«« Caisse de dépôt et placement du Québec

Une Caisse indépendante

Gérard Bérubé
Le Devoir Le samedi 18 mai 2002


Perspectives - Jean-Claude Scraire met un terme à une carrière de 21 ans, dont huit exercés dans les plus hautes fonctions à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Un «bilan présidentiel» qui, à quelque deux exceptions près, se veut solide, concrétisé par le triple A de Standard & Poor's. Il veut quitter sur une réflexion, qu'il souhaite publique, autour d'une plus grande indépendance du président de l'institution face au pouvoir politique. Visiblement, M. Scraire n'a pu obtenir les arrangements de départ qu'il souhaitait.

Cela fait plus d'un an maintenant que les intentions de départ de Jean-Claude Scraire sont connues. Le président du conseil et directeur général du plus important gestionnaire de fonds au Canada négociait déjà les conditions de l'abandon de son poste trois ans avant le terme de son mandat de dix ans. Ceratins affirmait que M. Scraire souhaitait diriger l'expansion internationale de l'institution au même salaire. D'autres parlaient plutôt d'un désir d'une révision à la hausse de ses avantages de retraite. Respecté de Bernard Landry mais mal aimé de certains hauts fonctionnaires de Québec, M. Scraire n'aura finalement pas eu droit à ce débat sur la rémunération des grands commis de l'État. Qu'à cela ne tienne, le tout est transformé en une réflexion publique sur l'indépendance de la Caisse face au pouvoir politique.

En annonçant son départ prochain, Jean-Claude Scraire a haussé d'un cran cette réflexion. La séparation des pouvoirs entre le président du conseil et le président est un fait désormais accepté et reconnu, tant dans le secteur public que dans le privé. La ministre des Finances, Pauline Marois, indiquait, hier, qu'elle avait déjà annoncé souhaiter revoir les règles de gouvernance, qu'elle en avait discuté avec M. Scraire, et qu'elle travaillait déjà sur une révision.

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Mais voilà, celui qui cumule la double fonction de président du conseil et de directeur général à la Caisse veut que le gouvernement aille plus loin, en suggérant que le président soit nommé par le conseil d'administration de la Caisse, par une majorité d'administrateurs indépendants. Pauline Marois n'a pas nécessairement apprécié. «Ça reste que c'est le gouvernement qui va décider», a-t-elle précisé.

Mme Marois a cependant reconnu que «cette grande institution doit bénéficier d'une gouvernance adaptée à son importance, à son statut de fiduciaire des épargnes des Québécois et aux défis des prochaines années».

Une revanche de M. Scraire? Ce n'est pas une théorie que l'on peut étayer, a soutenu Mme Marois. Pourtant, une telle sortie publique n'aurait pas eu lieu s'il avait obtenu satisfaction dans la négociation des conditions relatives à son départ. Mais maintenant qu'il démissionne, il se veut plus libre de mener un tel combat. Un combat qui tient à coeur à celui dont les fonctions l'amenaient à parer aux ingérences politiques susceptibles de se présenter. À celui qui a toujours absorbé les chocs et évité que l'influence politique ne vienne entraver le travail des gestionnaires et des présidents des filiales de la Caisse. C'est, d'ailleurs, l'exercice - efficace, dit-on, - de ce rôle tampon qui est venu alimenter cette inimitié à son endroit chez certains hauts fonctionnaires influents de Québec.

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M. Scraire souhaite donc compléter sa présidence de huit ans en favorisant l'émergence d'une structure qui viendra ajouter du réel à l'apparence d'indépendance de la gestion et des décisions courantes de la Caisse face au pouvoir politique. Une présidence sous laquelle l'actif de l'institution est passé de 44 à 140 milliards, grossi par un rendement annuel de 10,7 % en sept ans. Un travail qualifié de «remarquable» par Mme Marois, sur lequel planent deux nuages sombres: l'implication de la Caisse dans Montréal Mode et dans l'acquisition de Vidéotron par Quebecor - d'autres ajouteront à cette courte liste la vente de Provigo à Loblaws.

Un bilan qui s'est terminé par le rendement négatif de 5 % inscrit en 2001. Une déconvenue qui compred une radiation de deux milliards de la valeur des placements privés de la Caisse - dont plus de un milliard lié à l'acquisition de Vidéotron par Quebecor - mais qui se veut tout de même plus faible que la contre-performance des indices de référence.

Une déconvenue qui n'a pas empêché l'institution de recevoir la plus forte cote de solvabilité, soit AAA, émise par l'agence d'évaluation américaine Standard & Poor's au terme d'une analyse pour le moins élogieuse.