«« Loi 101

Dictature canadienne, pollution et racisme enraciné

Antoine Robitaille

Le Devoir 25 mai 2002



[EXTRAIT] Les souverainistes en général et la loi 101 en particulier sont «racistes». A intervalles réguliers, les lecteurs du ROC (rest of Canada) se le font «rappeler». Le chroniqueur Hardey Steward, du Toronto Sun, s'en chargeait cette semaine. Son texte ressemblait à tant d'autres qu'on aurait dit une sorte de «prêt-à-publier». La recette est simple: il faut d'abord un prétexte, habituellement un cas récent d'enquête de la Commission de protection de la langue française, laquelle est inévitablement qualifiée de «police de la langue». L'histoire, cette fois, est celle d'une dame de 72 ans, Yvonne Friedman, «qui parle anglais, hongrois et allemand, mais pas français». Elle tient un petit commerce de lampes sur Sherbrooke qui, selon ce qu'a rapporté un plaignant, n'offre pas les services en français qu'exige la loi. La commission a envoyé à Friedman une lettre «l'informant qu'elle doit prendre des cous de français ou qu'elle doit embaucher davantage d'employés pouvant s'exprimer en français». Steward ne précise pas si la dame a été condamnée ou si le tribunal lui a imposé une amende. Il enchaîne avec une seconde «victime» de la loi 101, devenue presque une célébrité dans le ROC, Pieros Karidogiannosa. Celui-ci, à qui la commission a aussi demandé d'offrir des services en français, a une entreprise de nettoyage à sec depuis 20 ans. Hartley n'en dit pas plus.

Poursuivons la recette: le chroniqueur qualifie tout cela d'«absurde». Et s'il se veut audacieux, il peut, comme Hartley, ajouter des ingrédients: «Le fait est qu'aucun autre pays - aucun autre pays démocratique, s'entend - n'a trouvé nécessaire de se donner des lois linguistiques comme celles que le Québec s'est employé à appliquer dans les dernières décennies.» Pourtant, écrit-il encore, «l'usage du français au Québec est florissant, l'a toujours été». Ensuite, le chroniqueur doit lâcher le gros mot: «racisme». Mais comment l'appuyer? Deux condiments sont alors incontournables: 1) la colère de Bernard Landry au soir du 30 octobre 1995, dans un hôtel de Montréal, où il reprocha «aux immigrants d'avoir fait perdre le OUI»; et 2) les propos insupportables et inquiétants» de Parizeau, le même soir, sur le «vote ethnique». Voilà, la preuve est faite qu'une «pensée raciste» sous-tend les «gouvernements passés et présents du Parti québécois». Ils sont «la honte de la Belle province [en français dans le texte, évidemment].» Et il serait temps, dit Hartiey, que «les Québécois arrêtent de les appuyer».