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«« Le français au Canada
L'assimilation
Murray Maltais
Le Droit - Le jeudi 1er août 2002
En Ontario et en dehors du
Québec, l'école demeure le plus important rempart contre l'assimilation. Un
rempart de plus en plus fragile. Chaque recensement de Statistique Canada
démontre que le français perd partout du terrain, sauf au Québec. Pourtant, les
jugements de la Cour suprême du Canada ont clairement établi, depuis 1984, le
droit des minorités francophones à l'éducation dans leur langue maternelle, puis
à la gestion scolaire.
En 1998, les francophones de l'Ontario
obtenaient enfin ce pour quoi ils se battaient depuis des décennies. Le droit de
gérer leurs écoles et de former leurs propres conseils scolaires coïncida avec
la loi 160 et la réforme du financement de l'éducation, rendue nécessaire par
l'iniquité de l'ancien régime de taxation locale. Les francophones se
retrouvèrent avec 12 conseils scolaires, mais ce tournant historique ne
signifiait pas la fin de leurs difficultés. Ils doivent toujours composer avec
les conséquences d'un système qui a été notoirement sous-financé, ayant été
traités comme des citoyens de seconde zone par une province qui leur refusait le
droit de gérer des écoles qui leur appartenaient.
Queen's Park a mis sur
pied un groupe d'étude sur l'égalité en matière d'éducation. Tout récemment,
l'Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques et celle
représentant les conseils des écoles publiques présentaient à ce groupe un
mémoire conjoint.
En éducation comme dans la plupart des domaines,
l'argent ne fait peut-être pas de miracles, mais il peut certainement faire la
différence. Or, plaident les 12 conseils scolaires francophones, l'éducation en
français coûte plus cher que celle dans la langue de la
majorité.
Masse critique
L'observateur superficiel peut
s'étonner de cette thèse, mais les faits la corroborent. La communauté
francophone n'a pas la masse critique qui lui permettrait des économies
d'échelle et d'offrir des services comparables aux écoles anglaises. Le mémoire
rappelle que sur 84 écoles françaises en Ontario, huit seulement accueillent
plus de 600 élèves. Avec moins d'élèves, les conseils scolaires doivent tout de
même offrir la gamme de programmes et de services pour répondre aux besoins de
leur clientèle, tout en demeurant compétitifs avec les conseils scolaires de
langue anglaise.
Il en coûte plus cher aux conseils francophones de se
procurer des livres et des logiciels en français. Parce qu'ils ont moins
d'élèves, les classes à multiples niveaux deviennent la norme dans leurs écoles,
qui manquent cruellement d'équipements comme les gymnases, les laboratoires et
les salles communes qu'offrent les écoles de langue anglaise. Les longues
distances que doivent parcourir les petits francophones en autobus pour se
rendre à l'école incitent trop souvent leurs parents à choisir l'école anglaise,
qui se chargera d'en faire de parfaits petits assimilés.
Il faudrait des
pages et des pages pour rendre compte fidèlement des inégalités entre les écoles
et des effets pervers qu'elles engendrent. Ce n'est pas un hasard si 15 % des
élèves quittent l'école française avant la huitième année.
Depuis 2000,
le gouvernement conservateur a reconnu partiellement les difficultés de
financement des écoles de langue française. Mais c'est très insuffisant.
Assimilation galopante, manque de compétitivité en termes d'établissements, de
programmes et de services, rendement inférieur des élèves qui les fréquentent,
besoins impérieux de rattrapage, sous-financement constituent des problèmes
uniques qui confrontent la communauté francophone de l'Ontario. D'où la
recommandation de ses conseils scolaires de développer à leur intention des
subventions distinctes au chapitre de la subvention de base, de la subvention
pour l'enfance en difficultés et de la subvention en matière de transport, afin
de régler les problèmes les plus pressants, dans le cadre du système actuel. Un
éventuel retour à la taxation locale partielle pénaliserait les francophones,
l'histoire l'ayant amplement démontré.
On accuse volontiers les
Franco-Ontariens de diviser leurs énergies entre un système catholique et un
système non confessionnel. Pourtant, les divergences sont minimes. Sur les
questions importantes, les deux groupes sont aussi unis qu'unanimes, comme le
démontre le mémoire commun présenté le 15 juillet dernier. N'oublions pas que ce
système est d'abord voulu et conservé par la majorité anglophone et que les
francophones ont les mêmes droits qu'eux.
L'assimilation représente le
principal danger qui menace l'identité des Franco-Ontariens. Leur gouvernement
provincial doit comprendre que la conserver fera d'eux de meilleurs citoyens et
qu'il a tout à gagner à agir en conséquence.
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