«« Le Rendez-vous national des régions

Maître des illusions

Gilbert Lavoie
Le Soleil Le vendredi 15 novembre 2002



Le Rendez-vous national des régions, qui a occupé toute l'avant-scène politique québécoise cette semaine, a été une magistrale opération de marketing visant à redorer l'étoile du gouvernement Landry.

Ce rendez-vous était l'une des principales composantes du Plan d'action que le premier ministre a dévoilé la semaine dernière, et dont les éléments feront l'objet d'annonces séparées d'ici le mois de janvier. Le Plan d'action santé de François Legault sera dévoilé mardi prochain, suivi de la Politique nationale de l'eau, le 26 novembre. Les stratèges péquistes ne cachent pas que cette opération s'adresse d'abord aux membres, désabusés par les sondages, afin de les mobiliser en vue des prochaines élections. Même les échéances de ce Plan d'action, ont été établies en fonction d'impératifs partisans. Bernard Landry fait des promesses qui portent jusqu'à 2005, afin de s'attaquer à la perception qu'il dirige un gouvernement voué à la défaite, qui ne sera plus là dans moins d'un an. De plan d'action en plan d'action, d'un Sommet sur le déséquilibre fiscal à un Rendez-vous national des régions, le gouvernement donne ainsi l'impression de changer des choses, de bouger et de gouverner. Mais il faut savoir l'énergie et le temps qu'exigent de telles opérations pour comprendre que la gouvernance doit bien en souffrir quelque part. L'opération est peut-être de bonne guerre, mais elle se fait à coups de millions $, et au détriment d'autres enjeux.

Le plus surprenant, c'est de voir tout le monde, même des libéraux notoires, adhérer sans poser de questions à l'agenda artificiel de trois ans qui sous-tend ce Plan d'action. Un agenda que le premier ministre a bâti autour de 2005, année du prochain Sommet des hémisphères, où le Québec, selon M. Landry, siégera comme État indépendant à la table des nations...

Malgré toutes ces réserves, il faut donner à Bernard Landry le crédit d'avoir gagné son pari politique, pour le moment ! La « grande messe » à laquelle on nous a convoqués cette semaine avait été préparée avec un soin remarquable. En tout, moins de 500 personnes se sont pointées aux quatre manifestations de protestation organisées pour l'occasion. Les délégations des régions contenaient suffisamment d'amis du régime et de fonctionnaires pour éviter des dérapages graves. On avait retenu tout ce qu'il y avait d'annonces dans les ministères intéressant les régions, de manière à tout lancer pendant ces trois jours. L'ordre du jour avait été conçu de manière à donner préséance aux réponses du gouvernement. Mercredi, les communiqués et les conférences de presse des ministres se suivaient à un tel rythme qu'il était difficile de suivre les travaux en ateliers.

Le Rendez-vous national des régions était très risqué. C'est le geste d'un gouvernement qui n'a plus rien à perdre. Un audacieux quitte ou double auquel même Jean Charest et Mario Dumont ont dû se prêter, parce que ce sont les régions qui éliront le prochain gouvernement. Un succès politique pour Bernard Landry, mais dont les retombées restent à démontrer.

Autour des régions

Gilbert Lavoie
Le Soleil Le samedi 16 novembre 2002



Éditorial - L'effet le plus important du Rendez-vous national des régions ne réside pas dans la kyrielle d'annonces que le gouvernement a saupoudrées pendant les trois jours de cet événement. La plupart de ces annonces étaient déjà dans le collimateur des ministères et auraient été faites de toute manière.

On a vu hier, dans cette page, à quel point ce happening de plus d'un million de dollars, qui a réuni 1200 délégués, observateurs, politiciens, journalistes et techniciens pendant trois jours, était d'abord un vaste exercice de relations publiques visant à refaire l'image du gouvernement.

Incapable de débloquer des budgets pour les régions, Bernard Landry a néanmoins décidé de les réunir à Québec pour tenter de répondre à leurs demandes. Il faut lui reconnaître un certain crédit : les problèmes des régions sont trop souvent méconnus chez les décideurs d'affaires ou gouvernementaux qui font la navette entre Montréal et Québec.

Mais avant de classer cet événement dans la catégorie des grands moments de l'histoire, il faut regarder ce qu'on y a véritablement accompli. L'entente avec Air Canada pour réduire le coût des billets en régions n'est qu'une solution temporaire à un problème qui reste entier. La signature d'ententes entre la SGF et les régions pour favoriser leur développement économique dans des créneaux spécialisés ne créera pas d'emplois le mois prochain en Gaspésie. Les résultats restent à voir. Le gouvernement s'est cassé les dents sur les guerres de pouvoirs entre les maires et les fonctionnaires dans son effort de décentralisation. Les demandes régionales de redevances sur les ressources naturelles ont été renvoyées en comité d'étude, tout comme la création de fonds régionaux qui feront tout au plus l'objet de projets-pilotes. Des fonds auxquels le fédéral devrait contribuer pour un tiers (on ne l'a pas consulté), l'autre tiers venant de Québec et des caisses de retraite des travailleurs syndiqués. La FTQ et la CSN laisseront-elles leurs syndicats embarquer dans ce projet s'il va à l'encontre des intérêts du Fonds de solidarité ou du Fondaction? Cela reste à voir.

Au fond, la retombée la plus importante de ce sommet est l'annonce, par Bernard Landry, qu'il en dirigera lui même le suivi, qu'il créera une Commission parlementaire permanente sur les régions, et qu'il convoquera les présidents des 14 délégations régionales dans trois mois pour voir les résultats. Quand un premier ministre pilote lui-même un projet, il envoie un message à tout l'appareil gouvernemental : les dossiers ne doivent pas traîner sur les bureaux. Les régions auront donc toute l'attention du gouvernement d'ici les prochaines élections. Elles ont six mois pour pousser leurs dossiers. À elles d'en profiter.