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Où était le Québec dans le combat
pour la sauvegarde de Montfort? MARCO VEILLEUX LeDevoir du 19.2.2002
«Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine et les maisons s'y écroulent l'une sur l'autre.»
Luc 11,17
LIBRE OPINION - La longue lutte contre le gouvernement de Queen's Park pour sauver l'hôpital Montfort d'Ottawa vient de se conclure par la victoire des Franco-Ontariens. Partout au Canada, des membres de la minorité francophone ont suivi et soutenu ce combat qui, pour eux, était le symbole de la légitimité et de l'avenir de leur identité et de leur culture au sein de ce pays. Mais où était le Québec, dans cette cause? Sa classe politique et intellectuelle est demeurée terriblement discrète, si ce n'est purement indifférente. Force est de reconnaître, en cela, le symptôme de ce que Michel Bock (politologue et historien originaire de Sudbury) appelle, dans son excellent livre sur la crise identitaire franco-ontarienne, «le grand schisme canadien français» (Comment un peuple oublie son nom, Ottawa, éd. Prise de parole/Institut franco-ontarien, 2001, p. 37).
En effet, selon son analyse, depuis la fin des années soixante, les francophones du Québec ont largement recentré leur référence identitaire et leur engagement politique sur l'Etat provincial qui, dès lors, est devenu pour plusieurs d'entre eux, un véritable «Etat national». C'est dire que le gouvernement québécois (seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone en ce pays) s'est mis à symboliser, pour un bon nombre de citoyens du Québec, le seul et l'unique garant légitime de leur identité et de leur culture. Par ailleurs, et de ce fait, les autres francophones n'ont eu
d'autre choix que de se tourner vers le gouvernement fédéral qui, ainsi, en est venu à exercer auprès d'eux «la fonction d'encadrement idéologique et financier que le réseau traditionnel canadien-français n'[était] plus en mesure d'assumer» (idem., p.17).
Mais, par-delà ce schisme s'inscrivant sur l'horizon d'un contexte sociopolitique et constitutionnel fort complexe dont la résultante fut l'éclatement de «la nation canadienne-française», n'y a-t-il pas lieu d'interroger l'insensibilité, voire l'ignorance, dont font preuve les Québécois à l'égard des communautés francophones des autres provinces? Nonobstant la question du statut constitutionnel du Québec au sein de la Confédération canadienne (statut qui semble voué à l'impasse pour une période indéterminée), les Québécois n'ont-ils pas un devoir de solidarité envers leurs concitoyens francophones du pays?
Question dérangeante
L'épisode de Montfort permet de soulever sérieusement cette question qui, pour plusieurs, pourrait apparaître dérangeante, sinon carrément indécente. En effet, le discours nationaliste québécois s'est progressivement positionné devant un ROC (Rest of Canada) défini comme un bloc anglophone monolithique.
Cela a eu pour conséquence de faire entrer les francophones du Québec et ceux que nous appelons, faute de mieux, les francophones hors Québec, dans des dynamiques politiques diamétralement opposées. Une majorité de Québécois aspirant, dans le but d'assurer leur épanouissement, à un fédéralisme toujours plus décentralisé (aspiration allant jusqu'à la rupture ou à la reconfiguratïon radicale de ce fédéralisme pour, grosso modo, 40 à 49% d'entre eux);
les autres francophones aspirant, pour exactement le même et légitime but, à un fédéralisme plus fort et interventionniste (cf. idem., p. 32) .
Le rapport des deux groupes à la Charte canadienne des droits et libertés résume et symbolise de manière éminente cette opposition stratégique et idéologique.
Faut-il accepter ce fossé apparemment devenu infranchissable entre nous? J'ose espérer que la nouvelle génération de politiciens, d'intellectuels, de leaders sociaux et de citoyens, au Québec et dans le reste du Canada, saura dépasser ce schisme et lever les anathèmes mutuels qui perdurent. Nous sommes 2 % de francophones sur un continent à majorité anglophone: quoi qu'il advienne, nous ne pouvons faire l'économie de la solidarité.
Le Québec devrait s'engager, de bonne foi, à faire front commun avec les minorités francophones du reste du pays. Il devrait les accompagner dans leurs luttes quotidiennes pour la sauvegarde et l'épanouissement de leurs institutions et de leurs droits. Tous en sortiraient gagnants.
Quelques francophones viennent de mener une bataille héroïque, à l'Ile-du-Prince-Edouard, pour établir une école de langue française. Le Nouveau-Brunswick connaît des avancées inédites dans le domaine de l'apprentissage du français par des anglophones. Les communautés francophones de l'Ouest, dans l'isolement et le manque cuisant de ressources, tiennent le flambeau tant bien que mal. Comment le Québec peut-il se permettre d'ignorer (en refusant son intérêt et son soutien) le labeur et la détermination de ceux et celles qui, après tout, luttent pour le même bien supérieur que lui, à savoir l'avenir de la langue et de la culture française en Amérique?
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