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«« Langue française au Québec
L'anglais : "espéranto contemporain" ?Coup de pouce de Bernard Landry en faveur d'un statut particulier pour l'anglais ?
Gilles Verrier
Membre du Forum francophone international section Québec (FFI-Québec) TRIBUNE LIBRE 27 mars 2002
Après Claude Allègre, Jean-Marc Messier (et combien d'autres ?), voici que le Premier ministre du Québec ajoute sa pierre à la construction de l'anglais "espéranto contemporain". Il semble de plus en plus clair que les personnalités du monde non-anglophone sont celles qui auront le plus d'influence pour transformer cette fausse fatalité en vérité inculquée. Bernard Landry semble ne reconnaître au français que le statut de langue de communication québécoise, une langue à usage interne, alors que "le pont vers le monde c'est l'anglais". L'espagnol alors ? Le chinois ? Incidemment, aucune institution internationale ne reconnaît encore l'anglais comme langue universelle. Mais, si l'on se fie aux propos rapportés par Mathieu Boivin de la Presse canadienne, on a le droit de se demander sérieusement si la politique étrangère de l'union confédérale que préconise M. Landry ne serait pas une politique grandement dépourvue d'indépendance, une simple poursuite de la politique étrangère "canadian" avec, cette fois, l'accord du Québec.
La défense du français, de la francophonie et de la francosphère, comme constituants d'un contrepoids mondial à l'anglais, au même titre que le renforcement des échanges multilatéraux au sein de la latinité, semblent malheureusement compter pour négligeables dans la politique qu'exprime M. Landry. Ce dernier semble avoir concédé, sans état d'âme apparent et sans lutte, la domination culturelle et linguistique du monde à l'anglosphère avec pour conséquence le rapetissement du français, la sous-estimation de la francosphère et le silence sur le maintien de la diversité linguistique et culturelle. La concession, le repli, semblent être la voie que nous tracent de plus en plus des élites qui ne reconnaissent plus les leurs. En fait, les élites apatrides et a-culturelles, et celles qui tombent sous leur influence ou l'influence d'un certain mondialisme, se rangent massivement d'un seul coté, du coté anglais, peu importe leur langue maternelle.
La mise en oeuvre de la diversité linguistique et culturelle durable du monde est d'abord une affaire de volonté. Cette volonté doit s'exprimer publiquement et fermement. Si Jean-Pierre Chevênement et Christine Boutin, tous deux candidats aux présidentielles françaises, sauvent l'honneur de la France par leur défense du français et de la francophonie, il presse que des voix québécoises parallèles défendent de nouveau la langue, la bonne, la nôtre, la langue française. La souveraineté du Québec n'a de sens que dans la valorisation d'un espace francophone mondial fort et en progression. Elle prend son sens dans un monde où la diversité linguistique et culturelle est valorisée. La langue française, la culture québécoise et la souveraineté ne s'opposent pas. Ils se fortifient mutuellement pour que nous puissions, à titre de nation constituée politiquement, jouer un rôle original et utile dans le monde. Il est temps que les Québécois convaincus que le français peut et doit occuper une place dans le concert mondial des langues investissent la place publique. Nos intérêts nationaux de Québécois francophones doivent s'affirmer et se frayer une place dans la nouvelle géopolitique mondiale. Un monde qui permet autre chose que la subordination tout azimut à la domination anglophone est possible, il faut l'affirmer plus que jamais.
Landry voit l'anglais au Québec comme un pont vers le monde
Mathieu Boivin
Presse Canadienne 26.3.2002
Si le français est la langue commune au Québec, l'anglais représente son pont vers le monde parce qu'il est «l'espéranto contemporain», a déclaré lundi le premier ministre Bernard Landry, devant une assemblée d'organismes communautaires anglophones.
«Oui, le français est la langue d'usage et de communication au Québec, mais le rôle de l'anglais, en matière de communications — naguère avec le Royaume-Uni, désormais avec nos partenaires nord-américains —, a été la source d'un extraordinaire ferment culturel et nous en voyons aujourd'hui les résultats en termes de culture et de technologie», a affirmé M. Landry.
Récapitulant alors les succès culturels et économiques du Québec par comparaison avec d'autres provinces canadiennes et d'autres pays du monde, M. Landry a reconnu que «la communauté anglophone a été profondément impliquée dans ces succès. Une bonne partie (du mérite) lui revient, (...) une partie essentielle.'
Philosophe, le premier ministre québécois a ensuite relevé que la langue anglaise avait «concrétisé le rêve espérantiste, qui rêvait d'un langage universel. L'anglais réalise leur rêve, (puisque) l'anglais est l'espéranto contemporain.'
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