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«« Le français au Canada
Plus ça change...
Pierre Gravel
La Presse - Le dimanche 30 septembre 2001
Éditorial - Deux manchettes: «Bilinguisme: l’exaspération fait suite aux hésitations d’Ottawa» et «Air Canada exaspère la commissaire aux langues officielles». De prime abord, on serait porté à croire que, le hasard faisant bien les choses, il ne s’agit que d’une légère variation sur un même thème, soit le rapport annuel déposé cette semaine à Ottawa par cette dernière.
Sauf que, s’il s’agit effectivement d’un constat décevant face à une situation assez peu encourageante, il importe de noter qu’un écart de plus de quinze ans sépare ces deux titres. Le premier, paru le 16 avril 1986, décrivait la réaction du commissaire alors en poste, D’Iberville Fortier, et le second, lui, résume une des conclusions de la titulaire actuelle, Dyane Adam. De là à conclure que la dualité linguistique reste toujours bien problématique au Canada, il n’y a qu’un pas... qu’on peut franchir. Mais avec des nuances.
C’est d’ailleurs cette prudence qui caractérise le rapport de madame Adam qui, si elle exprime sa déception voire son impatience face à une évolution qu’elle désirerait plus rapide dans certains dossiers, se réjouit d’avoir observé des progrès indiscutables à d’autres points de vue. Même type de réaction ambivalente face à la détermination du gouvernement fédéral de poursuivre dans cette direction: si elle dit se réjouir de la désignation du ministre Stéphane Dion comme responsable de ce dossier, elle reconnaît être «un peu restée sur sa faim» en constatant que, cinq mois après sa nomination à ce poste, ce dernier n’a toujours pas présenté de plan d’action précis pour faire vraiment bouger les choses...
Il est incidemment révélateur que cette préoccupation d’équilibrer les reproches et les félicitations a toujours été perceptible dans les rapports de ses prédécesseurs. Au point où, en en lisant certains passages, on serait bien embêté de dire s’ils sont signés par elle ou un de ses prédécesseurs, Keith Spicer, Max Yalden, D’Iberville Fortier ou Victor Goldbloom. En fait, depuis maintenant trente ans, chacun d’eux a redoublé d’attention pour voir si le grand projet de Pierre Trudeau d’un Canada bilingue devenait réalité. Avec un constat de succès plus que relatif si on croit les observations de tous ceux qui ont eu le mandat de suivre l’évolution de ce dossier.
Chacun, à tour de rôle, a rappelé l’importance d’une véritable volonté politique et le besoin d’une collaboration empressée et cohérente de toutes les institutions gouvernementales et organismes publics. En déplorant que ni l’une ni l’autre ne soit suffisante pour transformer la réalité et la rendre conforme à la vision idéale formulée par cet ancien premier ministre. Au vu de ce qu’on sait maintenant, il faudrait peut-être procéder à l’inverse. C’est-à-dire chercher simplement ce qui peut vraiment être fait pour améliorer la situation sans entretenir l’illusion de pouvoir changer le monde pour le rendre conforme à ce qui était certes un beau rêve. Mais qui n’était peut-être finalement qu’une chimère...
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