«« Commission Séguin

Une phrase de trop

Gilbert Lavoie Le Soleil Le vendredi 15 mars 2002


La parole est d'argent, mais le silence est d'or. Le premier ministre Bernard Landry, un homme fort lettré, aurait gagné à respecter ce vieux dicton, mercredi, à l'occasion de sa conférence de presse sur les suites à donner au rapport de la Commission Séguin, sur le déséquilibre fiscal.

M. Landry et Mme Marois avaient présenté une réaction très raisonnable. Ils avaient insisté sur la nécessité de maintenir l'unanimité des partis à l'Assemblée nationale. Ils avaient demandé, avec raison, une réponse articulée de Paul Martin aux prétentions de la commission. La ministre avait annoncé une tournée des provinces pour convaincre ses homologues, et le premier ministre avait invité Jean Charest et Mario Dumont à une rencontre pour décider d'une action commune.

Jusque là, tout allait bien. Le seul reproche qu'on pouvait faire à Mme Marois, c'est de ne pas avoir écrit à M. Martin pour lui demander une «réponse articulée». Les demandes par médias interposés, ça ne fait jamais très sérieux. Mais Paul Martin n'avait pas montré plus de sérieux en opposant un refus catégorique au rapport de la Commission Séguin, avant même de l'avoir lu.

Le dossier était bien lancé. Mario Dumont avait accueilli favorablement la démarche, et on voyait mal comment Jean Charest pourrait s'objecter à la demande de collaboration que s'apprêtait à lui soumettre le premier ministre. C'est M. Landry qui lui a donné le prétexte voulu. «Ce rapport est un puissant instrument pédagogique pour la souveraineté...», a-t-il déclaré, en réponse à une question adressée à Mme Marois.

Jean Charest n'attendait que cela. Le chef libéral a déclaré que si Bernard Landry voulait bâtir un consensus sur le rapport Séguin, il lui faudrait d'abord mettre ses intentions souverainistes de côté. Les dés étaient joués. MM. Landry et Charest se sont rencontrés hier après-midi pour discuter de la question, M. Charest a promis de réfléchir à la proposition gouvernementale, mais il n'a pas changé d'idée. Mardi soir il en discutera avec son caucus avant de rendre sa décision : les libéraux estiment que c'est à l'électorat, dans le cadre d'une élection générale, qu'il appartient maintenant de donner un mandat pour assurer le suivi à la Commission Séguin. Ils n'ont pas tort. Le gouvernement criera à la trahison des intérêts québécois. Jean Charest répondra que les péquistes ont porté les mêmes accusations lorsque les libéraux ont présenté leur position constitutionnelle, qui réclamait justement ce que propose aujourd'hui la Commission Séguin.

Bienvenue en campagne électorale! À six mois peut-être des prochaines élections, le consensus recherché par M. Landry prendra plutôt l'allure d'une belle lutte politique.