«« Avenir de la langue française

Les Francophobes

de Martin Castelnau
(Fayard, 2002)
12 août 2002


"La France ? Une cause perdue : trop archaïque, trop petite, trop inefficace pour espérer survivre au cyclone mondialisation. La France ? Une cause honteuse : un passé coupable, un présent xénophobe. Indéfendable."

Ainsi parlent Les Francophobes. Et nous les croyons...

Chapitre après chapitre, Martin Castelnau a décortiqué ce mythe, celui d'une France condamnée et condamnable, examiné tous les arguments avancés par Les Francophobes (de l'économie à l'Histoire, du racisme au sport), et croisé le fer avec de singuliers contradicteurs : le Nazificateur, l'Américanouillard, le Xénophile...

Réfutation précise et vigoureuse, Les Francophobes met un point final à la fable de la "France moisie".

Martin Castelnau, 31 ans, ancien Président de la Fondation Marc-Bloch, a publié Combattre le Front National (Vinci, 1996)

Table:

Introduction. Une jeunesse francophobe
I. L'Anti-France De Joseph de Maistre à Pétain: la francophobie des origines
II. Les Nazificateurs ou Comment faire le jeu de Faurisson
III. Les Xénophiles ou Pour aimer son prochain, faut-il commencer par mépriser son voisin?
IV. Le haineusement correct ou Comment haïr impunément après Auschwitz?
V. Les Darwiniens ouQuand la race des seigneurs se casse les dents sur une miette.
VI. Les Réalistes Autrement appelés "Pétochards" par de méchantes langues
VII. Les Américanouillards ou Les cousins injustement méconnus des Franchouillards
Conclusion

L'Express : http://livres.lexpress.fr/critique.asp/idC=4165/idR=12/idG=8

Martin Castelnau : Les dérives de la francophobie

Détestation de la France et xénophobie sont-elles les deux faces d'une même médaille ? Et si les meilleurs des alliés de Le Pen étaient ceux qui sautent depuis dimanche soir sur leur strapontin en criant «No Pasaran!», «No Pasaran!» tout en détestant le peuple ? Dans un essai servi par une écriture élégante et efficace, Martin Castelnau, ancien président de la Fondation Marc-Bloch, défend avec talent une thèse qui éclaire d'un jour nouveau la «trahison de nos élites».Propos recueillis par Joseph Macé-Scaron [24 avril 2002]

LE FIGARO. ­ Le scrutin de dimanche marque-t-il le triomphe de ce que certains ont appelé la « France moisie ? ».

MARTIN CASTELNAU. ­ La « France moisie » n'existe que dans l'esprit de son inventeur, Philippe Sollers, et de ses amis. Il est certes du dernier chic, à Paris, de feuler contre cette improbable « France moisie », pour mieux souligner à quel point on est soi-même un Chic-Type. Cela n'en reste pas moins une profonde imposture : le peuple français est l'un des moins racistes de la planète comme ne cesse de le répéter Malek Boutih, président de SOS-Racisme. Le mythe de la « France moisie » permet un tour de passe-passe inespéré : tout en clamant son appartenance au camp progressiste, pouvoir dire sa haine du peuple, des électeurs qui ne votent pas pour vous, des lecteurs qui vous boudent. Bref : laisser libre cours à une populophobie exacerbée.

Le scrutin de dimanche n'atteste que d'une seule chose : la majorité de nos élites, loin d'admettre à quel point elles ont trahi les aspirations populaires, réagissent en insultant copieusement une France imaginaire. Comme Elisabeth Guiguou, défaite aux municipales à Avignon, avait imputé son échec à la « lepénisation » des gens du Sud. Tout se passe comme si nos dirigeants ne pouvaient répondre aux crises électorales successives que par un surcroît de diabolisation de la France et des Français...

De fait, une des réflexions que l'on a entendue après les résultats du premier tour est : «J'ai honte d'être Français.» C'est même devenu le slogan officiel de la frange la plus abrutie (ou machiavélique ?) des soi-disant « anti-fascistes ». Il y a quelques années, certains partisans des « sans-papiers » défilaient déjà sous la banderole : « Étrangers : ne nous laissez pas seuls avec les Français ! » Contre-sens terrible : des millions d'électeurs expriment leur irritation... et n'obtiennent pour seule réponse que des injures. Or, l'écrasante majorité des citoyens qui ont voté Le Pen le 21 avril ne souhaitent pas le voir accéder au pouvoir. Leur choix a été dicté par le désespoir, la fureur, la volonté de faire du mal aux élites en place. Si celles-ci ne réagissent qu'en confirmant le sentiment qu'elles donnent de vouloir faire sécession (« J'ai honte d'être français » signifiant : « Moi, être pur, je ne puis plus me dire français »), elles amplifieront la colère légitime de l'électorat.

Que pensez-vous de ceux qui descendent dans la rue pour dénoncer le « satanazisme », pour reprendre une de vos expressions ?

On peut les comprendre : Le Pen, comme ceux qui gravitent autour de lui ou de Mégret, sont à mon sens la négation de l'identité française. Ils sont idéologiquement dangereux. Mais politiquement, le lepénisme est sans avenir : ses électeurs eux-mêmes ne veulent pas d'une régression xénophobe. Le vote Le Pen est leur cocktail Molotov. C'est leur façon de brûler des voitures. Que les Belles Ames les considèrent comme les sauvageons vis-à-vis desquels ils se montrent si indulgents : avec fermeté, mais en leur offrant de l'espoir. Qu'on leur dise enfin : vos élites ne vous méprisent pas, partagent votre amour de la France, comprennent votre besoin de sécurité, qu'elle soit physique, économique ou alimentaire, et s'acharneront à y répondre. En un mot : vos élites sont à votre service et non en guerre contre vous. Jean-Pierre Chevènement leur a tenu ce langage, mais peut-être n'a-t-il pas suffisamment élevé la voix...

A lire la presse étrangère, n'a-t-on pas l'impression que le pays doit être mis sous curatelle ? Les nations occidentales aiment à se rassurer en pointant les problèmes de leurs semblables : la Belgique fustige l'Autriche de Haider, pour mieux oublier les triomphes du Vlaams Blok ; la France s'indigne de l'Italie de Berlusconi pour mieux ignorer la bourrasque populiste qui se lève ; et toute l'Europe raille l'affaire Lewinsky pour éviter de mesurer combien elle est, à son tour, devenue prisonnière du politiquement correct. Quant à l'idée d'une mise sous curatelle de la France, ce sont nos élites qui la réclament depuis deux décennies, via Bruxelles notamment, aux motifs que les Français seraient inadaptés au monde moderne quand, de l'économie ou sport, ils ont abondamment prouvé le contraire.

Comment expliquez-vous la francophobie des élites ?

L'hypothèse que je développe dans Les Francophobes est que nos dirigeants considèrent la France comme une cause honteuse (Vichy, Algérie, Le Pen) et comme une cause perdue : les Français formeraient l'incapable équipage d'un « petit pays » (Messier) condamné dans le cyclone « mondialisation ». Dès lors, ils ne veulent plus épouser la cause nationale. Non seulement les intérêts du pays et les leurs divergent mais, qui plus est, la volonté populaire heurte et choque leur vision du monde. Ils ne se considèrent plus comme les serviteurs du peuple français mais comme son tuteur, son garde-fou. Le cercle est aussi vicieux que parfait : pour mieux se conforter dans leur droit historique d'ignorer, sinon de contrarier la volonté populaire, ils cherchent à se convaincre, à longueur de « révélations » dans les hebdomadaires et de « sondages » dans les quotidiens, que notre peuple est ignare et agressif.

Vous étudiez un cas d'école qui est la réaction d'une partie de la bien pensance à l'égard du phénomène Amélie Poulain...

L'empoignade à laquelle a donné lieu ce film charmant est en effet révélatrice d'une francophobie à fleur de peau. Que mettait-il en scène ? Des individus lambdas, des beaufs, des quidams. Que lui a-t-on reproché dans les milieux francophobes ? De les montrer sans les dénigrer. Pis : de les présenter sous un jour sympathique. Insupportable transgression ! Les détracteurs d'Amélie Poulain l'ont assez confirmé : on n'a le droit d'évoquer le peuple français qu'en précisant qu'il est mesquin, médiocre et méchant. La règle vaut dans l'ordre politique : le peuple est acceptable s'il reste coi ; s'il manifeste, boycotte ou vote mal, on le fustige.

Vous écrivez qu'à l'origine de la francophobie, on retrouve les idéologues de l'extrême droite. N'est-ce pas paradoxal ?

Non, c'est une évidence. Seules les apparences ont changé : les francophobes d'aujourd'hui ont tombé la cravate et tutoient à tout va. Mais dans le fond, ce sont les héritiers de ce que l'on nomme, par facilité, l'extrême droite : le même mépris pour la plèbe, la même défiance à l'égard du suffrage universel, le même désir de voir la contrainte extérieure lui briser l'échine. Du reste, ceux qui brament leur « honte d'être français », ne sont-ils pas assez souvent admirateurs de Céline, de Morand, ou de Rebatet, écrivains exceptionnels mais communiant dans le même rejet des « Tricolores », de « l'affreuse Marseillaise » et d'un peuple « enjuivé jusqu'aux moelles » ?

Comment répondre à l'électorat lepéniste sans se « lepéniser » ?

Je le disais en 1996 dans un ouvrage collectif, Combattre le Front national : il faut prendre l'ennemi de vitesse. Qu'auront fait d'autre les démocrates, au long du siècle passé, obnubilés qu'ils étaient de ramener dans le giron de la République les électeurs sensibles aux sirènes de la guerre des classes ? Était-ce alors ouvrir la voie à la « stalinisation des esprits » que de répondre, en 1936 ou en 1944, aux attentes des plus démunis et de rassurer les classes moyennes sur la pérennité du pacte social ? Était-ce ouvrir la voie à la « pol-potisation des esprits » que de satisfaire les légitimes aspirations du plus grand nombre sans jamais recourir aux moyens préconisés par les détracteurs de la République « bourgeoise » ? La vérité, c'est que l'État providence aura permis d'étouffer des adversaires qui, déjà, apportaient de « mauvaises réponses » (collectivisation, dictature du prolétariat) à de « bonnes questions » (protection sociale, partage des richesses). Mais les francophobes ne l'acceptent pas : traiter les maux dont Le Pen est le symptôme le plus dérangeant, ce serait nuire à leurs intérêts et à leur bonne conscience. Ils préfèrent, égoïstement, défiler en couinant « No Pasaran ! », puis filer vérifier le cours de leurs actions Vivendi ou s'interroger gravement au Flore sur le danger du suffrage universel pardon : de la souveraineté populaire... Tout républicain conséquent doit l'admettre : de même qu'on n'insulte pas un parent qui, ivre de malheur, fait une crise de nerfs, on ne pourra apaiser le vote protestataire sans convaincre l'opinion que nos élites oeuvrent à l'intérêt général. D'ici là, ceux qui ont « honte d'être français » continueront de marcher main dans la main avec Le Pen...

Contact presse : Emmanuel AMAR / 06 18 06 42 71