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Nos frères canadiensMichel David LD Le mardi 26 février 2002
Il est de bon ton pour un nouveau ministre responsable de la Francophonie canadienne d'appeler à une plus grande solidarité des Québécois avec leurs «parents et amis de la francophonie canadienne» dispersés d'un océan à l'autre.
Jean-Pierre Charbonneau a donc pris prétexte d'une lettre publiée dans Le Devoir, dont l'auteur, Marco Veilleux, dépalorait l'indifférence de la classe politique et intellectuelle du Québec dans le combat mené par les Franco-Ontariens pour sauver l'hôpital de Montfort.
Le ministre a repris, telle une figure imposée, le refrain de ses prédécesseurs sur les mérites de la politique à l'égard de la francophonie canadienne adoptée en 1995 et l'augmentation du budget consacré à sa mise en oeuvre. Il a cependant pris bien soin de passer à côté de la question fondamentale soulevée par M. Veilleux, qui est celle du divorce idéologique et politique entre le Québec et ce qui est demeuré le Canada français, dont le projet souverainiste est simplement l'illustration la plus spectaculaire.
«Comment le Québec peut-il se permettre d'ignorer (en refusant son intérêt et son soutien) le labeur et la détermination de ceux et celles qui, après tout, luttent pour le même bien supérieur que lui, à savoir l'avenir de la langue française et de la culture française en Amérique?» demandait-il.
Les fédéralistes québécois ont longtemps rêvé - certains en rêvent encore - d'un fédéralisme suffisamment souple pour permettre aux francophones du Québec de conserver leur référence identitaire, sans remettre en question le cadre politique canadien, mais la minorisation démographique et politique du Québec, conjuguée à la vision unitaire du fédéralisme imposée par Pierre Elliott Trudeau, où la «société distincte» n'a pas sa place, a rendu inévitable un recentrage sur l'État «national» québécois, dont les intérêts sont souvent inconciliables en pratique avec ceux de la francophonie pancanadienne.
L'adoption d'une Charte des droits, en 1982, a fait la joie des communautés francophones de l'extérieur du Québec, comme de la minorité anglo-québécoise. Pour la classe politique et intellectuelle du Québec, il s'agissait au contraire du plus grand recul subi depuis 1867.
Et puis, il y a la conjoncture. Malgré toute sa sympathie, comment Lucien Bouchard aurait-il pu se lancer dans une croisade pour sauver l'hôpital Montfort, alors que son gouvernement venait de fermer des établissements anglophones et entendait réviser à la baisse les programmes d'accès aux services de santé en anglais? Tout au plus pouvait-il en glisser un mot à Mike Harris.
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Soyons sérieux, l'aide du Québec à la francophonie canadienne totalise 1,6 million et les subventions ne dépassent pas 50 000 $. Ça peut certainement être utile pour organiser un forum ou un stage de formation, mais l'essentiel est évidemment ailleurs.
Tout l'argent que le gouvernement Bourassa aurait pu offrir aux Franco-Albertains n'aurait pas compensé la forfaiture de 1989, quand il s'est rangé derrière l'Alberta, qui contestait en Cour suprême leur droit d'administrer leurs propres écoles. L'actuel président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes FCFA, Georges Arès, qui présidait l'association franco-albertaine à l'époque, l'avait carrément accusé de trahison.
Pour le gouvernement Bourassa, il s'agissait de préserver la juridiction du Québec en matière d'éducation. Pour les Franco-Albertains, il s'agissait de préserver l'avenir de leurs enfants. Entre les deux, qui avait tort?
Dix ans plus tard, le gouvernement Bouchard s'est retrouvé dans une situation analogue. Cette fois, la question était de savoir si un accusé dans un procès criminel avait le droit d'exiger que le procureur de la Couronne parle sa langue. Bref, d'être compris de son accusateur.
Le Québec, où c'est toujours allé de soi, s'apprêtait pourtant à contester ce droit en Cour suprême, sous prétexte qu'il appartenait aux provinces de décider, jusqu'à ce qu'on réalise l'odieux de cette position, qui aurait pu avoir pour effet d'imposer un procureur unilingue anglophone à un francophone du Manitoba ou du Nouveau-Brunswick.
Sans qu'ils soient toujours aussi dramatiques, la guérilla perpétuelle qui oppose Ottawa et Québec multiplie les incidents dont les francophones hors Québec ont à pâtir. Ainsi, en octobre dernier, le ministère de la Santé a formellement interdit à tous les dirigeants d'hôpitaux du Québec de participer à un colloque sur les besoins des communautés francophones, à Moncton, parce qu'il était financé par le gouvernement fédéral. Que Québec bâillonne ses fonctionnaires, soit, mais les hôpitaux? Les universités peut-être?
Curieusement, le mois suivant, Québec n'a pas vu d'objection à participer à la Semaine internationale de la santé, qui était également subventionnée par Ottawa. Il est vrai que le mot «internationale» a généralement un effet magique, tandis que nos frères canadiens...
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Jusqu'à présent, M. Charbonneau a fait plutôt bonne impression sur les représentants des francophones hors Québec, contrairement à son homologue fédéral Stéphane Dion, dont les premiers pas ont été carrément désastreux, mais qu'on essaie de ne pas trop critiquer, alors il s'apprête à déposer un «plan d'action» qui définira la politique fédérale en matière de francophonie pour les années à venir.
On ne le dira ouvertement, mais on compte sur le côté franc-tireur de M. Charbonneau pour accepter certains compromis qui ne seraient pas tout à fait conformes au credo souverainiste. Encore faudra-t-il que M. Dion y mette un peu du sien, parce que l'ancien président de l'Assemblée nationale a aussi son petit caractère.
Espérons seulement que les prochains Jeux de la francophonie, qui se tiendront en août à Rivière-du-Loup, ne redonneront pas le pénible spectacle de Mem0quette à l'uniforme des athlètes, afin que le Québec puisse y placer une fleur de lys, pour faire contrepoids aux couleurs canadiennes qui avaient déjà monopolisé les manches.
La bonne nouvelle est que l'ancien Secrétaire au sport amateur, Denis Coderre, ne sera pas de la partie. En 1999, cet homme toujours aussi subtil avait eu la brillante idée de parler de... référendum.
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