«« Le français à Montréal
Le français, unique langue officielle à Montréal?
Jean-Pierre Bonhomme
Céline Deguire
Louis Mathieu
William Morris
Le Devoir jeudi 16 janvier 2003
Lettres:
Montréal, le 13 janvier 2003
L'administration Tremblay à Montréal ne reconnaît pas à la langue française le statut d'unique langue officielle à l'Hôtel de Ville, statut pourtant imposé par l'article premier de la nouvelle charte de la Ville de Montréal, entrée en vigueur le 1er janvier 2002. L'article se lit, en partie, comme suit: «Montréal est une ville de langue française.» Cela veut vraiment dire qu'elle n'est pas bilingue. Elle n'est pas bilingue comme la Ville de Westmount l'était avant le 1er janvier 2002 et comme l'est l'arrondissement de Westmount, par respect de ses droits acquis, dans les limites de son aire géographique et pour les seules fins de l'arrondissement.
Le maire Gérald Tremblay pense autrement. Dans un courriel du 3 octobre 2002 signé Richard Thériault, directeur des communications et de l'administration, on lit : «[...] La Charte de la langue française protège clairement le droit de tout citoyen de s'exprimer en français, sans empêcher qui que ce soit de s'exprimer dans une autre langue, ce qui contreviendrait aux dispositions d'une autre charte, la Charte des droits et libertés.» M. Thériault ne précise pas davantage. Cette affirmation ne résiste pas à l'examen des faits.
Si la Charte canadienne des droits et libertés permettait à un conseiller municipal de débattre dans la langue de son choix, cela serait vrai dans toutes les provinces et d'un bout à l'autre du Canada. Comme on le sait, il n'en est rien. Les citoyens et conseillers de langue française ont le droit de débattre en français uniquement lorsqu'une loi provinciale le permet. Partout au Canada, les villes et les municipalités sont des créatures des parlements provinciaux. Elles ne sont pas des États. Les gens ont bien le droit d'exprimer leurs opinions, mais dans la langue du lieu.
Les promoteurs du statut de langue officielle de facto pour l'anglais à l'Hôtel de Ville de Montréal, ces héritiers du Parti Égalité pourtant répudié par les électeurs du Québec, prétendent que les conseillers doivent avoir le libre choix, le droit souverain, individuel et personnel, en tout temps et à leur discrétion, de débattre en anglais puisque la Ville de Montréal est une ville cosmopolite. Quel sophisme ! À Paris, Londres et New York, villes cosmopolites, les conseillers débattent dans la langue officielle. Ainsi, à New York, première ville juive du monde, les débats ont lieu en anglais américain.
Le gouvernement interviendra-t-il à temps pour empêcher la bilinguisation totale, en catimini, de la Ville de Montréal ? Il faut l'espérer. En effet, si la Ville de Montréal, avec son conseil municipal et tout le poids de son administration pour les appels d'offres, les contrats, les plans et devis et pour la langue de travail de dizaines de milliers d'employés, bascule vers le bilinguisme, ce sera un coup très dur pour la langue française au Québec. En effet, la Ville est un des moteurs de fonctionnement de la langue française les plus importants dans la province. C'est crucial.
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