«« ALLIANCE QUEBEC

Le dernier des résistants

Michèle Ouimet
La Presse Le mercredi 29 mai 2002


Éditorial - Samedi, au congrès d'Alliance Québec, à peine une centaine de personnes écoutaient religieusement le discours enflammé de leur chef, l'avocat Brent Tyler. Il n'y avait pratiquement aucun jeune, qu'une poignée de militants sur le retour d'âge.

Les anglophones ont honte d'Alliance Québec. Un peu comme les francophones avec la Société Saint-Jean-Baptiste. Alliance Québec ne regroupe plus que les anglophones en colère, ceux qui rejettent viscéralement la loi 101 et ne pensent qu'à la tailler en pièces devant les tribunaux. On les appelle les angryphones et ils sont de plus en plus marginaux.

Toutefois Alliance Québec est encore écoutée dans le Canada anglais et elle projette l'image d'un Québec frileux qui malmène sa minorité anglophone. Plusieurs francophones croient aussi que les anglophones se reconnaissent dans cette Alliance aigrie qui ressasse sans fin des vieux griefs et gratte les mêmes bobos jusqu'au sang.

La communauté anglophone a changé depuis 1981, c'est-à-dire depuis qu'Alliance Québec a été fondée par une poignée de militants progressistes traumatisés par la première mouture pure et dure de la loi 101.

Dans les années 1980, Alliance Québec recrutait 18 000 membres. L'adoption de la loi 178 sur l'affichage, que les anglophones ont reçu comme une gifle, a fouetté le militantisme et donné naissance au Parti égalité qui a fait élire quatre députés en 1989. Son chef, Keith Henderson, était d'ailleurs invité au congrès de samedi et il a brassé son éternel discours simpliste où il traite le Québec d'État totalitaire.

Aujourd'hui, Alliance Québec recrute à peine 3400 membres alors que les anglophones sont plus de 900 000 dans la province. Brent Tyler joue sur la frustration des vieux anglophones. Samedi, il a fouetté l'ardeur de ses troupes en ressassant les vieilles histoires d'horreur où de braves commerçants sont harcelés par le gouvernement parce qu'ils ne parlent pas français. Dans la salle, les têtes blanches opinaient du bonnet en murmurant shame, shame.


Tyler et Henderson entretiennent une mentalité d'assiégés qui ne correspond plus à la réalité des anglophones qui ont accepté la loi 101 et qui vivent dans un Québec français, un Québec qui est le leur et où leurs enfants fréquentent massivement les classes d'immersion.

The Gazette n'a pas été tendre avec Alliance Québec. La chroniqueuse Sue Montgomery a écrit que ce groupe était composée d'une poignée de has been hargneux et qu'elle y avait pensé à deux fois avant d'écrire sur eux de crainte de dépenser de l'encre pour rien.

Pourtant, Ottawa continue de traiter Alliance Québec aux petits oignons. Sur la vingtaine d'associations anglophones qui existent dans la province, c'est Alliance Québec qui reçoit la part du lion, soit le quart des 2,4 millions distribués par le fédéral en 2001. Comme si Alliance Québec n'avait pas été prise d'assaut par les radicaux, comme si elle exprimait encore les sentiments de la majorité des anglophones.

Même si la «guerre» est finie, Brent Tyler multiplie les appels à la résistance. Mais c'est aux anglophones de faire le ménage. Ou d'endurer en silence.