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«« élection complémentaire du 13 mai 2002
Son seul défaut est d'être libérale... fédérale
Michel Vastel
Le Soleil Le jeudi 04 avril 2002
Ce qu'il y a de bien avec Liza Frulla, c'est qu'elle a toujours « une ligne », une de ces formules qui font les délices des chroniqueurs ou des animateurs de radio. Et elle en inspire aux autres. Liza Frulla, c'est du deux pour un : un bon mot d'elle-même sur elle-même, et un compliment des autres. Même Stéphane Dion s'est senti obligé de profiter de son anniversaire, le 30 mars, pour lui souhaiter la bienvenue au Parti libéral du Canada.
« Princesse » ou « diva » selon l'opinion qu'on se fait d'elle, ses changements de carrière ne passent jamais inaperçus. Quand elle a quitté le Parti libéral du Québec, c'est le méchant Jean Charest qui en a porté l'opprobre. Aujourd'hui, ce sont les « ayatollahs » de la CSN qui, ayant déclenché la grève à Radio-Canada, l'ont rendue disponible. Et elle préfère les pancartes électorales aux slogans des lignes de piquetage.
Mardi soir dernier, le syndicat des employés de Radio-Canada était justement en assemblée. Cela se prolongeait et Liza décida de rentrer chez elle plus tôt que prévu. En tout cas assez tôt pour être dans son condo du Sanctuaire lorsque le téléphone sonna. C'était Martin Cauchon, le nouvel André Ouellet du Parti libéral du Canada.
« Raymond Lavigne a démissionné », commença-t-il.
D'autres qu'elle auraient interjeté : « Raymond qui ? » Mais ancienne députée de Marguerite-Bourgeoys, voisin de Verdun où Lavigne sévissait depuis 1993, elle se contenta d'avoir l'air surpris : « Ah bon ? » dit-elle sans penser à demander ce que Jean Chrétien lui avait proposé en échange. C'est ainsi que madame Frulla prétend avoir eu 20 heures pour se décider.
Le téléphone de Jean Chrétien, en provenance du Maroc, la flatta d'autant plus qu'il lui « offrait » la circonscription, comme si l'opinion des membres de l'Association libérale de la circonscription de Verdun — Saint-Henri — Saint-Paul—Pointe-Saint-Charles n'avait pas trop d'importance. Puis Stéphane Dion a interrompu son séjour à l'Université de Princeton au New Jersey pour lui souhaiter la bienvenue. De la manière dont elle m'en a parlé, je pense que c'est ce second coup de téléphone qui l'a le plus flattée.
Et Paul Martin ? Elle n'arrête pas de répéter qu'ils sont amis. « Ils ne vont tout de même pas souper l'un chez l'autre », me dit une mauvaise langue. Leurs fermes, l'une à Bromont, l'autre à Sutton, ne sont même pas voisines. L'une élève des poulets et des dindes, l'autre des bœufs. Et puis, Liza Frulla n'a pas appuyé Paul Martin en 1990 lorsqu'il s'est agi de choisir un nouveau chef du Parti libéral. C'est plutôt son mari, André Morrow, qui a refait l'image de Jean Chrétien. Bref, Paul Martin n'a pas appelé...
En fait, la démission de Lavigne, Liza Frulla ne la voyait pas venir. Elle avait plutôt l'œil sur Saint-Léonard. Elle en avait même parlé avec Paul Martin et son ancien collègue à l'Assemblée nationale Michel Bissonnet. Mais quand le nombre des membres en règle de l'association du comté d'Alfonso Gagliano est soudainement passé à 5000, le parti s'est dit qu'il vaudrait mieux laisser les Italiens régler leurs comptes entre eux.
La démission de Lavigne fut donc un hasard qui tombait bien. Et sa nomination au Sénat sans doute fortuite ! C'est un peu comme la retraite de Christiane Charette de son émission de Radio-Canada, alors que Jean Charest manquait d'enthousiasme pour Liza Frulla. « On est toujours venu me chercher », me confiait-elle un jour. Alors Chrétien est venu la chercher, Dion a applaudi, et Martin n'a rien dit... Voilà une carrière à Ottawa qui est bien partie.
Liza Frulla m'avouait ne pas connaître Ottawa. Quand je lui ai offert de lui faire visiter les lieux, elle n'a pas relevé. « J'ai toujours voulu aller voir de l'autre côté de la clôture », dit-elle. Parce qu'il y a donc une clôture... De toutes ses amies, « Les compagnes du Canada », elle n'en rencontrera sûrement pas beaucoup à Ottawa. Lise Bissonnette ? Denise Bombardier ? Lisette Lapointe ? Louise Beaudoin ? Peut-être Édith Butler, à la fête du Canada, si Liza occupe des fonctions assez importantes pour y être invitée.
Car elle va devoir jouer du coude pour se faire une bonne place à Ottawa. Si elle reprend sa bataille contre le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral, elle va devoir piler sur les pieds de Stéphane Dion. Et si elle veut poursuivre sa campagne en faveur de la « souveraineté culturelle », elle va devoir pousser Sheila Copps.
Remarquez, me rappelait-on hier, elle fut une des premières journalistes sportives à entrer dans le vestiaire du Canadien. Et elle a vendu de la bière à des propriétaires de bars de danseuses nues. Elle n'a donc pas froid aux yeux, cette femme.
La vérité toute simple — et cela ne lui enlève aucun mérite, — c'est que Liza Frulla n'avait plus d'émission de télévision. D'autant moins que la grève avait précipité sa fin de saison. Elle va donc troquer 119 000 spectateurs contre 93 849 électeurs.
Et puis, comme à Radio-Canada, où elle a vite pris la place de Christiane Charette, elle a une place à prendre à Ottawa, celle de Lucienne Robillard, présidente du Conseil du Trésor. Les deux femmes sont entrées en politique en même temps, en 1989, à la demande de Robert Bourassa. Elles se retrouvent à Ottawa, à la demande de Jean Chrétien.
Le petit gars de Shawinigan n'était pas très content de Lucienne Robillard, trop québécoise à son goût. Il a donc trouvé une autre femme pour siéger au Conseil des ministres. « Elle a le réflexe québécois », disait pourtant d'elle avec admiration Pierre Paradis, un autre ancien collègue à l'Assemblée nationale.
Mais Liza Frulla aura le temps d'apprendre. Ou Jean Chrétien de s'habituer à elle. « Son seul défaut est d'être libérale », dit un jour sa copine Louise Beaudoin. Mais c'était à Québec. Maintenant que Liza Frulla est « libérale fédérale » ....
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