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Bonne fête à la Charte de la langue

Jean-Guy Dubuc
La Tribune Le mardi 3 septembre 2002


Éditorial - La Charte de la langue française a connu bien des controverses depuis le jour où le premier gouvernement péquiste l'a imposée, il y a maintenant 25 ans.

Elle a été chantée par les uns, combattue par les autres, interprétée de mille façons, protégée par divers offices, toujours présentée comme la référence de notre survivance. Aujourd'hui, l'unanimité semble avoir été faite : ils sont bien peu nombreux, au Québec, même chez les anglophones, à ne pas reconnaître la nécessité d'une Charte avec mission de protéger une langue bien esseulée dans le bassin envahissant d'une autre culture.

SI on se rappelle bien les faits, on remarque que l'agressivité qui s'exprimait contre elle provenait de ceux qui craignaient pour leurs droits à s'exprimer en anglais ou d'utiliser l'anglais en divers lieux et diverses circonstances. Les applications de la Charte pouvaient ainsi toucher les habitudes prises dans les entreprises, dans le monde de l'éducation et même dans les rues des villes. On se rend compte aujourd'hui que la raison a eu raison ; et que les passions ont trouvé d'autres exutoires. On ne met plus en doute le bien fondé de la Charte, même si certaines façons de l'imposer peuvent encore paraître maladroites. Par exemple : interdire à un hôpital qui dessert une population en partie anglophone d'afficher son "Urgence" en anglais... Ce n'est pas la Charte qui perd la raison ; plutôt ceux qui l'entretiennent encore dans la passion.

Il faut que tout le monde l'admette : la langue française est menacée, pas seulement chez nous, mais partout, dans l'espace francophone, où se répand l'impérialisme culturel américain. En France, c'est surtout à Paris, dans les médias et dans certains milieux qui se veulent branchés, que les mots anglais assaisonnent les conversations de façon assez souvent ridicule : un certain nombre de Français, qui ne parlent pas anglais, éparpillent dans leur conversation des mots dont ils ne connaissent pas le sens. Normal que les Québécois s'en moquent. Et que certains Français nous envient.

Un de ceux-là est Yves Duteuil qui a écrit cette merveilleuse chanson que le gouvernement du Québec a reproduite dans sa publicité pour souligner le 25e anniversaire. Une ligne est frappante : "C'est une langue belle à qui sait la défendre...". Il sait que chez lui, on la défend mal ; nous, chez nous, on sait qu'on la traite mal, même quand on prétend la défendre. De ce côté, les défenseurs de la Charte ne font pas ce qu'il faut pour que cette langue demeure non seulement belle mais aussi utile à la communication.

Certains commencent à le comprendre : des artistes québécois utilisent une langue de chez nous correcte. D'autres véhiculent un patois, une espèce de dialecte qui n'a rien à voir avec cette "langue belle" que chante Duteuil. Ils deviennent les professeurs attitrés de la langue de chez nous. La pauvreté du vocabulaire utilisé est désolante , ce qui est beau est écoeurant, super ou le fun... Ouf !

Comment les défenseurs de la Charte peuvent-ils accepter qu'on la méprise à ce point ? Pourquoi fait-on la guerre à un "stop", qui est au dictionnaire, et accepte-t-on un dialecte local qui diminue autant ceux qui l'entendent que ceux qui s'en font une gloire ? Et le gouvernement les subventionne abondamment...

Récemment, en France, le nouveau ministre de l'Éducation s'est inquiété, dans Le Monde, de l'éducation transmise par la télévision. Notre ministre à nous pourrait y penser de son côté : qui enseigne quoi, en français, chez nous? A quoi sert la Charte ?

Il y a la défense de la langue ; et la fierté de la langue. Qu'on se le dise : l'adversaire n'est plus l'anglais.