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«« Caisse de dépôt et
placement du Québec
SGF Montréal
J.-Jacques Samson
Le Soleil Le jeudi 23 mai 2002
Éditorial - Autant d'autres cherchent à
le dissimuler, le président de la « super-SGF », née en 1998 de l'intégration
sous le parapluie de la Société générale de financement de quatre sociétés
d'État, Rexfor, Soquem, Soquia et Soquip, Claude Blanchet, est lui un ardent
apôtre de l'interventionnisme de l'État. La SGF a agi comme partenaire dans pas
moins de 178 projets entre 1998 et 2002, en injectant des mises de fonds de 3,3
milliards $, sur des investissements totaux de 7,5 milliards $, soit plus de 40
%. Claude Blanchet a donc tenu parole par rapport aux engagements pris dans son
plan quinquennal, quant au volume d'affaires qu'il promettait de brasser.
Le président de la SGF se targue toutefois que
son organisation soit coresponsable de la création de 43 000 emplois directs et
indirects, l'équivalent de 15 % de tous les emplois créés au Québec au cours de
cette période, ou de l'ajout de 0,03 % au taux annuel moyen de croissance de
l'emploi. Il déduit aussi que la SGF peut s'approprier une majoration de 0,6 %
du taux de croissance du PIB de 1998 à 2002, l'ayant fait passer de 3 % à 3,6 %.
Or M. Blanchet s'appuie sur un postulat non vérifié, pour glorifier
l'action de la SGF : celui que ces nombreux projets de développement économique
ne se seraient pas concrétisés sans l'apport de la société d'État et des fonds
publics. La réalité est plutôt que la SGF frappe à toutes les portes ici et
ailleurs dans le monde, dans à peu près tous les secteurs d'activités, pour
offrir un partenariat, indispensable ou pas, sans politique claire d'appui à des
créneaux stratégiques. Nombre d'entreprises inscrites à son portefeuille
pourraient voler de leurs propres ailes ou auraient accès sans trop de
difficultés à du financement privé.
Dans quelques autres cas, par
ailleurs, la SGF a rempli des commandes politiques, par exemple pour Papiers
Gaspésia, où le niveau de risque est démesurément élevé, ou pour Saputo inc.
pour amener l'entreprise à récupérer les petits gâteaux Vachon sur lesquels un
acheteur américain salivait.
Il ne s'agit évidemment pas de subventions
aux entreprises. D'importants capitaux publics, plus de 1,5 milliard $ par année
maintenant, sont néanmoins dirigés vers des entreprises au sein desquelles la
SGF n'a qu'une influence bien relative sur le devenir, qui demeurent gelés pour
plusieurs années et qui ne sont pas utilisés dans les missions premières du
gouvernement. C'est précisément pour cette dernière raison que chaque
intervention de l'État doit être bien soupesée, indispensable. Le volume
d'affaires affiché est en ce sens un indicateur possiblement très trompeur. En
somme, mesurer les mérites de la SGF au seul volume de ses activités revient à
une erreur.
La grille des interventions par région illustre éloquemment
en plus que la SGF se soucie bien peu d'être un acteur étatique de répartition
de la croissance et un palliatif aux faiblesses de certaines régions. Ce qui,
sur le plan social, pourrait toujours se défendre. La région de Montréal a
plutôt reçu 41,4 % des investissements totaux entre 1998 et 2002, soit des mises
de fonds de 832 millions $ de la SGF sur ses investissements de 3 milliards $.
L'argument d'une répartition correspondante à celle de la population ne vaut
même pas. Pendant ce temps, en effet, la région de Québec, pourtant en mutation
économique, ne recevait, tenez-vous bien, que 1,9 % des investissements totaux.
Le Bas-Saint-Laurent, 0,16 % ; l'Abitibi-Témiscamingue, 0,5 % ; la Côte-Nord,
0,76 % ; Chaudière-Appalaches, 0,58 %. L'offensive gouvernementale en Gaspésie a
valu à cette dernière 7,3 % des investissements globaux. Et cette donnée est
aussi trompeuse. Dans les faits, la mise de fonds totale de la SGF dans huit
projets en Gaspésie n'a été que de 36 millions $, soit 0,02 % du total entre
1998 et 2001. La « super-SGF » est devenue une SGF-Montréal, qui jette des
miettes dans les 16 autres régions du Québec, mais à grand renfort de publicité
chaque fois pour tromper l'œil.
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