«« «« Louis-Joseph Papineau
«« «« les Patriotes

Notes pour une allocution du premier ministre, M. Bernard Landry, à l’occasion du dévoilement de la statue de Louis-Joseph Papineau

Québec, le jeudi 12 décembre 2002




Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Madame la représentante du chef de l’opposition officielle,
Monsieur le chef de l’Action démocratique,
Madame Papineau et autres membres de la famille Papineau,
dont mon ami Jean-Yves Papineau, mon cher camarade qui est ici,
Monsieur le Consul général de France,
Madame la Consule générale des États-Unis d’Amérique,


Chers amis.

J’ai mis de côté le texte que de valeureux fonctionnaires avaient préparé à votre endroit, non pas parce que je ne voulais pas me geler les doigts, mais j’avais peur que certains d’entre vous se gèlent les pieds.

C’est une cérémonie un peu tardive, mais elle se fait grâce à l’ancien président de l’Assemblée nationale, d’ailleurs, mon collègue Jean-Pierre Charbonneau, qui est ici et que je salue, ainsi que mes autres collègues. Tardive parce que j’ai derrière moi la statue d’un très grand homme, qui représente un très grand mouvement politique, qui était un mouvement d’idées mais, hélas, comme il est arrivé trop souvent dans l’histoire de l’humanité, ces idées, pour qu’elles triomphent, ont comporté un élément de violence tragique. Si vous avez un peu froid aujourd’hui, il faisait très froid aussi à Saint-Denis-sur-Richelieu en 1837 et, en plus, c’était un jour d’orage, un jour d’orage et de bataille.

Donc, les Patriotes ont été des gens d’idées, des gens qui ont poussé jusqu’au sacrifice ultime la poursuite du triomphe de ces idées. Nous leur devons aujourd’hui de vivre dans la liberté démocratique et dans une liberté démocratique, il faut bien le dire en ce qui a trait au Québec, exemplaire de façon générale.

Louis-Joseph Papineau et les Patriotes ont fait rayonner dans notre pays des idées de lumière, du siècle des lumières. Celles de la France, de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau et de Montesquieu, celles aussi des États-Unis d’Amérique, de John Quincy Adams, de Thomas Jefferson, et celles qui ont libéré plusieurs peuples de l’Amérique latine. C’étaient aussi les idées de Simon Bolivar et de José Martí. Ils ont apporté, les Patriotes, la lumière, et de cette lumière ont jailli nos libertés d’aujourd’hui, notre société moderne et progressiste.

Je veux insister sur le fait que, quand nous avons déclaré et décrété la Journée nationale des Patriotes au mois de mai de chaque année, il y a eu certaines ambiguïtés parmi quelques éléments de la population qui ont cru que ce mouvement pouvait être facteur de divisions à l’intérieur du Québec. Pas du tout, le mouvement des Patriotes était multiethnique. Il y avait des Écossais, des Irlandais, des Allemands et ceux qu’on appelait, à l’époque, les Canadiens. Le mouvement des Patriotes n’est pas source de division non plus avec le reste du Canada. Il y a eu une rébellion portée par les mêmes idéaux au Haut-Canada et elle a été réprimée aussi sévèrement et aussi durement qu’elle l’a été au Québec. Et, pour cette raison, le gouvernement central du Canada a nommé la circonscription de Verchères circonscription de Verchères—Les-Patriotes.

D’ailleurs, Louis-Joseph Papineau fut député de Verchères. Je suis donc un de ses successeurs. Son beau-frère, le curé Bruneau, était curé de Verchères. C’était le frère de Julie Papineau, et Julie Papineau a bien illustré, dans sa vie et par son comportement, que la lutte des Patriotes était aussi une lutte de femmes. Il y a eu des assemblées monstres de femmes patriotes qui ont soutenu l’action, qui ont appuyé la bataille et qui ont démontré, dans le Québec du temps, que l’égalité des sexes était une chose importante dans la fraternité et la sororité à la recherche de la liberté.

Donc, Louis-Joseph Papineau est passé souvent à Verchères voir son beau-frère, le curé. Et la population de Verchères, qu’a représentée aussi Jean-Pierre Charbonneau, est une population patriote. Dans la vieille maison patrimoniale que j’habite ont habité des Patriotes qui se sont cachés dans les granges. Malheureusement, ils ont été débusqués et traînés menottés vers Montréal, derrière le cheval, comme on le faisait pour les prisonniers à l’époque. C’est donc extrêmement émouvant d’évoquer dans cette partie du Québec, mais dans tout le Québec, la mémoire des Patriotes.

Quand nous étions jeunes, et encore aujourd’hui, nous chantions et nous chantons : Un Canadien errant. Une chanson dramatiquement belle et pathétique rappelant notre histoire. Évidemment, dans le contexte géopolitique d’aujourd’hui, il faudrait dire : Un Québécois errant, puisque quand j’étais jeune, la patrie, c’était le Canada français, et le Canada français, c’était un peuple jeune encore qui grandissait sur les bords du grand fleuve, et en Abitibi, et au Saguenay—Lac-Saint-Jean, et dans le bassin Laurentien. Donc, ces Patriotes étaient des patriotes québécois. Et je me sens investi, moi et mon parti et les millions de personnes qui voient l’avenir du Québec comme je le vois, de la mission de compléter de façon ultime l’œuvre des Patriotes.

Il est devenu consensuel et indéniable que le Québec forme une nation. Cette nation est la sixième puissance économique des Amériques. C’est une des économies les plus diversifiées et les plus dynamiques du monde. Depuis cinq ans, sa croissance économique a dépassé celle de tous les pays de l’OCDE, y compris nos puissants voisins, les États-Unis d’Amérique, et la France, et l’Allemagne, et les autres. Cette nation rayonne sur le plan culturel. Ses artistes se font entendre partout. Le Cirque du Soleil joue à guichets fermés dans plusieurs villes du monde actuellement et sur toutes les scènes du monde sont jouées des œuvres des auteurs québécois. Nos danseurs s’illustrent dans toutes les capitales du monde. Notre politique sociale est rayonnante. Même les Suédois viennent voir ce que nous faisons de bien, alors qu’ils ont souvent, durant notre jeunesse, inspiré nos rêves sociaux les plus avancés.

De tout cela, je conclus qu’il est anormal que la patrie, dont la démocratie a été bâtie par les Patriotes, n’ait pas utilisé cette démocratie pour rejoindre le concert des nations. Il n’est pas normal que notre Québec ait le statut d’une simple province du Canada. La nation québécoise, dans les plus brefs délais démocratiques possible, doit aller s’asseoir d’égal à égal avec les autres nations qui furent libérées par d’autres patriotes à la même époque où vivait Louis-Joseph Papineau.

C’est ce que nous allons continuer à soumettre à notre population dans le plus grand respect des rythmes de l’évolution démocratique, mais avec fougue et ferveur, comme l’ont fait les Patriotes de 1837, afin que, dans un avenir le plus proche possible, notre patrie soit présente au concert des nations.

Bonne journée.