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La "Grande alliance"

En six mois, les Québécois ont porté leur choix sur les trois partis... consécutivement. Ce qui montre un certain désarroi.

Bernard Frappier
27 avril 2003

Une année turbulente

Le peuple québécois a vécu une année turbulente. Pendant l'automne 2002 et l'hiver 2003, l'ADQ régnait en tête des sondages. Puis vinrent les effets du discours de Toronto - aplatissement du monde québécois devant l'idole canadian; ce fut le commencement de la dégringolade. Les confusions et contradictions pendant la campagne ont fait le reste. L'ADQ a fini avec 18% des votes.

Le PQ a pris la tête au printemps. Ronronnement à tous les échelons du parti et grande confiance de se voir confier le réputé inaccessible 3e mandat. Puis vint le discours de Jacques Parizeau à Shawinigan et, au débat des chefs, l'esquive de B. Landry qui, pétri de rectitude politique, a laissé tomber Parizeau de manière veule et sans élégance. Les Québécois n'aiment pas les trouillards. La fragile confiance qui semblait avoir ressoudé les dirigeants de ce parti à leurs militants s'est déchirée à nouveau, et probablement à jamais! Le flou artistique entretenu par le chef sur l'objectif souverainiste - un référendum, pas de référendum, les fédéralistes invités à appuyer le parti souverainiste -, le nébuleux concept de la reconfédération, jamais défini - et pour cause... -, les affaires mal digérées - affaire Michaud, fusions forcées, l'Approche commune -, l'arrogance et les finasseries des dirigeants, tout cela a fini par réduire l'appui nécessaire à la poursuite... incertaine de la lutte pour l'indépendance nationale. L'apparence de confusion et d'improvisation du programme social-démocrate et progressiste a fait le reste. Le PQ a terminé avec 33% des votes et un manque de 400 000 militants qui se sont abstenus... confirmation a posteriori du fait que la souveraineté reçoit un plus grand appui - plus de 40% - que le PQ. Ce qui explique aussi que ces 400 000 votes ne se sont pas tournés vers l'ADQ ou le PLQ. Heureuse nouvelle.

Pendant les derniers jours de la campagne électorale, le PLQ a pris la tête et a terminé avec 46% des votes - moins que la dernière fois en nombre - et une majorité de sièges. Le chef mal-aimé a triomphé. Triomphe modeste... Par dépit, faut-il dire.

En six mois, les Québécois ont porté leur choix sur les trois partis... consécutivement. Ce qui montre un certain désarroi. L'offre politique n'a pas su rencontrer la demande. On a souligné la popularité de Super-Mario, chef populiste, contrastant avec l'arrogance de Bernard Landry et l'insignifiance de Jean Charest. On a phrasé sur ce phénomène: les Québécois veulent Mario Dumont comme chef, appliquant le programme du PQ dans un gouvernement libéral. Drôle. La popularité des chefs n'explique pas tout.

On a répété ad nauseam pendant des mois que les Québécois voulaient du changement, qu'ils voulaient "tourner la page" sur la question nationale, qu'ils voulaient parler des "vraies affaires"... Foutaise. Si tel était le cas, ils n'auraient pas magasiné pendant six mois de manière si frénétique pour savoir à quel parti accorder leur appui.

On a dit aussi que les Québécois voulaient donner une dernière chance au fédéralisme canadian. Et que l'échec du gouvernement libéral produirait les conditions gagnantes. Re-Foutaise. Pour la même raison.

Il semble au contraire que les Québécois soient orphelins d'un projet politique simple et concret: la création d'un pays. Purement et simplement. Sans fioriture. Sans esquive. Sans finasserie. Les 400 000 voix perdues par le PQ, retrouvées grâce à cette clarification des choses, auraient sans doute fait la différence.

L'héritage péquiste

Le PQ n'a pas été terrassé, comme on pouvait le craindre à certains moments de l'hiver 2003. Mais il a subi une dure rebuffade de la part de ses propres militants. Saura-t-il en tirer les leçons ? On peut en douter.

Le présent contexte montre une "fracture essentielle" entre le mouvement souverainiste et le Parti Québécois. Quand l'appui à la souveraineté atteint 46% et que l'appui au PQ chute à 18%, on constate un sérieux problème. Un problème de confiance. Il semble que la trajectoire du PQ s'est embrouillée pendant ces trente-cinq dernières années. La lutte pour l'indépendance s'est diluée dans la lutte pour le pouvoir. La gouvernance provinciale a pris le pas sur l'indépendance nationale. L'idéal national s'est réduit à l'électoralisme.

Cette trajectoire tombante était inscrite dans le mouvement dès sa fondation. LE PQ n'a pas su résoudre trois questions fondamentales.

1° Son enracinement. Vous vous souvenez de l'Affaire Michaud ? Triste affaire. Les dirigeants péquistes, les élus péquistes ont endossé, la queue entre les deux jambes, une motion de blâme sans précédent à l'égard d'un citoyen dont les déclarations maladroites ont fait rebondir la question du manque d'appui au projet souverainiste de la part des minorités ethniques. Sur cette question, il aurait fallu, et il faudra bien un jour, apporter une solution concrète. Dans le genre "association des juifs pour le OUI", "association des Grecs pour le OUI", "association des Italiens pour le OUI", etc. Il y a à l'intérieur du PQ un personnel, élu ou non, d'origine ethnique, qui pourrait prendre en charge la création de ces "comités ethniques pour le OUI". Je pense aux Facal, Kotto, Levine, etc. Jusqu'à présent les dirigeants péquistes se sont contentés d'une rhétorique verbeuse, dans le style du "nationalisme civique" ou du "nationalisme territorial". Les images valent mille mots. Les actions aussi. La formation de ces comités aurait tôt fait de faire taire à jamais les platitudes de la Gâzette, et d'autres pourfendeurs patentés, sur le prétendu "nationalisme ethnique" des Québécois. Cela n'a pas eu lieu. Pourquoi ? Il semble que la tradition péquiste entretienne une "conscience coupable" et un doute sur la légitimité de son projet, en raison même de cette absence d'appui ethnique. Comme si l'appui national, qui comprend un appui ethnique certain (voir la liste des candidats péquistes d'origine ethnique...), ne suffisait pas.

C'est dire jusqu'où la conscience péquiste ne s'est pas débarrassée de son complexe de colonisé, elle qui se voit et s'évalue à travers le discours de l'autre et se laisse piéger grossièrement par ses manigances, depuis l'affaire de la Brink's, en 1970, jusqu'à l'affaire Michaud, trente ans plus tard... Il suffit d'un éditorial dans la Gâzette, ou d'une calomnie quelconque, pour que les dirigeants de ce parti soient figés, comme pétrifiés. Le débat des chefs en a fait la preuve: "Si ce que vous dites est vrai, je ferai comme vous dites", conclut Landry à propos des accusations surréalistes de Charest envers Jacques Parizeau. Bref, la création de ces comités, en plus de circonscrire les calomniateurs, ajouterait un "supplément de bonne conscience" pour ceux qui en auraient besoin...

2° Son objectif. Cette mauvaise conscience se vérifie également dans le nébuleux concept de "reconfédération" mis de l'avant subrepticement, sans débat au sein des instances péquistes, par B. Landry. Cette modélisation furtive et aléatoire de l'Article 1 du programme péquiste a de quoi laisser perplexe plus d'un. Peut-être 400 000... On retrouve cette idée chez M. Seymour pour qui l'offre de partenariat serait nécessaire pour illustrer la haute moralité du projet souverainiste... Faut-il une conscience coupable pour concevoir une telle proposition! Non seulement est-elle stratégiquement nulle, en ce qu'elle expose le OUI québécois au NON canadian - semblant conditionner la souveraineté à l'approbation de partenariat canadian -, mais encore elle a donné à Ottawa le prétexte souhaité pour invalider légalement, si elle est maintenue, toute démarche démocratique tendant à faire ratifier par référendum la volonté du peuple québécois de "sortir du Canada".

3° Son contexte. Le Québec vit à l'ombre d'un géant qui a décidé de poursuivre avec brutalité ses intérêts en faisant fi du cadre du droit international et en ignorant l'opinion publique mondiale. Pas reposant pour les souverainistes québécois... surtout s'ils sont "travaillés" par la mauvaise conscience! Les USA "tolèreraient-ils" l'émergence d'une nouvelle nation indépendante, donc le démantèlement du Canada, leur allié branlant et bouffonnant? Question complexe, évidemment. Mais là encore, l'action vaut mille mots. La réouverture des délégations du Québec, fermées par le Déserteur, est un pas dans la bonne direction. Encore faut-il qu'elles soient plus que des postes avancés du ministère du Commerce... Ici, l'essentiel consiste à faire preuve de détermination dans la poursuite de l'objectif ultime. De façon à donner confiance aux tiers pays susceptibles d'apporter leur appui en temps voulu. La rhétorique doit céder la place à la politique ! Dans le sens noble du terme. Les mots doivent céder la place aux gestes. La future diplomatie québécoise doit déjà laisser deviner son visage.

Une course ou une refondation ?

La démission annoncée de B. Landry a ouvert la course à la chefferie du PQ. La question qui se pose est celle-ci: un parti marqué par un tel héritage peut-il produire un chef capable de mener à la création d'un pays? Un chef capable d'affirmer sans esquive l'enracinement national du projet souverainiste, et capable de mettre à sa place, fermement et fortement, tout pourfendeur mal-intentionné, d'où qu'il vienne et qui qu'il soit? Un chef capable de proposer aux Québécois un projet clair, simple et complet d'indépendance nationale? Sans fuite en avant dans une rhétorique ridicule? Sans confusion sur les fins et sur les moyens? Sans tergiversation? Sans finasserie? Sans recul suspect? Un chef capable de s'adresser au monde et d'expliquer la légitimité et les avantages de l'indépendance politique du Québec? Capable de s'adresser aux USA et de leur expliquer la profondeur historique de cette lutte et la modernité de ses objectifs? Capable de dire aux Canadians que le gouvernement du Québec sera tout disposé à examiner avec bienveillance une proposition d'association entre les deux pays que leur gouvernement fédéral voudrait bien lui soumettre?

Si le sérail peut produire un tel chef, c'est que le PQ aura subi une cure de jouvence... Il semble qu'il y a en ait au moins 400 000 qui doutent qu'un tel événement se produise au sein d'un parti héritier du "trait d'union fondateur" et d'un habitus acquis prédisposant à l'esquive et à l'ambiguïté. Boisclair, Legault, Marois, des noms qui soulignent la continuité plutôt que la refondation. Est-ce à dire que, si le PQ veut survivre à sa défaite, il doit lui advenir un chef hors-sérail? Je ne doute pas un instant qu'ils sont nombreux ceux-là qui, non seulement le pensent, mais le souhaitent pour le bien de la Cause. Les prochains mois diront jusqu'où le PQ est capable de renouveler son projet et de présenter un chef fort et crédible.

Une élection référendaire

Pendant l'élection du 14 novembre 1962, Jean Lesage ne cessait de répéter: «Un vote pour le PLQ ou pour un député libéral est un vote pour la nationalisation de l'électricité». Il a gagné les élections et il a nationalisé l'électricité.

En 2007, le chef du NPQ (nouveau PQ...) devra répéter en campagne électorale: «Un vote pour le NPQ est un vote pour la souveraineté».

Si l'ADQ joint le mouvement, en déclarant: «Un vote pour l'ADQ est un vote pour la souveraineté», on peut raisonnablement prétendre que l'élection sera remportée par les souverainistes. Encore plus si on réussissait à former une "alliance élargie" incluant, pour une seule et unique campagne électorale, les autres partis souverainistes regroupés autour de l'UFP. Une large majorité démocratique à plus de 55% des voix serait ainsi dégagée qui donnerait toute sa légitimité à la déclaration de l'indépendance du Québec. Fin des finasseries sur les «certitudes morales» et les «conditions gagnantes»...

Le PQ, l'ADQ et l'UFP ont 48 mois pour mettre au point cette alliance.

Et tout porte à croire que cette alliance se fera. On peut penser en effet que le chef de l'ADQ regrette amèrement son discours de Toronto et d'avoir suivi les conseils des "tourneurs de pages". Ses postures bourassiennes ont finalement fait fuir les souverainistes de droite qui ont cru, le temps de le dire, dans une ADQ nationaliste. Quant à l'UFP, elle a appris elle aussi que ses chances sont réduites d'accéder à une représentation électorale tant que le Québec ne sera pas souverain. La question nationale, tant qu'elle n'est pas réglée, empêchera une majorité d'électeurs, toujours déterminés par cette question, de favoriser les élans réformistes de ces partis.

Rien au Québec ne peut en effet se faire sans la "déclaration de loyauté première" au Québec. Même le PLQ n'y échappe pas. Et tous ces Canadians vivant au Québec, qui votent PLQ, se leurrent s'ils pensent que la question nationale est enterrée avec l'arrivée aux affaires de Charest-le-canadien... La question nationale n'est pas enterrée. Tous ces collaborateurs, à Ottawa ou chez Gesca, se trompent quand ils affirment le contraire. L'appétit de liberté d'un peuple transcende, à chaque moment de son histoire, ces collaborations du présent, même quand elles sont vantées par tous les J. Saul de ce monde comme le modèle de la tolérance, de l'harmonie et de la vertu politique. Le "beau risque" de tous les LaFontaine de notre histoire n'a pas empêché le peuple québécois de progresser, génération après génération, dans la prise de conscience de son originalité, de la fragilité de son existence et de la clarification de ses objectifs.

Rompre avec cette tradition de collaboration

Les 400 000 ont fait la démonstration de la nécessité de rompre avec cette tradition de collaboration. Le PQ reconfédéraliste en a payé le prix. L'ADQ aussi, Et l'un et l'autre ne sont pas sans l'ignorer. Aussi, leur alliance a toutes les chances de se concrétiser. Et ce sera tant mieux. Car plus tôt ils auront leur pays, plus tôt les électeurs pourront exprimer leurs préférences sur les options politiques gauche-droite qui combleraient leurs attentes enfin dégagées des contraintes de la survie dès lors assurée.

Pour ceux qui n'en seraient toujours pas convaincus, l'échec annoncé de la gouvernance provincialiste du PLQ en fournira une preuve supplémentaire. L'acharnement pathétique d'Alliance Québec, financée par Ottawa, a porté jusqu'en Cour suprême la question de la politique linguistique québécoise, menaçant de rompre le fragile équilibre des choses. Le test one-0-one ne sera pas sans conséquences sur le gouvernement libéral. Le problème des défusions non plus. Enfin, l'illusion d'un "Conseil de la Fédération", faisant pendant au pouvoir central, n'est qu'un leurre. Déjà les commentateurs du ROC en ont fait leurs choux gras. C'est que le Canada n'a pas renoncé à son nation building, il entend maintenant le poursuivre autour d'une politique des villes, et dans le rabaissement des provinces. L'élite canadian, bien installée au centre, n'entend pas partager avec qui que ce soit le contrôle du pouvoir canadian, fédéralisme d'apparence. Ni avec les provinces, ni avec un Québec provincial, ni avec un Québec souverain... Cela est d'autant plus évident que le pouvoir canadian est confié à un parti unique, l'opposition étant déchirée sur des questions, régionales ou nationales, non résolues, et ne paraissant pas devoir l'être dans les prochaines années. Au centre, on préfère laisser croire qu'elles n'existent tout simplement plus du fait qu'on n'en parlera tout simplement plus... sauf au moment des grand-messes électorales où les monstres seront de nouveau affichés comme repoussoirs destinés à consolider toute impossibilité d'alternance...

"Dans les 24 mois"

On peut d'ores et déjà prévoir l'allure des forces en présence lors de la prochaine campagne électorale. La "Grande alliance des partis souverainistes" et l'échec incontournable du gouvernement Charest seront là pour maximiser les chances d'une victoire sans équivoque du OUI. Une victoire électorale du OUI. L'échec libéral ne suffira pas à lui seul. Pour y arriver, il faut s'entendre et se préparer.

1° S'entendre. Aujourd'hui on nous annonce que Jacques Parizeau a proposé une grande stratégie de relance de la souveraineté. Il a mis l'accent entre autres sur la nécessité de proposer un projet de société. Cette proposition suppose que la relance en question s'adresse au PQ. Malheureusement, on peut douter que le grand parti qu'a été le PQ réussisse à reconstruire le rapport de confiance nécessaire à cette démarche. Il apparaît plus opportun de travailler à la "grande alliance" en raison de son potentiel de crédibilité et d'efficacité à atteindre le but.

Or, l'idée d'une telle "grande alliance" exclut la possibilité d'offrir ce projet de société puisque ses composantes n'ont pas la même idée à ce sujet. Aussi faut-il comprendre que si le succès de la souveraineté dépend de l'alliance des partis souverainistes, il suppose également que cette alliance ne soit basée que sur une seule question, celle qui en constitue le fondement: la déclaration d'indépendance.

2° Il découle de cette approche que l'alliance ne saurait proposer un programme de gouvernement. Elle s'en tiendrait à une gouvernance des dossiers courants, sauf peut-être à introduire la loi de la réforme électorale promise et attendue depuis plus de trente ans. Son programme commun consisterait essentiellement à déclarer l'indépendance et à faire la transition à laquelle elle se serait préparée dans les mois qui viennent. Ce qui, on peut le penser, prendrait un minimum de mois. Peut-être vingt-quatre mois. Après quoi, dans un Québec souverain, ce gouvernement d'"union nationale" pourrait annoncer la première campagne électorale post-coloniale... au grand contentement des électeurs de tous les horizons.

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COMMENTAIRES

  1. Bravo! M. Frappier! Bravo! Vigile.Net

    Votre analyse et vos propositions sont d'une très grande cohérence dans notre contexte actuel et nous ouvrent *enfin* des avenues nouvelles, très innovatrices et viscéralement démocratiques et mobilisatrices, pour enfin mettre le cap ensemble vers l'indépendance de notre Nation.

    Jean-Marc Rioux, président
    Mobilisation Indépendance Québec (MIQ)
    Québec, notre capitale nationale, 27.4.2003

  2. Bravo pour votre éditorial !

    Bonsoir Bernard,

    Bravo pour votre éditorial ! Je partage entièrement votre opinion. Il y a plus de dix ans que je préconise l'élection référendaire plutôt qu'un référendum que nous perdons et que nous perdrons toujours à cause de l'inégalité des forces en présence (l'argent et les votes ethniques, n'ayons pas peur de l'affirmer) et de nos sempiternelles divisions. Les perspectives que vous ouvrez sont, à mon humble avis, les seules qui aient toutes les chances de nous ouvrir les portes de la liberté. Inutile de vous dire que je publierai votre éditorial dans le prochain numéro de VIGILE-HEBDO. Bonne semaine !

    P.S. Vous devriez écrire plus souvent...

    Bien cordialement,

    Raymond Savard, 27.4.2003

  3. Votre idée est plus qu'intéressante

    Bonjour monsieur Frappier,

    Votre idée est plus qu'intéressante. J'en suis presque. Le seul point d'interrogation qui s'est peu à peu installé dans ma tête en vous lisant est l'ADQ. Croyez-vous vraiment que ce parti joindrait une telle alliance? Autrement dit, y a-t-il assez de souverainistes dans ce parti pour que ces derniers fassent pression sur leur chef afin qu'il embarque dans le bâteau?

    J'ai un doute, un gros doute, qui ne demande qu'à être dissipé. Je ne connais pas ce parti de l'intérieur... mais ce que j'en perçois ne me rassure pas.

    André Vincent, 28.4.2003

  4. Quel paradoxe désolant!

    Cher Monsieur Frappier,

    Félicitations pour votre éditorial qui constitue une analyse de fond qui cerne très bien la problématique à laquelle les souverainistes sont confrontés.

    L'affaire Michaud aura eu le mérite de mettre au grand jour ces vieux réflexes de colonisés par des dirigeants souverainistes idéologiquement en charge de décoloniser les esprits. Quel paradoxe désolant!

    Le défunt caucus péquiste n'a pas saisi la chance que leur donnait Bernard Landry, de corriger la monumentale erreur de l'affaire Michaud.

    Bernard Landry, lui, n'a pas su s'imposer comme chef, dans cette ténébreuse affaire.

    Pire encore, le défunt caucus péquiste n'a pas réalisé la profonde blessure qu'il a infligée à ces militants de la première heure, tout comme l'atteinte à la dignité de l'institution.

    Les soldats des premières batailles, inclus dans les 400,000 sympathisants blessés, se sont abstenus. Les opportunistes qui ont envahi le PQ pour le pouvoir, et non pour sa raison d'être, ont livré la bataille qu'on a connue. Indiscutablement, comme par le passé, les opportunistes du pouvoir vont quitter en douce et les vrais militants indépendantistes vont reprendre leur place et essayer de reconstruire. S'ils ne le peuvent à l'intérieur du PQ... ils le feront ailleurs.

    Ceux qui, à l'instar de Jacques Parizeau, auront la grandeur humaine et l'honnêteté intellectuelle d'admettre leurs erreurs seront peut-être pardonnés; les autres peuvent se faire oublier.

    Merci encore pour la contribution colossale de Vigile dans un débat palpitant qui s'amorce enfin et que la campagne de financement de Vigile soit un succès pour continuer à être un sain lieu d'information, de rassemblement et d'échange.

    Souveraines salutations,

    James A. Wilkins
    Lac Brôme, 28.4.2003

  5. Ne réclamer qu'une chose : L'INDÉPENDANCE

    L'évolution de la pensée indépendantiste nous amène de plus en plus à marquer des distinctions entre la gestion d'une province canadienne et la lutte d'indépendance d'une nation. Beaucoup se rendent compte qu'il devient souhaitable de séparer l'un et l'autre. La grande alliance que réclame Bernard Frappier se situe dans cette tendance. Il m'apparaît indispensable que le mouvement indépendantiste se résolve à ne réclamer qu'une chose : L'INDÉPENDANCE.

    Je crois que l'indépendance du Québec serait hâtée si nous tendions à retrouver dans le mouvement indépendantiste sensiblement le même équilibre socio-politique que nous retrouvons dans la société québécoise dans son ensemble : soit, en gros, 50 % de sociaux-démocrates, 20 % de libéraux, 20 % de libéraux conservateurs (genre ADQ) et 10 % d'éléments divers de droite et de gauche.

    On ne peut tout régler en même temps : la question nationale s'adresse à toute la nation alors que les affinités socio-politiques renvoient à des groupes d'intérêts concurrents. Depuis des années, accoler des orientations sociales à la souveraineté a immanquablement détourné l'attention de la question nationale au profit des questions sociales, certes importantes, mais dont l'envergure ne dépasse guère les limites provinciales. L'indépendance, le combat d'une nation pour sortir de son statut de subordination politique, est l'éternel parent pauvre du débat des souverainistes. Il faut renverser la tendance. C'est en mettant l'accent sur l'indépendance, au-delà des allégeances politiques, que le débat pourra être recentré sur la subordination nationale et l'accession à la liberté politique comme moyen d'en sortir.

    La grande alliance est indispensable. Je pense que c'est la seule voie qui peut nous conduire à l'indépendance. C'est la voie à suivre avec ou en dépit des partis politiques établis.

    Gilles Verrier, 28.4.2003

  6. Ce qu'on appelle penser

    Chers amis et amies.

    Au cas où vous ne connaissiez pas le quotidien électronique VIGILE, je vous envoie plus bas le texte de l'éditorial d'aujourd'hui, qui démontre que penser, ce n'est pas plier la réalité à ses visions dogmatiques, mais analyser la réalité pour la dépasser.

    Ce qui ne signifie pas que je partage entièrement les énoncés et les conclusions de cette analyse, mais que j'apprécie qu'elle nous force à réfléchir hic et nunc aux prémisses et aux conséquences de la situation dans laquelle nous ont plongés les résultats des dernières élections et qui nous obligent à revoir de fond en comble la stratégie et les tactiques qui en découlent et qui avaient jusqu'à maintenant orienté notre lutte.

    Suite à la défaite du Parti québécois, précédée de l'échec du référendum de 1995, il est dans l'ordre des choses que nous nous interrogions sur les causes et conséquences de ces événements malheureux et que nous nous demandions quelles ont été nos erreurs stratégiques, afin, pour le moins, de ne pas les répéter.

    Car la situation est nouvelle et qu'à chaque situation correspond une stratégie particulière. Il devrait en effet apparaître à l'évidence qu'une stratégie, bonne dans une conjecture déterminée, peut être néfaste dans une autre.

    Actuellement, la stratégie de notre ennemi (tous les fédéralistes) repose essentiellement, au plan symbolique, à convaincre les Québécois et les Québécoises que continuer la lutte est inutile, dans le but de leur faire accepter les conditions qu'on veut leur imposer, celles de se contenter de réformes administratives du fonctionnement du fédéralisme. Réformes qu'il (l'ennemi) présente comme possibles, compte tenu des relations nouvelles et différentes qui se noueront entre un Jean Charest, résolument fédéraliste et un Paul Martin moins dogmatique que Chrétien et Dion devant les revendications des provinces. Foutaises, comme le souligne Robert Laplante, aujourd'hui, dans son bulletin du lundi, intituler: Laisser braire.

    Ainsi, il n'est de stratégie possiblement victorieuse pour le Québec que de mener sa lutte ailleurs que sur le terrain de l'ennemi qui dispose de moyens infiniment plus puissants que les siens, tant dans le domaine des communications intérieures et internationales que dans la possession des moyens financiers.

    Quel est actuellement ce terrain, si ce n'est l'établissement d'une très bonne cohésion nationale? D'où la valeur, à mon avis, d'unir, sans les confondre, sans les dissoudre les uns dans les autres, les efforts de TOUS les mouvements et partis, de droite et de gauche, qui ont pour objectif premier l'accession du Québec à l'indépendance. Cela demandera une grande capacité d'analyse et de synthèse, pour combiner dans un même faisceau d'actions, celles qui visent le même but d'ensemble: l'indépendance du Québec.

    C'est à mon humble avis ce à quoi nous devons d'ores et déjà nous atteler CONCRÈTEMENT. En toute solidarité, mais sans visée de consensus, fondement dangereux de la pensée unique.

    À bientôt,
    Andrée Ferretti, 28.4.2003

  7. Référendisme et partenarisme - deux stratégies perdantes

    Bernard,

    Puissant édito que ta «grande alliance», et perspective enthousiasmante aussi.

    Le moins qu'on puisse dire est qu'il nous change des explications à l'eau de rose, sinon vaches, que certains ténors de l'équipe Landry nous servent depuis le soir des élections pour expliquer la défaite du Parti québécois (vent de changement, fusions municipales, guerre en Irak, propos de Parizeau, etc.). Tout pour ne pas voir le principal : le Parti québécois a perdu ces élections-là par sa faute, par sa très grande faute. Il a réussi à s'aliéner une masse considérable, en l'occurrence décisive, de son électorat naturel, les indépendantistes, à force de se servir du gouvernement pour ne pas faire l'indépendance, à force de ne pas avoir de politique indépendantiste. Il fallait le faire ! Et un parti l'a fait, le Parti québécois, censé être l'instrument de notre émancipation nationale.

    « Il faut gagner », disait le slogan électoral du Parti québécois. Eh bien, il a perdu. Il faut... que cette défaite soit le signal d'une remise en question radicale de la tendance «reconfédéraliste» au sein de ce parti. Il faudra par exemple remettre en question deux de ses stratégies perdantes, deux soi-disant conditions d'accès à l'indépendance, celle du référendum et celle du partenariat avec le Canada (référendisme et partenarisme).

    Ces remises en question ne se feront pas par quelque remue-ménage de palais. Il y aura affrontements, déchirements, y compris scission peut-être, devant laquelle il ne faudra pas reculer.

    Elles ne se feront pas sans changement à la tête du parti. La corruption idéologique à la direction du Parti québécois est profonde au point qu'à l'exception du départ du ministre Bégin, aucun mouvement dissident ne s'y est manifesté à ce jour. La ligne Landry est pourtant au moins aussi nulle que l'était le «beau risque» de Lévesque...

    Ton édito montre que la solution n'est pas à chercher uniquement dans le Parti québécois. Il faudra sans doute bricoler quelque alliance, penser en termes de front national. L'important est que la direction de pareille alliance soit assurée par la tendance séparatiste et que les «mous», au lieu d'être au premier rang, suivent. Une «grande alliance» derrière des chefs qui prennent Ottawa pour un «partenaire» et l'indépendance pour un simple «plus» dont on peut se dispenser encore ne servirait à rien.

    Richard Gervais, 29 avril 2003

  8. Parizeau le gaffeur

    Je reviens vous lire à l'occasion. Désaccord absolu sur l'affaire Parizeau!

    1- Monsieur Parizeau, pour qui j'avais beaucoup d'estime, manque du sens de la diplomatie. A quelques heures du débat des chefs, il était élémentaire de sa part de penser que ce n'était pas le temps de faire de vagues. De savoir que le moindre de ses propos pourrait être relevé. ÉLÉMENTAIRE!

    2- L'entourage de Bernard Landry connaissant l'art qu'a Parizeau d'émettre assez souvent des propos "spéciaux"... et sachant que Parizeau parlait à Shawinigan a manqué le bateau en ne suivant pas le personnage.

    Si Landry avait été au courant au débat, il aurait pu décontenancer Charest en lui rappellant à lui Charest que lui-même avait commis une erreur comme ministre à Ottawa et qu'il avait dû démissionner.

    3- La gaffe Parizeau a changé la donne de la campagne électorale pour le pire en faisant mal paraître Landry. Question d'image!!!!

    4- Le PQ a fait une erreur en amenant le "vieux" Parizeau dans la campagne. Alors qu'il fallait donner une image de nouveauté!

    Quant au projet souverainiste, l'avenir est très sombre! Les prochains à y goûter seront les candidats bloquistes...

    Et s'il fallait que le fédéral donne des gros $$$ aux provinces (re:déséquilibre fiscal), la souveraineté ne sera que le souvenir d'un vieux rêve!!

    Salutations amicales!

    Pierre Grandchamp, 03-5-2
    http://pages.infinit.net/piergrd

  9. M. Parizeau n'a pas fait de gaffe

    Je ne suis pas d'accord avec M. Grandchamp, dont je respecte beaucoup le militantisme pour notre cause commune en passant.

    M. Parizeau n'a pas fait de gaffe, pq il fut démontré par la suite, que ses propos furent entièrement déformés et utilisés démagogiquement par le PLQ et sa presse inféodée.

    Au contraire, le PQ aurait dû défendre M. Parizeau, mais comme dans l'Affaire Michaud, le chef et le parti furent pris de panique et ont tenté très malhabilement de s'en dissocier, en faisant le jeu indirectement de ses grands adversaires unitaristes canadian et de leurs valets..C'est cela surtout qui a provoqué de graves doutes et de graves problèmes dans la base militante et électorale du PQ et peut expliquer entre autres sa déconvenue dans les sondages par la suite et qui s'est exprimée par les 400000 abstentions la journée du vote.. Il ne faut pas oublier, que 45 % et plus de nos concitoyens croient encore en la souveraineté et que notre projet de libération nationale est plus populaire que le parti qui l'a incarné parfois avec beaucoup de contradictions hélas! depuis 1968.

    Il est surprenant de lire que M. Parizeau était trop vieux, alors que tant dans l'ADQ et dans le PLQ, il y avait dans leur sillage, plein de têtes grisonnantes tout au cours de la campagne et de jeunes-vieux, avec des idées vieillotes 'néo-libérales' de droite et d'extrême-droite dans le camp ennemi.

    Il est vrai, comme le souligne M. Grandchamp, que notre démographie déclinante, et les magouilles d'Ottawa et du nouveau gouvernement du PLQ à Québec ne nous laissent pas beaucoup de marge de manoeuvre: ou bien nous, indépendantistes, séchons rapidement nos pleurs et allons dans le sens accéléré de la proposition 'Alliance nationale' proposée par M. Frappier, ou l'entretien de nos divisions et de notre défaitisme accélèrera notre processus d'auto-destruction nationale au plus grand contentement du Canada Building.

    Quant au Bloc, s'il met le cap sur l'Indépendance et rien d'autre, alors son vote devrait augmenter dans le Québec français. D'ailleurs, il pourra utiliser très facilement les propos de Jean Charest qui à la fin de la campagne électorale a dit qu'il pourrait s'appuyer sur le Bloc, pour demander le réaménagement fiscal si les fédéraux le refusent. Or, le camp fédéral libéral n'a pas changé d'idées, encore moins leur dauphin Paul Martin pour qui il n'existe pas de déséquilibre fiscal au Canada.

    En outre la souveraineté n'est pas un rêve et par conséquent ne deviendra jamais un vieux rêve, puisque elle est inscrite profondément dans les mentalités populaires et dans nos démarches et réflexes collectifs, et que les événements mondiaux actuels ne peuvent que la servir dans les années à venir. D'autres pays et d'autres nations ont connu des difficultées bien pires que les nôtres afin d'accéder à leur Indépendance nationale et/ou pour la maintenir. Par exemple, je lisais dernièrement le Discours du 1er mai de Fidel Castro à la Havane, et en plusieurs points, il reflétait que le défaitisme ne mène nulle part, et que l'union des forces nationales misant aussi sur un soutien international est toujours préférable: http://miq.mac-fan.com/fidelmai.htm.

    " Que peu de temps suffit pour changer toutes choses!" Victor Hugo

    Isabelle St Pierre
    MIQ
    Québec, notre capitale nationale