appelons habituellement notre « question nationale » ou « l’avenir du Québec ». À la différence de nombreux Québécois qui se sont penchés sur cette problématique, monsieur Laurion insiste pour rendre le plus concrets possible le sens et la portée de l’indépendance. Il aborde à la fois les deux faces de l’indépendance qu’il appelle l’autonomie interne et l’autonomie externe. Il qualifie la première de « liberté absolue de légiférer » et l’autre, de « liberté absolue » de l’État véritablement souverain.
Dans son « essai de formulation », il s’en prend à l’idée qui consiste à réduire les capacités d’un État souverain aux seuls pouvoirs de faire toutes ses lois, de signer des traités avec les autres pays du monde et de disposer de tous les impôts. Il montre par une énumération concrète, sans qu’elle soit exhaustive, une liste de domaines où un État doit pouvoir agir souverainement.
Au fond, il s’attaque au problème crucial du partage des compétences dans tout système où des nations s’unissent, se fédèrent. Par conséquent, il rompt avec le cercle vicieux du partage fédéral en reconnaissant que le gouvernement central « national » comprend dans l’ordre politique, l’autonomie interne et l’autonomie externe. En cela, il est fidèle à l’analyse de l’indépendance d’une nation que l’on trouve dans l’Histoire de deux nationalismes au Canada par Maurice Séguin aux pages 8-10 et la leçon XVI en entier.
Malgré le caractère limitatif de toute énumération, celle-ci a le mérite de poser fondamentalement la question essentielle : « qui gouverne au Canada ? » Il constate que le Québec demeurera toujours une minorité au sein du Parlement fédéral et que, de ce fait, il ne pourra jamais, tant qu’il sera annexé au Canada, jouir de l’autonomie interne et de l’autonomie externe. Il lui manquera toujours, finalement, de pouvoir décider en dernier ressort de faire « des lois pour la paix, l’ordre et le bon gouvernement », ce qui transcende toutes les énumérations de compétences en ce qui concerne un État complet et souverain.
Nous souhaitons une réflexion sérieuse sur ce thème majeur portant sur la libération collective des Québécois. C’est d’ailleurs le chemin le plus sûr pour se libérer définitivement de l’annexion au Canada-Anglais et pour fonder un Québec réellement indépendant. La conséquence principale sera que le Québec se gouvernera lui-même et pour lui-même tout en concluant des traités avec les pays qu’il choisira lui-même.
Bruno Deshaies
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« La question se pose donc de savoir
ce qu’est, le plus concrètement possible,
l’indépendance. »
(Gaston Laurion)
Depuis trente-huit ans que le Parti Québécois existe, il est curieux de constater que l’on n’a pas encore réussi à expliquer au peuple québécois, clairement et à haute et intelligible voix, ce qu’est l’indépendance. Jusqu’ici en effet, on s’est plus ou moins contenté de dire qu’il s’agissait de récupérer le pouvoir de faire toutes nos lois, de signer des traités avec les autres pays du monde et de disposer de tous nos impôts. Cela est bien beau et très réjouissant, mais, pour M. Tout-le-monde, seule la question des impôts émet quelque résonance chatoyante puisqu’il s’agit d’argent, et encore ! les milliards finissent souvent par prendre une allure abstraite. Surtout qu’il ne faudrait pas manquer d’expliquer en détail ce que l’on compte faire avec l’argent ainsi libéré de la tutelle fédérale.
La question se pose donc de savoir ce qu’est, le plus concrètement possible, l’indépendance. Pour s’en remettre à l’historien Maurice Seguin (voir, en particulier, Les Normes, p, 159), il s’agit essentiellement d’autonomie interne et d’autonomie externe. Voici ce que cela signifie dans le concret, la liste qui suit n’étant toutefois pas exhaustive puisqu’il faudrait faire le tour de tous les pouvoirs exercés actuellement par le gouvernement fédéral, en plus de ceux dont nous disposons en propre. En outre, il serait bon de se rappeler qu’un État souverain possède précisément la capacité d’agir pour sauvegarder l’intérêt national, dans tous les domaines, à l’interne comme à l’externe.
A) AUTONOMIE INTERNE : liberté absolue de légiférer
a) sur la langue et la culture ;
b) sur l’enseignement primaire, secondaire, collégial et universitaire ;
c) sur ce qu’on appelle la santé, à savoir les hôpitaux et la médecine en général ;
d) sur l’immigration (l’entente Collin-Couture ne confère que des pouvoirs restreints) ;
e) sur le commerce intérieur et sur toutes les taxes que doivent payer les citoyens ;
f) sur le Saint-Laurent et tous les cours d’eau et les lacs ainsi que sur nos ports fluviaux et maritimes ;
g) sur tous nos aéroports ;
h) sur les parcs nationaux et sur toutes les parties de notre territoire actuellement occupées par le gouvernent fédéral (ce qui représente une superficie non négligeable) ;
i) sur la monnaie et le taux de change ;
j) sur les villes ;
k) sur les cours de justice, y compris une cour de dernière instance ou Cour suprême ;
l) sur la police, l’armée (pouvant être remplacée par une police des frontières) et la marine.
Etc.
B) AUTONOMIE EXTERNE : liberté absolue
a) d’établir nos ambassades à l’étranger et à l’ONU ;
b) de disposer d’une représentation autonome dans les organisations internationales ;
c) de régir notre commerce extérieur et nos douanes, en conformité avec les règlements internationaux ainsi que nos relations avec les autres pays ;
d) de signer des traités avec les pays que nous choisissons.
Etc.
c) QUI GOUVERNE AU CANADA ?
En conclusion, est-il utile de rappeler que, pour l’essentiel, c’est-à-dire pour les principaux pouvoirs, C’EST LE PARLEMENT FÉDÉRAL QUI DOMINE et que CELUI-CI NE SERA JAMAIS COMPOSÉ QUE D’UN MAXIMUM DE 25 % DE DÉPUTÉS QUÉBÉCOIS, tous partis confondus, pourcentage qui se reflète au Conseil des ministres.
CETTE RÉALITÉ ADMINISTRATIVE SIGNIFIE QUE, DANS DES DOMAINES AUSSI ESSENTIELS QUE LES RELATIONS INTERNATIONALES, LE COMMERCE EXTÉRIEUR, LA MONNAIE, LA JUSTICE DE DERNIÈRE INSTANCE ET L’ARMÉE, POUR NE MENTIONNER QUE CEUX-LÀ, UNE MAJORITÉ QUI NOUS EST ÉTRANGÈRE, PAR LA LANGUE ET LA CULTURE, DÉCIDE DE NOTRE SORT ET DE L’USAGE QUE L’ON FAIT D’UNE BONNE PARTIE DE NOS IMPÔTS. Or la liberté de décision sur ces questions cruciales, et ailleurs, ne fonde-t-elle pas, au premier chef, la dignité et la fierté d’un peuple ?
Gaston Laurion
Professeur émérite de Lettres françaises à l'Université Concordia
NOTICE BIOGRAPHIQUE
GASTON LAURION
(79 ans)
Gaston Laurion (1927-?). Licence ès Lettres de Montréal, Diplôme d'Études supérieures et Doctorat de Paris. Professeur émérite de Lettres françaises à l'Université Concordia (après avoir enseigné à l'Université d'Ottawa, à l'Université McMaster à Hamilton et à Loyola College). Auteur de deux recueils de poèmes ; de la traduction du livre de George Grant (Lament for a Nation, The Defeat of Canadian Nationalism), sous le titre de Est-ce la fin du Canada? (HURTUBISE HMH, 1987) ; d'une transposition en français contemporain des Lais de Marie de France (notre première femme écrivain, XIIe siècle), Lanctôt, 1997 ; de nombreux articles de journaux à saveur nationaliste. Candidat défait du Parti Québécois dans le comté de Westmount, en 1973 et en 1976. Secrétaire général de la Section Québec du Forum Francophone International, Vice-Président de la Section Jacques-Viger de la SSJB-Montréal.
Gaston Laurion est devenu indépendantiste, au cours des années soixante, lorsqu'il enseignait la littérature française à l'Université McMaster de Hamilton en Ontario ; il est alors devenu membre du R.I.N., sous l'impulsion de son camarade de Stanislas, André D'Allemagne. En 1968, il est rentré au Québec, après une absence de vingt ans, et s'est bientôt joint au Parti Québécois pour militer dans le comté de Westmount, où il a été candidat officiel, à l'époque héroïque, en 1973 et en 1976. Depuis lors, sa conviction que le Québec doit devenir indépendant pour survivre et vivre n'a fait que se confirmer.
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