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«« Caisse de dépôt et
placement du Québec
Plus d'indépendance pour la Caisse de dépôt Jean-Claude Scraire annonce son départ et livre son
testament
Claude Turcotte
Le Devoir Le samedi 18 mai 2002
Après 21 ans de services, dont près de huit à titre de président du conseil
et directeur-général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Jean-Claude
Scraire annonce de façon unilatérale son départ, mais non sans laisser un
testament qui contient une réforme de la Caisse; réforme à la mise en place de
laquelle il entend lui-même contribuer en attendant qu'on lui ait trouvé des
remplaçants, l'un comme président du conseil, l'autre comme président et
directeur-général.
Cette séparation des fonctions entre un président du
conseil à temps partiel et un président-directeur général à temps plein est
l'une des recommandations principales de cette réforme que M. Scraire qualifie
lui-même de majeure. Sa première proposition porte sur un conseil
d'administration composé d'une majorité d'administrateurs indépendants, dont la
fonction principale hors du conseil n'est pas un poste au sein du gouvernement
ou dans un organisme gouvernemental. Le p.-d.g. devrait se rapporter au conseil
et son mandat ne devrait pas excéder sept ans.
En entrevue, M. Scraire
s'est montré plutôt en désaccord avec l'image du testament, mais il a reconnu
que les recommandations remises hier matin au conseil d'administration de la
Caisse sont le fruit d'une réflexion personnelle qu'il poursuit depuis quelques
semaines. «Pendant sept ans, j'ai travaillé à bâtir des équipes pour assurer la
gouvernance de la Caisse. Mais en ce qui concerne le niveau supérieur de la
Caisse, j'y arrive depuis quelques semaines», a-t-il confié.
Pourquoi en
faire l'annonce maintenant, alors qu'il reste encore deux ans à son mandat de 10
ans? M. Scraire trouve que la question de la gouvernance est importante et qu'il
y a aussi une question de «timing». Il pense qu'après bientôt huit ans à la
présidence, le temps est venu de laisser la place à d'autres. Il y a un fort
courant en ce sens dans le monde des entreprises, explique-t-il, en notant
qu'aux États-Unis la moyenne de durée dans des fonctions de président est de
cinq et demi à sept ans. «À quel moment, est-il optimal de faire le changement?
Je tiens à ce que les choses se passent bien», dit-il.
Quoi qu'il en
soit, M. Scraire, à propos duquel des rumeurs de démission ont sporadiquement
circulé depuis au moins un an, soutient qu'il n'envisageait aucunement de partir
l'an passé. Son départ qui pourrait avoir lieu «dans les semaines ou les mois à
venir, mais certainement pas au-delà de l'année en cours» n'a fait encore
l'objet d'aucun arrangement financier ou autre avec le gouvernement.
En
divulguant les recommandations remises au conseil d'administration de la Caisse,
veut-il susciter un débat public? À cela, M. Scraire répond qu'il y a déjà
beaucoup de contributions à ce débat. Il dit avoir simplement l'intention
d'apporter la sienne. Il reconnaît qu'il appartient essentiellement au
gouvernement de donner suite à cette réforme, ne serait-ce du fait que des
amendements à la loi devraient être apportés.
Hier, Pauline Marois,
vice-première ministre, a fait le commentaire suivant: «Ces propositions vont
alimenter une réflexion déjà en cours qui va me conduire à proposer au
gouvernement des modifications notamment à la structure de direction de la
Caisse de dépôt. Cette grande institution doit bénéficier d'une gouvernance
adaptée à son importance, à son statut de fiduciaire des épargnes des Québécois
et aux défis des prochaines années.»
Quand M. Scraire dit qu'il faut
accorder une plus grande indépendance au conseil d'administration, il ne veut
aucunement insinuer que la Caisse a manqué d'indépendance jusqu'à maintenant. Il
s'agit surtout, précise-t-il, d'une question de perception, qui devient de plus
en plus importante avec l'augmentation du volume d'affaires de la Caisse. Il a
d'ailleurs intitulé son rapport au conseil d'administration du titre suivant:
«Moderniser pour bâtir plus fort».
Selon son projet de réforme, le
président du conseil serait nommé par le gouvernement pour un mandat de trois
ans et serait choisi hors de l'équipe de direction. Le conseil formerait un
comité de nominations chargé de faire des recommandations sur la nomination des
membres du conseil et du président du conseil. Le conseil, après avoir obtenu
l'approbation du ministre des Finances, nommerait le p.-d.g. dont le mandat ne
devrait pas dépasser sept ans. En cas de divergence d'opinion, il s'agirait de
trouver un autre candidat. Le p.-d.g. se rapporterait au conseil
M.
Scraire mentionne que les changements proposés sont majeurs et que par mesure de
prudence au cas où l'évolution serait contraire à celle qu'il souhaite en
matière d'indépendance dans la gouvernance, il faudrait laisser en place, pour
un certain temps du moins, l'obligation de faire voter par les 2/3 des députés à
l'Assemblée nationale l'abolition d'un mandat avant sa date limite qui estde 10
ans, selon la loi présente.
Au nom du conseil d'administration, Guy
Morneau, vice-président du conseil et président de la Régie des rentes du Québec
s'est dit «consterné tout comme les autres membres du conseil de cette annonce».
Il a dit souhaiter que le remplacement de M. Scraire soit effectué de façon
harmonieuse en collaboration avec le conseil d'administration.
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