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«« Loi 101
Défense de la langue - un impair
Jean-Marc Léger
Montréal, ler février 2002 lettre publiée dans LeDevoir du 25.2.2002
Même si ce fut l'une des recommandations de
la commission Larose, l'éventuelle fusion ou
confusion en un seul des quatre organes dits de
la Charte de la langue française constituerait
pour le moins un impair et, davantage sans doute, une faute. Le réputé sociologue Guy Rocher (qui fut un proche conseiller de Camille Laurin au moment de la préparation de la loi 101) a récemment dénoncé avec vigueur ce projet.
Il paraît néanmoins et malheureusement acquis que la ministre dite «responsable de la charte» s'apprête à proposer au gouvernement cette dangereuse opération.
Dangereuse dans la mesure où l'on réunirait en un seul organisme et sous une seule autorité des responsabilités et des tâches différentes de nature les unes des autres et qui appellent dès lors une orientation, des activités et des mesures distinctes, ce qui suppose pleine liberté d'action pour chacun des organismes concernés. Dangereuse par les risques évidents de contradictions et d'affrontements.
Dangereuse aussi par la tentation, pour ne pas dire plus, de réduire davantage les moyens tant humains que financiers attribués à la mise en oeuvre de la charte, dont la diminution constante depuis plus de quinze ans est aussi étonnante qu'atterrante.
Au lieu de souscrire à une initiative pareillement inopportune et néfaste, le gouvernement serait mieux inspiré d'envisager la création, enfin, d'un ministère de la Langue. Ministère délégué, placé sous l'autorité directe du premier ministre, pareil ministère pourrait à la fois assurer l'harmonisation des quatre organes de la charte, insuffler un élan nouveau à la politique de la langue, imposer le respect de l'esprit et de la lettre de la loi 101 à l'ensemble des ministères et des organismes et établisements publics de toute nature, tâche désormais aussi urgente qu'exigeante.
Le réaménagement de la définition et des attributions des multiples ministères existant permettrait, sans en accroître le nombre (surtout pas!), de créer ce ministère de la Langue: cela marquerait à la fois la volonté d'agir, le souci d'efficacité et de cohérence, et constituerait un message éloquent tant sur le plan intérieur qu'envers l'opinion publique à l'extérieur. Et, faute d'un ministère, au moins une délégation générale à la langue pour coordonner et coiffer les quatre organes de la charte, accomplir les tâches maîtresses ci-dessus résumées et réaffirmer la volonté de l'Etat québécois de faire de la politique de la langue une haute priorité (avec l'accroissement des moyens qui en découlerait logiquement).
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