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«« Lionel Groulx
35e anniversaire du décès de Lionel Groulx
L'héritage scientifique de
Lionel Groulx
Robert Boily Directeur général de la Fondation
et du Centre de recherche Lionel-Groulx
Christian Dessureault Président de l'Institut
d'histoire de l'Amérique française
Le Devoir - vendredi 28 juin 2002
Lionel Groulx fut une
personnalité aux nombreuses facettes: à la fois prêtre, romancier, auteur d'une
énorme quantité de brochures, d'articles, de discours, de lettres à des milliers
de correspondants. Intellectuel engagé, il fut pendant 50 ans le point de mire
de nombreux groupes et disciples mais aussi la bête noire de nombre d'individus.
La controverse, on le sait, s'est poursuivie après sa mort.
Faut-il le rappeler, Lionel Groulx fut
également un homme de science, un historien qui a occupé, dans le Québec et le
Canada français de la première moitié du siècle et au delà, une place
prééminente, ce que la controverse autour de la personne occulte trop souvent.
Son oeuvre, comme toute production historique, a vieilli, mais elle demeure un
monument dans l'historiographie canadienne et québécoise, et plusieurs études
restent à faire sur cette oeuvre particulièrement riche.
En ce printemps
du 35e anniversaire de la mort Lionel Groulx, ce n'est que justice de rappeler
son rôle majeur, exceptionnel, dans l'institutionnalisation de la discipline
historique au Québec : enseignement de l'histoire sur une base régulière à
l'Université de Montréal à compter de 1915 et jusqu'au moment de sa retraite, en
1949, formation de nombreux historiens qui prendront la relève, rôle important
dans la création de l'Institut d'histoire de l'Université de Montréal, par la
suite devenu le département d'histoire de cette université, création de
l'Institut d'histoire de l'Amérique française (1946) puis de la Revue d'histoire
de l'Amérique française (1947) ainsi que de la Fondation Lionel-Groulx (1956),
laquelle créera et développera le Centre de recherche Lionel-Groulx (1976). La
contribution de Lionel Groulx à l'institutionnalisation de la discipline
historique dépasse, ou égale, tout ce que tout autre historien au Canada a pu
réaliser.
Or ce qu'il importe de constater, c'est que plusieurs
décennies après leur création, ces institutions existent toujours et contribuent
chacune à sa manière, en toute indépendance, à la connaissance historique et à
la sauvegarde du patrimoine québécois et de celui du Canada français. Elles sont
l'héritage d'un visionnaire qui, de l'âge de 68 ans, lors de la création de
l'Institut d'histoire de l'Amérique française, jusqu'à sa mort, en 1967, à l'âge
de 89 ans et quatre mois, continuera de veiller étroitement à leur survie et à
leur développement. Ces institutions, il importe de le souligner, n'ont pas été
conçues comme des instruments de propagande mais comme des lieux de recherche et
d'expression scientifique. Elles le sont demeurées.
La
Fondation Lionel-Groulx
Le 17 mai 1956, des amis de Lionel Groulx, soit
Maxime Raymond, Joseph Blain, Jacques Genest et Charles-Auguste Raymond,
s'associent à lui pour créer la fondation qui portera son nom. Il s'agit alors
d'assurer, grâce à ces mécènes, la survie financière et la pérennité de
l'institut et de la Revue d'histoire de l'Amérique française, de «favoriser
l'étude de l'histoire du Canada français et de tout le fait français en
Amérique» ainsi que de «promouvoir l'avancement et la diffusion de la science de
l'histoire». C'est au siège social de la fondation que sont logés l'institut et
la revue. Ils y sont toujours.
À la mort de Lionel Groulx, la fondation
hérite de ses archives personnelles, qui couvrent près de trois quarts de siècle
d'histoire du Québec et de l'Amérique française (1894-1967), de divers autres
fonds et collections d'archives recueillis par Groulx lui-même, de même que de
sa bibliothèque personnelle, soit quelque 8000 livres, 2000 brochures et environ
350 titres de périodiques. Jusqu'à la création du Centre de recherche
Lionel-Groulx (lettres patentes du 11 août 1976), la fondation acquiert de
nouveaux fonds d'archives, enrichit sa bibliothèque grâce à de généreux dons
consentis par des particuliers ou des organismes, publie et poursuit des
recherches, notamment sur l'oeuvre de Groulx. C'est celle qui fut la fidèle
secrétaire et collaboratrice de Lionel Groulx pendant les 30 dernières années de
sa vie, sa nièce Juliette Lalonde-Rémillard, qui, par son dévouement, a permis à
la fondation de poursuivre sa mission, et ce, jusqu'en 1989.
Le Centre
de recherche Lionel-Groulx
Comme le précisent les textes fondateurs, le
Centre de recherche Lionel-Groulx a pour objet de «promouvoir l'étude et la
recherche sur l'histoire du Canada français, de l'Amérique française et du
Québec en particulier». Cette mission émane directement de celle de la fondation
qui lui a donné naissance, le centre étant en quelque sorte l'un des moyens que
s'est donnés celle-ci pour réaliser ses objectifs. Sa mission propre s'articule
autour de deux principaux secteurs d'activité, un service d'archives et une
bibliothèque spécialisée, auxquels il faut ajouter la recherche et les
publications. Pour ce faire, le centre s'assure des services professionnels d'un
bibliothécaire et de trois archivistes.
Les archives privées conservées
par le centre constituent sans contredit le coeur de la documentation que ce
dernier rend accessible aux chercheurs. Couvrant une période qui s'étend du
XVIIe siècle à nos jours, et principalement les années 1920 à 1960, ces archives
se composent à ce jour de 65 fonds et collections regroupant des documents de
toute nature : correspondance, manuscrits, photographies, gravures,
enregistrements sonores, films, etc. Parmi ces fonds, mentionnons pour mémoire
ceux de plusieurs personnes associées de près au journal Le Devoir, soit une
partie des archives de son fondateur, Henri Bourassa, ceux d'André Laurendeau,
de Gérard Filion et de Lise Bissonnette. Mais ce ne sont là que quelques-uns des
fonds des journalistes associés au Devoir et détenus par le centre. L'ensemble
des fonds et collections du centre forme un corpus d'une indéniable homogénéité
sur le plan thématique, axé d'une part sur l'oeuvre historique et l'action
sociale de Lionel Groulx et d'autre part sur l'histoire des nationalismes
canadiens-français et québécois, considérés dans leurs dimensions politique,
religieuse, sociale, culturelle et économique.
La description de la
totalité des fonds et collections d'archives est accessible sur le site Internet
du centre : www.sdm.qc.ca./crlg.
Comme instrument de mise en valeur de
ses archives privées, et en accord avec sa mission, le centre administre et
développe d'autre part une bibliothèque dont les ressources se rapportent
principalement à l'histoire de la Nouvelle-France, du Canada français et du
Québec contemporain. Celle-ci contient une vaste collection d'ouvrages
regroupant près de 27 000 titres dont la pierre d'assise réside dans la
bibliothèque personnelle de Lionel-Groulx.
Enfin, dans la mesure de ses
moyens, le centre, en plus de susciter et d'encourager la recherche sur
l'histoire du Québec, contribue lui-même à certaines activités de recherche et
favorise la publication dans ses domaines de spécialisation. Parmi l'ensemble
des réalisations et des projets en cours, mentionnons : l'édition critique de la
correspondance de Lionel-Groulx; Les Relations France-Québec depuis 1760 :
inventaire bibliographique; Le Livre d'orgue de Montréal, fac-similé d'un
manuscrit de musique inédite de la fin du XVIIe siècle; les Cahiers d'histoire
du Québec au XXe siècle (dix numéros parus).
L'Institut d'histoire de
l'Amérique française
La création de l'Institut d'histoire, dans un lieu
distinct et autonome du milieu universitaire dans lequel oeuvrait son fondateur,
a progressivement permis de regrouper au sein d'un même organisme l'ensemble des
chercheurs du Canada et de l'étranger intéressés par l'histoire de l'Amérique
française sans distinction d'origine, de croyance religieuse, d'opinion
politique ou de conception idéologique.
Reconnu comme organisme sans but
lucratif depuis 1970, l'Institut d'histoire de l'Amérique française est dirigé
par un conseil d'administration élu démocratiquement par ses membres et
responsable seulement devant l'Assemblée nationale. Au fil des ans, cette
institution a pu en quelque sorte devenir la principale association des
historiens du Québec et un véritable lieu de collaboration entre les
spécialistes de plusieurs institutions universitaires et les autres historiens
professionnels présents tant dans les autres institutions publiques (archives,
musées) que dans les différents lieux actuels de production et de diffusion de
l'histoire.
L'Institut d'histoire constitue désormais un instrument de
cohésion et d'affirmation de la communauté historienne. L'institut a ainsi
contribué, au cours des dernières années, à défendre la place de l'histoire dans
l'enseignement, à valoriser le patrimoine et à promouvoir la recherche
scientifique en histoire.
La Revue d'histoire de l'Amérique française
La Revue d'histoire de l'Amérique française constitue la première revue
scientifique de langue française traitant de l'histoire du Québec, du Canada
français et de l'Amérique française. La revue a d'ailleurs, au Canada, la
réputation d'être une des meilleures revues savantes consacrées à l'histoire.
Elle est diffusée dans une vingtaine de pays. Reflet d'une histoire sans cesse
en construction, elle favorise la diffusion des connaissances historiques les
plus récentes. Le contenu de la revue reflète effectivement l'évolution, depuis
sa création, des problématiques et des méthodes de la recherche historique à
l'échelle nationale et internationale. Le champ d'étude porte sur l'histoire de
l'Amérique française, mais cette définition inclut l'étude des relations avec
d'autres milieux et invite aux recherches comparatives. La revue accueille les
collaborations diverses de chercheurs d'ici et d'ailleurs, aux approches et aux
sujets diversifiés, touchant tout à la fois l'histoire des classes sociales, de
la culture, de la famille, des femmes, des institutions, du pouvoir politique et
des structures économiques.
L'institut et la revue ont ainsi non
seulement assuré la continuité d'une partie importante de l'héritage
scientifique de Lionel Groulx, ils ont également réussi à la renouveler et à
l'actualiser.
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