«« Langue française au Québec

L'anglais : "espéranto contemporain" ?

Ce discours est inadmissible

Gilles Verrier
Membre du Forum francophone international
section Québec (FFI-Québec)
TRIBUNE LIBRE 28 mars 2002


Il faut regretter que Bernard Landry n'ait pas défendu la place du français dans le monde. Il a fait le contraire. Il a concédé à l'anglais la place dominante, la place d'une langue qui "seule" fait le pont entre toutes. Une telle déclaration de la part de Sheila Copps aurait soulevé l'ire de tous les Québécois. Et avec raison.

Quelle que soit l'appréciation que l'on puisse faire de la place du français dans le monde d'aujourd'hui, cette place, tout le monde en conviendra, subit une rude concurrence de la part de l'anglais. Cette concurrence ne fait pas de quartier. L'anglais est là pour dominer partout, sans partage. Conséquemment, reconnaître à l'anglais une caractéristique de supériorité, sans du même souffle encourager les francophones à s'affirmer et à prendre leur place, n'est pas le discours d'encouragement que les Québécois attendent du chef souverainiste. Ce discours est inadmissible parce qu'il est contraire aux intérêts du peuple que M. Landry a accepté de représenter.

Les souverainistes-francophones qui ne veulent pas défendre la place du français dans le monde devraient se cantonner dans la neutralité. Autrement, en prenant fait et cause pour la langue qui constitue pour nous le plus important adversaire sur l'échiquier linguistique mondial, ils nuisent. Les souverainistes doivent décider s'ils veulent du français au Québec, à titre de langue locale et marginale de la bourgade bilingue, ou s'ils veulent que le français occupe une place dans la géopolitique de la mondialisation, à coté d'autres langues que l'anglais, ce qui est fort différent. Dans l'optique d'un Québec ouvert sur le monde, la dernière déclaration de M. Landry est très mal venue. L'ouverture sur le monde ne peut s'accorder avec un exclusivisme linguistique réducteur. Le Québec vaut mieux que cela, le monde vaut mieux que cela.