«« Accès à l'école anglaise

Terminé l'école anglaise pour les enfants de riches

Alexander Panetta
Presse Canadienne Le dimanche 17 mars 2002


Le gouvernement du Québec a décidé d'éliminer une échappatoire dans la Charte de la langue française qui permet aux parents d'acheter le droit d'envoyer leurs enfants, et les futurs descendants de ceux-ci, à l'école anglaise.

Pour moins de 10 000 $, en effet, un parent francophone peut inscrire son enfant dans une école anglaise privée pour un an. Au terme de cette brève scolarité à l'école privée, cet enfant ainsi que tous ses descendants deviendront admissibles à l'école publique anglophone.

Pour leur part, les parents qui n'ont pas les moyens d'utiliser cette échappatoire doivent se conformer à la loi, qui empêche la plupart des enfants francophones ou d'immigrants de s'inscrire à l'école anglaise.

En effet, selon la Charte de la langue française, les seuls enfants qui ont le droit de fréquenter l'école anglaise publique sont ceux qui ont déjà étudié, ou dont l'un des parents a déjà étudié, dans une école anglaise ailleurs au Canada.

Le resserrement de la loi devrait cependant entrer en vigueur au printemps.

Ce changement est loin de plaire à Dany Pinel, un parent francophone qui a économisé pour pouvoir envoyer ses deux garçons dans une école privée anglophone, afin qu'ils puissent ensuite apprendre l'anglais parfaitement. Selon lui, l'avenir de ses deux garçons pourrait être compromis s'ils n'acquièrent pas une bonne connaissance de l'anglais.

«Nous sommes en Amérique, entourés de 300 millions d'anglophones, et si vous n'apprenez pas l'anglais, vous êtes foutu», affirme-t-il. Selon lui, la majorité des francophones obtiennent un enseignement inadéquat en anglais dans les écoles publiques.

«La situation est déplorable et la preuve, dit-il, c'est que je passe encore mon temps à chercher des traductions dans les dictionnaires et à chercher mes mots quand je parle.»

Plus d’études en anglais

Le nombre d'étudiants francophones qui fréquentent les écoles publiques et privées anglaises est passé de 10 000 en 1991 à 19 000 à la fin de cette décennie, indique une étude de l'Institut Missisquoi, un groupe de réflexion de Montréal.

L'organisme précise que 1340 étudiants francophones étaient admis dans des écoles anglaises anglophones l'année dernière, contre 898 dix ans plus tôt.

La Commission Larose avait dénoncé cette situation dans son rapport remis l'année dernière. «Il ne peut être légal, ni permis, que des parents puissent acheter un droit d'accès constitutionnel à l'école anglaise pour leurs enfants et leurs descendants», pouvait-on lire dans le rapport.

«Si les parents veulent payer pour que leurs enfants aillent à l'école anglaise, c'est une chose. Mais nous ne pouvons pas accepter qu'ils se servent d'une échappatoire pour envoyer toute la famille à l'école anglaise», a déclaré pour sa part un porte-parole du ministre de l'Éducation, Sylvain Simard.