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«« Le français au Canada
Bilinguisme officiel: le dieu qui a échoué
Stephen Harper
La Presse - Le mardi 14 mai 2002
Forum - Ma propre expérience du
bilinguisme remonte à l'été de 1968. Pierre Trudeau venait d'arriver au pouvoir.
Mes parents m'inscrivirent à un programme rudimentaire d'immersion française à
l'autre bout de la ville, probablement plus pour ne pas m'avoir dans les jambes
que pour aider à bâtir la nouvelle théologie fédérale.
À cette époque, on nous promettait que le
bilinguisme ferait de notre pays une nation plus unie, plus équitable, vraiment
bilingue.
Cela n'a pas fonctionné.
En fait, les Canadiens sont à
peine plus bilingues aujourd'hui qu'ils l'étaient autrefois. À preuve, le
recensement de 1996 a révélé que seulement 17% des Canadiens parlent couramment
le français et l'anglais alors que déjà en 1951 ce nombre était supérieur à
12%.
Et cette faible augmentation est sans doute exagérée. Nombreux sont
les anglophones qui ont participé à des programmes d'immersion française et qui
sont encouragés aujourd'hui à dire qu'ils sont bilingues. Mais en l'absence de
raisons concrètes sur le plan économique, social ou culturel de maîtriser cette
langue et de continuer à la parler, cette aptitude s'atrophie purement et
simplement.
Cela n'est pas un commentaire négatif sur la qualité de
l'enseignement en immersion française ou sur le sérieux des étudiants. C'est
qu'il est simplement très difficile - extrêmement difficile - de devenir
bilingue dans un pays qui ne l'est pas.
Et ne vous y trompez pas. Le
Canada n'est pas un pays bilingue. En fait, il est moins bilingue aujourd'hui
que jamais.
Oh là là! Je suis encore une fois coupable d'hérésie. Mais
avant d'exiger une inquisition linguistique, réfléchissez à ceci: bien que le
pourcentage de Canadiens officiellement bilingues soit demeuré relativement
stable, le vrai bilinguisme au Canada est un phénomène très isolé
géographiquement.
La plupart des francophones habitent les
régions unilingues françaises du Canada - donc principalement au Québec - et la
plupart des anglophones habitent les régions unilingues anglaises à l'extérieur
de la province. Les secteurs où sont le mieux représentés les deux groupes
linguistiques sont presque tous uniquement concentrés le long de la frontière du
Québec et du Nouveau-Brunswick et de celle du Québec et de l'Ontario, où vivent
aussi les Canadiens vraiment bilingues.
Et il n'y a rien à redire à cela.
Un unilingue anglophone et un unilingue francophone sont de «vrais Canadiens» au
même titre que leurs concitoyens bilingues. Québec et Calgary «définissent le
Canada» aussi bien qu'Ottawa ou Montréal. Les problèmes surviennent lorsque les
libéraux du fédéral veulent faire du Canada le pays bilingue qu'il n'est
pas.
L'horrible vérité, c'est que même les libéraux ne croient plus dans
leur propre credo.
Ottawa capitule de plus en plus
Malgré
de nombreuses tentatives infructueuses pour promouvoir le français à l'extérieur
du Québec, le gouvernement fédéral capitule de plus en plus souvent devant les
politiques activistes en vigueur au Québec pour protéger son statut de province
officiellement unilingue. La discrimination exercée contre les institutions
anglaises et françaises par la loi québécoise sur la langue officielle est bien
connue.
Et voilà que le principe de deux poids, deux mesures atteint un
nouveau sommet avec la nomination de Stéphane Dion au poste de ministre des
Langues officielles. Dion ne cache pas qu'il est en faveur à la fois de la Loi
101 pour un Québec unilingue français et du bilinguisme officiel pour le reste
du pays. D'ailleurs, il s'est empressé de déclarer en tant que ministre qu'à son
avis, le bilinguisme national passe par la «promotion du français».
Bien
entendu, les libéraux croient qu'en mettant l'accent sur le caractère français
du Canada, ils encourageront les Québécois à lui être fidèles. Mais plus le
Québec devient français et le reste du Canada anglais, plus les Québécois
s'identifient au Québec plutôt qu'au Canada.
Voilà pourquoi la religion
du bilinguisme est celle d'un dieu qui a échoué. Elle n'a conduit ni à l'équité
ni à l'unité et elle a coûté aux contribuables canadiens des millions et des
millions.
L'auteur est le chef de l'Alliance canadienne. Ayant été
élu, hier, comme député de Calgary Sud-Ouest, il siégera dorénavant aux Communes
comme chef de l'opposition officielle. Le texte qui précède est tiré de la
brochure qu'il a publiée lors de la course à la direction de son parti, en
février dernier.
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