Où étiez-vous, M. Veilleux?

Benoît Sauvageau, député de Repentigny et porte-parole du Bloc québécois en matière de Langues officielles et Francophohonie
Le Droit Le mardi 05 mars 2002


Le 21 février dernier, Le Droit publiait une lettre d'opinion de Marco Veilleux intitulée "Montfort: où était le Québec?".

M. Veilleux rapportait certaines thèses publiées par Michel Bock sur "le grand schisme canadien-français" et posait plusieurs questions autour du thème titré: les Québécois n'ont-ils pas un devoir de solidarité envers leurs concitoyens francophones? Comment le Québec peut-il se permettre d'ignorer les communautés francophones?

Dans l'ensemble, cette lettre se voulait une charge assez sévère dirigée contre l'attitude du peuple québécois dans l'objectif d'en sensibiliser l'opinion publique. L'effort était intéressant, vu sous cet angle. Par contre, il l'était moins alors que l'auteur exposait et laissait derrière lui des propos trompeurs.

En effet, M. Veilleux omet d'interroger la thèse qui sous-tend l'ensemble de son argumentation. Cette thèse, celle de Michel Bock, il l'endosse de facto puis médite sur ses effets. Pourtant, la question fondamentale n'est pas de savoir si la classe politique et intellectuelle du Québec a ou n'a pas un devoir de solidarité envers les minorités francophones ou pourquoi elle est demeurée si indifférente à leur cause. La vraie question est: la classe politique et intellectuelle du Québec est-elle vraiment demeurée indifférente aux minorités francophones du Canada?

Sur ce point, mon désaccord avec M. Veilleux ne saurait être plus total. Concernant l'hôpital Montfort, l'auteur sait-il que de nombreux députés du Bloc québécois ont donné des milliers de dollars pour appuyer S.O.S. Montfort? Sait-il que cette somme fut utilisée en publicité et que le journal Le Droit du 4 décembre 1999 écrivait à ce sujet: "En moins d'une semaine, les Québécois offraient plus de 50 000 $ en dons à S.O.S. Montfort"? Sait-il que Gisèle Lalonde, présidente de S.O.S. Montfort, a affirmé dans le même journal le 16 octobre 1998 que le Québec avait répondu à l'appel de S.O.S. Montfort? Sait-il que le sénateur Jean-Robert Gauthier, président d'honneur du Fonds de la résistance S.O.S. Montfort, avait lancé la veille: "Je suis fier de voir mes amis du Québec venir appuyer notre campagne. Je lance un gros merci à tous les membres du Bloc québécois"?

Concernant les minorités francophones hors Québec, sait-il que le Bloc québécois est intervenu plus d'une centaine de fois à la Chambre des communes sur des questions les concernant directement? Sait-il que Georges Arès, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) disait, en rapport avec un questionnaire sur les besoins des communautés francophones et acadienne, que "les réponses du Bloc québécois démontrent dans plusieurs cas qu'une réflexion solide a été faite au sein de ce parti"? Sait-il que Claire Lanteigne, ex-présidente de la FCFA, disait déjà en 1994 du Bloc québécois: "En un an, [il] a davantage défendu la cause des francophones hors Québec que les libéraux ne l'ont fait pendant leurs neuf années dans l'opposition"?

Le sénateur Jean-Maurice Simard n'écrivait-il pas dans son célèbre rapport de 1999: "Le Bloc québécois demeure la seule formation politique au Canada tout entier à avoir articulé une politique intégrée d'appui au développement et à l'épanouissement des communautés francophones et acadienne." Délicieuse ironie, n'est-ce pas, quand on se rappelle que certains politiciens fédéraux cherchent à nous convaincre que le Québec doit porter l'odieux de l'affaiblissement de nos communautés.