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Étourdissement ministériel
Je m'empresse de remercier le ministre responsable des langues officielles, Stéphane Dion, de m'avoir enseigné les vérités ultimes. Imaginez que je n'avais pas compris que mes droits linguistiques coûtent trop cher, que les jugements des cours canadiennes ne contraignent pas notre ministre d'agir, qu'il est acceptable d'opposer mes droits fondamentaux à la piastre, que le respect de mes droits constitutionnels tue l'initiative politique (suis-je assez béat pour présumer d'une initiative progressive?), que le prétendu encliquetage m'est préjudiciable et que mon assimilation n'a rien à voir avec les torts et omissions de mes gouvernements mais qu'elle est plutôt une conséquence de mon mode de vie, qu'elle est inévitable et que le gouvernement n'y peut rien.
Bon, voilà! Je pense que je me sens rassuré
et que je me coucherai moins niaiseux ce soir.
C'est à en perdre le souffle, au point de s'évanouir devant cet étourdissement ministériel. D'autant plus que notre Stéphane national déclarait l'automne dernier que la survie des communautés francophones passe par l'enseignement du français aux anglophones. De plus, M. Dion semble suggérer que le ministre des Finances lui interdise tout nouvel investissement dans les langues officielles puisque le jugement sur la Loi des contraventions coûte déjà trop cher.
Est-ce du marchandage de la part du ministre des Finances ou du chantage «Dion» (et je ne parle pas de Céline)? Et l'automne dernier, le ministre Dion m'informait que certains de mes droits linguistiques ne sont pas justiciables puisque les mandarins du ministère de la justice le lui ont dit, bien sûr.
Je suis confus et je dois m'en remettre au premier ministre. M. Chrétien, qui est le ministre responsable des langues officielles? M. Dion est-il à la tutelle et à la merci de mirages économistes et de retranchements juridiques ou l'exécutant de l'intention et du programme du premier ministre? Les fumisteries de M. Dion se multiplient; s'annonce à l'horizon un
slalom de dérapages.
À bien y penser, je crois qu'une solution de rechange s'offre à nous. M. Chrétien devrait remplacer M. Dion par le ministre ontarien responsable des services en français, John Baird. Cette nomination aurait pour mérite que je me ferais moins d'illusions sur les intentions réelles de mon gouvernement, que les dérapages de M. Baird seraient beaucoup moins dommageables, que ça nous l'enlèverait de nos jambes au niveau provincial et que M. Dion serait de nouveau libéré pour chasser des épouvantails séparatistes; de nouveau comblé, quoi.
Richard Hudon
Toronto, 25 janvier 2002 lettre publiée dans LeDevoir du 7.2.2002
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