«« Loi 101

Indépendance du Québec : il faut agir ou mourir

La seule manière pour le Québec de compenser sa minorisation démographique dans la Confédération et de réfléchir à son avenir réside dans l'indépendance

STEPHAN LAROUCHE
Étudiant à la maîtrise en science politique

LeDevoir 13.4.00




A la veille du congrès du mois de mai, une partie de bras de fer est en train de se jouer entre la haute direction du Parti québécois et sa base militante. Doit-on opter pour le statu quo, c'est-à-dire permettre au bilinguisme de s'implanter progressivement dans la province par une législation peu musclée, ou bien réinstaurer l'unilinguisme français?

Du côté de l'entourage du premier ministre Bouchard, on lance un appel à la modération. On demande d'attendre les conclusions des états généraux sur la langue avant de rouvrir de quelque façon que ce soit le dossier linguistique. De l'autre côté, on crie à l'injustice. On juge que les états généraux sur la langue ne sont qu'une manière détournée de clouer le bec aux militants du parti. Ceux-ci voudraient un retour à l'unilinguisme français dans l'affichage public et commercial en plus d'obliger les immigrants à fréquenter des institutions d'enseignement de langue française jusqu'au cégep. Mais dans cette confrontation qui oppose bilinguisme et unilinguisme, qu'en est-il vraiment?

Pour ce qui est du bilinguisme, une conception erronée consiste à croire qu'il serait une vertu en soi et que toute personne devrait tendre à devenir bilingue. On insiste pour convaincre que le fait de parler deux ou plusieurs langues constitue une richesse qui nous ouvre la porte au monde entier. Certes, le bilinguisme peut apporter des bénéfices au chapitre individuel. Toutefois, il entraîne des conséquences catastrophiques au niveau collectif, voire la mort de la langue minoritaire et de la nation qui l'a fait naître.

Une autre idée très répandue au Québec, mais également au Canada, veut que le bilinguisme donne au français et à l'anglais des chances égales de progresser. A cette idée, nous sommes dans l'obligation de répondre que les recherches des 30 dernières années en politique, en anthropologie et en linguistique démontrent le contraire.

L'égalité juridique des langues ne saurait donner des chances égales aux deux principaux groupes linguistiques du Canada. Des rapports de force inégaux ne pourront jamais produire des langues égales.

Entre langues, disait le politologue Jean A Laponce, «l'état normal, c'est la guerre». En d'autres mots, la paix linguistique n'est envisageable que lorsque les langues en contact peuvent posséder chacune leur territoire exclusif, sinon elles cherchent tout naturellement à s'éliminer mutuellement et à se vaincre.

Cette guerre à mort entre des langues en contact peut prendre des décennies, voire des siècles avant de se terminer par l'élimination d'une des deux langues au profit de l'autre. Mais tôt ou tard, c'est inévitable, le bilinguisme n'étant rien d'autre qu'une période transitoire entre l'unilinguisme d'une langue pour une autre. Voyons comment s'opère ce processus de transfert de langue.

L'assimilation commence avec le bilinguisme de l'élite sociale pendant que la masse, elle, demeure toujours unilingue. Puis, tranquillement, la masse des villes devient bilingue pendant que la population des campagnes reste unilingue. Les villes évoluent progressivement vers 1'unilinguisme de la nouvelle langue tandis que le bilinguisme gagne les campagnes. Finalement, les campagnes passent à l'unilinguisme pour laisser quelques îlots bilingues qui ne sauront résister très longtemps à l'assimilation.

Il ne faut pas oublier que le bilinguisme a été inventé afin d'éviter tout conflit entre des groupes partageant une langue différente sur un même territoire. Au Canada, il a servi et sert toujours à éliminer les revendications de la minorité canadienne-française pendant que se poursuit l'oeuvre d'intégration et d'assimilation à la langue dominante, l'anglais. Déjà, dans le reste du Canada, la situation du français est presque à un point de non-retour. Pour certains, c'est une simple question de temps.

Soyons clairs: les francophones du Québec occuperont une place de plus en plus petite au sein de la Confédération canadienne, le poids démographique de ces derniers étant appelé à diminuer tandis que celui des anglophones, avec l'aide des nouveaux immigrants qui optent pour l'anglais comme langue d'usage, est appelé à augmenter. .

Il est déjà extrêmement difficile pour le Québec de se doter de politiques capables de protéger la langue et la culture de sa majorité, les lois de ce dernier devant respecter une constitution fédérale qu'il n'a jamais reconnue. Alors, imaginez comment cela sera lorsque les francophones commenceront à représenter moins de 20 % de la population canadienne. Dans une structure fédérale qui nie, à toutes fins utiles, l'existence de la nation canadienne-française ou québécoise, on peut imaginer le pire!

Dans ce contexte, il faut appeler «angélisme suicidaire» cette façon de croire que le Québec peut se passer d'une législation efficace en matière linguistique. La seule manière pour le Québec de compenser sa minorisation démographique dans la Confédération et de réfléchir à son avenir réside dans l'indépendance. Avec le plein contrôle de ses pouvoirs législatifs, le Québec aura enfin la faculté de créer une plus grande homogénéité linguistique à l'intérieur de son territoire, seule garante de son avenir.

Evidemment, vivre en français au Québec, c'est accepter de vivre dangereusement. Toutefois, c'est uniquement de cette manière que nous aurons une chance de nous tailler une place au soleil. Penser autrement, c'est accepter en pleine conscience cette réalité dictée par cette loi incontournable, millénaire et universelle, celle de notre assimilation et de notre extinction dans un avenir plus ou moins rapproché mais inévitable.

Ne croyez pas que la question linguistique du Québec soit une exception. Elle ne l'est pas! Décider de vivre en français au Québec, c'est comme monter un escalier mobile dans le sens inverse. Dès que l'on s'arrête, on redescend aussitôt.

C'est pourquoi il ne faut pas attendre les conclusions de futurs états généraux sur la langue avant de prendre position. Le congrès du Parti québécois doit servir de lieu de discussions susceptibles de contribuer à l'avenir de la langue française. Pendant ce congrès, il doit être question de l'indépendance du Québec mais également et certainement du dossier linguistique.

L'unilinguisme dans l'affichage public et commercial tout comme l'obligation pour les immigrants de fréquenter des institutions d'enseignement de langue française jusqu'au cégep doivent faire partie de l'ordre du jour. C'est une question de vie ou de mort.