«« Loi 101

Québec, après Ottawa, s'en prend à la loi 101

A PIERRE DE BELLEFEUILLE, CLAUDE-G. CHARRON ET PIERRE GENDRON
Membres du Cercle Godin-Miron
LeDevoir 29.4.2002


LIBRE OPINION - Mme Diane Lemieux, ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Charte de la langue française, a annoncé son intention de présenter à l'Assemblée nationale un projet de loi visant à fusionner les quatre organismes créés par la loi 101, organismes dont les fonctions sont pourtant tout à fait distinctes. Elle dit s'inspirer d'une recommandation de la commission des Etats généraux de la langue française qu'a présidée M. Gérald Larose.

Disons-le tout de go: le rapport Larose, qui repose sur une tablette depuis l'été 2001, est une «patate chaude». Bien sûr, il ne contient pas moins de 149 recommandations; mais cette prolixité reflète une dispersion tous azimuts plutôt qu'une ferme prise en main de la réalité.

La ministre veut-elle donner l'impression que les commissaires n'ont pas travaillé en vain? A notre avis, elle pourrait laisser le rapport Larose dormir sur une tablette. Ce document ne mérite rien d'autre. Il suinte la political correctness. On y brosse le portrait d'un Québec idéal où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Dès l'introduction, les auteurs écartent du revers de la main les données démographiques, sous prétexte de n'être pas «frileux», alors que ces données sont évidemment indispensables pour l'étude de la situation linguistique.

Rappelons qu'une des idées directrices du rapport Larose, selon laquelle les Anglo-Québécois auraient évolué dans le sens de l'acceptation de la primauté du français, a été contredite, peu après la présentation du rapport, par une étude menée par l'Institut Missisquoi, rattaché à l'université McGill. Selon Le Devoir (28 août 2001) cette étude conclut qu'il n'y a pas eu une «évolution significative des attitudes etdes opinions des Québécois anglophones». Ceux-ci, en majorité, considèrent que le français n'est pas menacé au Québec, mais que leur collectivité l'est.

Il y a dix ans, le gouvernement Bourassa a fait mine de fusionner les quatre organismes institués par la loi 101. Devant la levée de boucliers qui s'ensuivit, il se contenta d'en fusionner deux. Dès 1997, à l'initiative de Mme Louise Beaudoin, alors responsable de la Charte de la langue française, l'Assemblée nationale défusionnait la Commission de protection de la langue française et l'Office de la langue française, l'une chargée des plaintes et l'autre de la mise en oeuvre de la Charte, notamment dans les milieux de travail et dans la vie économique. Les deux autres organismes s'occupent d'observer l'évolution de la situation linguistique - le Conseil de la langue française - et de la dénomination des lieux - la Commission de toponymie.

Déjà affaiblie par des jugements de la Cour suprême du Canada, la loi 101 ne doit pas subir d'autres avatars. Laissant de côté le rapport Larose, Mme Lemieux devrait plutôt se préoccuper de remédier au déclin du taux d'inscription aux écoles françaises qui a été mis en lumière par le sociologue Jean Dorion dans une série de trois articles parus dans Le Devoir du 28 au 30 janvier dernier.

Et si madame la ministre tient à désencombrer les tablettes gouvernementales, elle pourrait s'intéresser au rapport Arpin qu'avait commandé sa prédécesseure, Mme Agnès Maltais. Il s'agit du groupe-conseil qui avait été chargé de proposer les grandes lignes d'une politique du patrimoine, et qui a fait rapport en novembre 2000. Or ce document est d'une bonne tenue, et l'on s'étonne que le gouvernement n'y ait pas donné suite. Car, situation absurde, ni le gouvernement ni le ministère de la Culture et des Communications ne dispose d'une politique du patrimoine. Celui-ci qui, dans ses domaines multiples est en quelque sorte notre histoire vivante, est donc mal protégé.

Mme Lemieux s'est sûrement rendu compte de cette grave lacune lorsqu'il a fallu qu'elle improvise, tout récemment, une méthode de protection d'objets ayant appartenu à Maurice Richard, se rendant apparemment, avec un empressement touchant, à la pressante invitation d'une personnalité dont la passion patrimoniale était mal connue, M. René Angélil. La ministre avait pourtant fait la sourde oreille devant les représentations des nombreuses associations qui militent dans ce domaine. Il y a là une leçon pour ces militants: désormais, faites intervenir, des vedettes.