Québécois et Québécoises: merci!

Gisèle Lalonde, présidente SOS Montfort
lettre publiée dans Le Droit Le vendredi 01 mars 2002



C'est avec beaucoup de peine et de regrets que j'ai lu dans Le Droit une lettre récente écrite par un Franco-Ontarien dénonçant le manque d'appui des Québécois et Québécoises à la cause de l'hôpital Montfort.

(Participante à) cette crise et à la tête du mouvement S.O.S Montfort, je me permets d'apporter certaines précisions lesquelles étaient sans doute méconnues.

Sans minimiser la participation de la francophonie ontarienne et canadienne, s'il y a un peuple qui nous a soutenus tout au long de cette lutte, c'est bien le peuple québécois. Ceux et celles qui nous ont suivis étroitement comprendront jusqu'à quel point je dis vrai.

Quelques exemples

Laissez-moi vous rappeler quelques exemples. D'abord les démarches politiques. La première personne à prendre notre défense à Toronto même, lors de sa visite au premier ministre Harris, fut le premier ministre du Québec d'alors, M. Lucien Bouchard. Il l'a fait d'ailleurs publiquement sur les ondes de Radio-Canada. Puis les libéraux, sous le leadership du chef de l'opposition d'alors, M. Daniel Johnson, accompagné d'un nombre impressionnant de députés, se sont rendus à l'hôpital Montfort et ont aussi fait une déclaration très forte devant les médias de tout le pays. Nous avons eu la visite des députés du Bloc québécois qui nous ont remis 10 000 $.

François Beaulne, membre de l'Assemblée nationale, nous a rendu visite et remis au sénateur Jean-Robert Gauthier et à moi-même une médaille du gouvernement du Québec. Le maire de Maniwaki vint nous appuyer lors d'une de nos manifestations. Un conseiller de La Baie qui venait de subir des dommages extraordinaires dans sa région, se déplaça pour venir nous remettre un chèque. Et je pourrais continuer: le maire de Montpellier, les conseils municipaux de l'Outaouais, etc…

Guy Lafleur

Que dire de Guy Lafleur, le p'tit gars de Thurso, qui a défrayé les manchettes et a tant impressionné la presse anglophone?

Je me dois en plus de souligner la participation toute spéciale de MM. Claude Ryan et Claude Castonguay, ces hom- mes d'une grande crédibilité qui se sont déplacés jusqu'à l'hôpital Lakeshore pour nous appuyer comme institution essentielle au sein de la communauté franco-ontarienne. Cet hôpital anglophone nous a reçus à bras ouverts. Ce sont toutes ces interventions qui ont fait de Montfort une cause nationale et ont ébranlé les éditorialistes du Globe & Mail qui, par un éditorial très fort en notre faveur, a fait changer d'idée le gouvernement conservateur qui a décidé de garder notre hôpital ouvert mais amputé. Un Québécois qui nous a donné un fier coup de pouce, c'est le très honorable Brian Mulroney quand il s'est adressé au Canadian Club de Toronto et a reproché au gouvernement provincial de fermer le seul hôpital francophone universitaire en Ontario. Il l'a fait subtilement mais avec beaucoup de courage.

Non, je n'ai pas oublié la Société St-Jean-Baptiste qui nous a appuyés dès la première heure, moralement et financièrement. Cet organisme a remis à Montfort la somme de 10 000 $. Cette société a même hissé le drapeau franco-ontarien sur la rue Sherbrooke, à Montréal, chaque fois que nous allions en cour, en signe de solidarité avec nous. Ils nous ont facilité l'accès au premier ministre Landry, au chef de l'opposition Jean Charest et au leader du Bloc québécois, Gilles Duceppe, lors de la fête de la St-Jean à Montréal. De plus, cet organisme m'a décerné le prix Séraphin Marion. Je ne peux oublier l'ovation grandiose que j'ai reçue des membres de la CSN en congrès à Québec qui m'ont remis un chèque de 5000 $, lors de notre passage dans la capitale pour rencontrer le ministre Joseph Facal.

D'autres syndicats ont accompli le même geste dont la CEQ.

L'Église catholique, avec l'appui des Évêques du Québec et de la Conférence des évêques catholiques du Canada, présidée alors par son Éminence le Cardinal Jean-Claude Turcotte ainsi que les congrégations religieuses ont également fait parvenir des propositions appuyant Montfort auprès des instances concernées.

Les médias

Tous les médias québécois sans exception, ont couvert la lutte d'une façon incontestable et nous ont aidés à porter notre message et ont dénoncé l'attitude des gouvernements dans cette saga qui a duré près de cinq ans. Enfin, le peuple québécois qui, en plus de signer des milliers de pétitions provenant de partout sur le territoire québécois, a fait parvenir également des lettres d'appui au gouvernement de l'Ontario et à la Commission de restructuration des soins de la santé. Et je n'oublie pas les associations des médecins, les CLSC et autres organismes en santé. Je ne peux passer sous silence que 35 % du fonds de la résistance provenaient du Québec. Comment pouvons-nous nous taire devant un tel esprit de générosité? Ce serait une injustice flagrante.

Oui, avec Montfort nous avons fait connaître au monde entier que les francophones de tout le Canada peuvent se tenir debout, solidaires, devant l'adversité. Ce qui m'a vraiment touchée se sont ces marques d'amitié, ces prières qui me viennent de partout même encore aujourd'hui, des mots qui nous réchauffent le coeur et font grandir en nous la fierté de notre langue, de notre culture et de nos traditions.

J'emprunte les mots de Gilles Vigneault: «Gens du Québec, c'est à votre tour de vous laisser parler d'amour!»