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Bonne fête, Canada

Lettre ouverte à Stéphane Dion

Bernard Frappier

1.7.2002




Bonjour Stéphane Dion

Peut-être avez-vous l'appartenance à géométrie variable, Québécois le 24 juin, Canadian le 1er juillet et Français le 14. Moi, pas. Le 24 juin, c'est la Fête nationale des Québécois. Le 1er juillet, c'est le jour le plus long de l'année, comme un mal de dents. Le 14 juillet, un jour sympathique. Vous cumulez, je concentre. Vous incluez, j'exclus. Vous clarifiez, je tranche. Vous exhibez une éthique supérieure, je me contente d'être transparent, sans fard.

Je ne suis pas Canadian. Je suis Québécois. Le Québec, c'est ma Patrie, la terre de mes pères. Et, très bientôt, ce sera mon Pays, la terre de mes concitoyens.

Le Québec, c'est mon chez moi, le territoire où le génie québécois a produit la culture qui a façonné mon identité.

Le Canada, c'est l'obstacle à ma liberté. C'est le NON perpétuel à mon identité. C'est le cumul de mon indifférenciation. C'est la menace à mon existence. Un principe d'agression permanente. Et cela a un nom!

Et je le dis sans ressentiment. Sans agressivité. Sans émotion suspecte.

Quand vous promenez vos discours d'un bout à l'autre de la planète, auréolé de votre titre de ministre et de conseiller de la Reine, vous avez l'émotion tranchante. Vos discours grandissent l'appartenance au Canada en caricaturant l'appartenance au Québec. Vous associez ma passion du Québec aux pires catastrophes identitaires - fascisme, nazisme, et mettez-en, il n'y a pas de limite à la boursoufflure. Ceux qui écrivent vos discours ne manquent pas d'imagination. Malheureusement, ils ont coupé tout lien avec la réalité historique qui a façonné les rapports Canada-Québec. Ils souffrent de démesure. Délire.

Quand vous vous adressez aux Québécois, vos discours tentent toujours d'oblitérer la conscience qu'ils ont d'être Québécois avant d'être Canadians. Ils chantent la supériorité d'une éthique de l'inclusion, de l'ouverture, de la solidarité. Quel bonheur d'appartenir au plus-meilleur-pays-du-monde... Ils portent sur la grandeur et la noblesse associées à l'appartenance canadian... et sur la petitesse et la mesquinerie de ces mêmes valeurs quand elles se disent de l'appartenance québécoise. Allez comprendre...

Dans ces hauteurs, on jouit d'entendre la pureté de ses paroles, lyrisme narcissique qui prétend échapper au prosaïsme. On peut faire illusion. Cacher la plomberie mise en place par le gouvernement dont vous faites partie pour forcer la loyauté des Québécois à ce pays qui les nie. Les plombiers d'Ottawa, dont vous êtes un des contremaîtres, ont poussé le forage de l'âme québécoise, pour y introduire le mal canadian, au delà des limites raisonnables et acceptables dans une société démocratiquement saine. La corruption dont souffre votre gouvernement étale au grand jour la corruption des principes qui l'animent. Est-il donc si "plus-meilleur", ce pays, qui recourt à la propagande massive, au conditionnement de l'opinion publique pour consolider le lien d'appartenance de ceux qu'il entend subordonner, lien dont on constate, chaque jour, qu'il s'effrite toujours davantage chez ceux qui ont compris votre manège...

Votre manière d'inclure, nous la connaissons. Votre cumul identitaire, nous le connaissons. Et le monde en est témoin. La mascarade approche de sa fin.

Non, mon pays rêvé n'inclut pas le Canada, il l'exclut. Comme le Canada exclut les USA... Non, je ne me paye pas de mots creux, non je ne mets pas l'éthique au service du politique. J'ai trop de respect pour les valeurs qui font l'humanité pour me permettre de les instrumentaliser à la défense d'un État dont on voit bien, depuis quelques années, qu'il n'est plus que la caricature du discours qu'il tient sur lui-même.

Je le dis sans ébranlement intérieur, sans turbulence émotionnelle. Car dans mon esprit, les choses ont pris leur place. Et je ne ressens pas monter en moi la puissante force des conflits anciens non résolus. Je suis ce que je suis, je vis dans le présent. Et je parie sur la liberté. Et ça me suffit.

Quant à vous, je suis désolé de vous le dire, les choses paraissent autrement plus ténébreuses. Faut-il s'étonner que vos postures laissent transpirer les émotions non-contrôlées quand vous vous adressez aux Québécois? Hier, vous n'avez pas craint d'affirmer haut et fort que les lois linguistiques du Québec n'étaient pas racistes. Il y a presque dix ans, alors que vous n'étiez pas encore ministre..., vous vous portiez à la défense du droit du Québec d'exister comme société française contre ceux qui l'accusaient de toutes les intolérances. Aujourd'hui, vous faites partie d'un gouvernement qui multiplie ces accusations, et qui met tous les efforts requis pour diluer cette identité, pour en interdire le cumul... jusqu'à ce que, réduite à l'insignifiance, elle ne soit plus que "foyer francophone", "région linguistique", ou "n'importe quoi d'autre" qui brouille sa prétention et écrase sa volonté d'être ce qu'elle est.

Dion-l'ancien travaille la conscience de Dion-le-nouveau... Tant pis pour les deux... C'est le destin de l'indirect ruler...

Je termine en vous souhaitant "Bonne fête, Canada", comme je le ferai pour les Américains, le 4 juillet et pour les Français le 14, avec sympathie, n'étant ni l'un ni l'autre, mais étant ouvert sur l'universalité, avec une sympathie donc d'autant plus sincère que je suis conscient de faire partie d'une nation québécoise qui n'est sans doute pas la "plussss-meilleure-des-nations" mais la première dans mon coeur.




PRIX E'ratus
- pour l'Année 2001

En nomination:


Stéphane Dion
Minissss-de-la-subordination



Pour son très instructif discours en Russie, dans lequel il fait l'éloge du fédéralisme canadian en vomissant sur le Québec qu'il associe au «fascisme» des années '40 et qu'il accuse d'être un «assimilateur» intolérant. Que vaut donc ce fédéralisme canadian qui ne peut surmonter son problème québécois qu'en alimentant la méfiance des minorités à l'égard d'une majorité qu'il démonise sans vergogne. Discours haineux qui témoigne de l'Esprit canadian.

Et pour les conclusions révélatrices qu'il tire du voyage de Bernard Landry en Europe, qu'il accuse de "salir le Canada"... alors que celui-ci n'a exprimé que son désir d'une réforme du fédéralisme dans le sens des réformes européennes en cours, dans un discours constructif qui témoigne de l'Esprit québécois




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COMMENTAIRES

  1. Je pense qu’on va y arriver

    Bonjour M. Frappier,

    D’un point de vue identitaire, les choses sont très claires dans ma tête à moi aussi. Je suis Québécois. Je suis assez tranquille d’esprit à ce sujet.

    Je suis quelquefois en colère, quelquefois frustré, seulement depuis que j’ai compris ce que fait le Canada, la plupart du temps avec l’argent de Québécois, pour faire du Canada une nation qui exclut les aspirations nationales du Québec. Et il est difficile de savoir vraiment ce qui ce passe dans la tête des Québécois, tellement les sujets de l’identité, de la constitution du Canada, du Québec comme pays semblent tomber dans un gouffre sans fond lorsque ces sujets sont abordés actuellement hors du cercles des amateurs de politique au Québec.

    L’appui à la souveraineté demeure à 40%, dit-on. Il y a longtemps qu’on ne nous a pas présenté un sondage sur ce que les Québécois désirent réellement : le Québec, une province comme les autres dans le Canada tel qu’il est, le Québec dans un Canada asymétrique nécessitant le renouvellement de la constitution, ou le Québec qui se retire de la fédération, ou confédération, ou quoi que ce soit, pour devenir un État avec le statut de pays indépendant.

    Les 40 dernières années ont démontré que la voie du milieu est inaccessible. La voie canadian fera de nous un souvenir douloureux. Reste le pays, dont les tentatives pour y accéder ressemblent au jeu des serpents et des échelles.

    Mais je pense qu’on va y arriver. Il y a peut-être quelque part dans le fond des Québécois un petit brûleur qui demeure allumé, alimenté par le carburant encore abondant de la fierté d’être arrivé à cette étape où l’on voit le Québec, de l’intérieur du moins, comme une nation, qui n’est pas le Canada, mais qui est riche, diversifiée, pacifique et très tolérante…

    Lorsqu’il le faudra, nous remettrons le compteur à « HI » et nous illuminerons les autres peuples de la terre, affranchis de l’ombrage canadian, pour enfin marquer de mille feux notre arrivée dans le cercle des Nations ayant un siège à l’ONU.

    Je pense qu’on va y arriver. Et ce ne sera pas avec l’aide du Canada et des Canadians, qui vivent au Québec, et qui feront la fête aujourd’hui, dans nos rues, avec beaucoup de participants québécois...

    Benoît St-Denis, 1.7.2002

  2. Le Québec est exemplaire

    Cher Bernard,

    Le rejet de l'instrumentalisation des valeurs par St. Dion rend votre texte plus moral que les siens, juste, vrai. Je pense à Mitterrand parlant du "simple amour de la patrie". Ou je plagie Blaise Pascal en disant que "le vrai patriotisme se moque de l'éloquence patriotique".

    Il y a aussi le fameux "Right or wrong, my country" auquel il est difficile de donner une interprétation positive mais votre texte, ce serait un "Right or wrong, my country" justement acceptable, lumineusement beau et juste sans l'impérialisme qu'on sent dans cette phrase anglaise et qui ne se peut citer qu'en anglais...

    Le premier devoir moral m'a dit un jour Paul Thibaud, c'est d'exister.

    Vous avez tout dit et vous m'avez ému. C'est dans ces moments-là, par des textes comme celui-là et ce qu'ils recouvrent d'engagement et d'amour que le Québec est exemplaire.

    Vive le Québec libre!

    José Fontaine, 1.7.2002