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Le changement

Michel Venne
LE DEVOIR lundi 10 février 2003

Chronique - Il y a quelque chose de différent depuis l'automne dernier sur le plan politique. C'est que le terrain du changement n'est plus réservé à l'Action démocratique du Québec. Déjà, le PLQ promettait de «réinventer le Québec» (même si ses députés ne savaient trop ce que voulait dire ce slogan...). En investissant le champ de la famille et celui des mutations du marché du travail, le Parti québécois affirme à son tour une volonté d'adapter les politiques publiques aux nouveaux besoins des citoyens.

Jusqu'à récemment, Bernard Landry donnait l'impression de vouloir s'en tenir à défendre son bilan et à courtiser les souverainistes. Sans renier ses réalisations, le voici à son tour en piste pour proposer sa version d'une mise à jour du rôle de l'État québécois au début des années 2000. Mario Dumont continue à faire bien des efforts pour caricaturer le PQ comme passéiste, rétrograde ou dépassé. Il serait mieux avisé de raffiner ses propres propositions. Le changement devient le thème sous-jacent de tous les engagements de la prochaine campagne électorale. Trois visions du changement nécessaire seront mises en concurrence. La plus crédible l'emportera.

En abordant le sujet de la conciliation travail-famille, et bientôt celui de la protection sociale des travailleurs atypiques (à temps partiel, à la pige ou temporaires) le gouvernement ne fait pas seulement corriger le tir de politiques déjà en vigueur. Il aborde de nouveaux enjeux, très préoccupants pour la classe moyenne.

Plusieurs questions n'ont pas reçu de réponses satisfaisantes du modèle québécois. Je suis l'un des signataires d'un Appel pour un changement lucide et éclairé publié en cette page le 7 décembre dernier. Nous avions promis de donner suite à ce texte en organisant un forum auquel le public pourrait participer. Le forum aura lieu le week-end prochain, les 15 et 16 février, à l'UQAM (programme et pré-inscription au www.changement.qc.ca). Nous avons réuni une brochette de conférenciers dont Jean-François Lisée, Françoise David, Louise Vandelac, André-Pierre Contandriopoulos, Camil Bouchard et Lise Bissonnette pour réfléchir à ce qu'il faut conserver du modèle québécois et à ce qui doit changer. Mais l'essentiel du temps est réservé aux citoyens, à vous, qui voudriez proposer des questions nouvelles auxquelles l'État devrait répondre et des façons de le faire. C'est donc une invitation.

Défendre le français

Je dois revenir sur l'enseignement de l'anglais en première année du primaire pour répondre encore à cet organisateur libéral, André Fortier (lire Le Devoir du vendredi 7 février), qui se demande pourquoi j'adopte une attitude défensive à l'endroit du français au Québec. La réponse est pourtant toute simple. Deux Québécois sur trois le pensent : c'est parce que le statut du français a toujours besoin d'être défendu en Amérique du Nord. Cela, les libéraux semblent avoir beaucoup de mal à le comprendre. C'est peut-être en partie ce qui explique qu'ils ne recueillent l'appui que d'un francophone sur quatre dans la faveur populaire.

Dans sa dernière réplique, M. Fortier s'appuie largement sur le rapport de la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française (rapport Larose) pour soutenir sa position en faveur de l'enseignement de l'anglais dès la première année du primaire. Il est amusant de voir un libéral citer ce rapport comme une bible. Il faut se rappeler que le PLQ n'avait pas daigné déposer un mémoire lors des audiences de la commission. Comme si l'avenir de la langue française au Québec ne valait pas un effort intellectuel. Seule la présence du député Pierre-Étienne Laporte lors d'un forum national, en fin de parcours, a permis de sauver les apparences.

Mais au-delà de cette incongruité, je ne vois rien dans le rapport Larose qui puisse justifier la position du Parti libéral. Il suffit de citer quelques extraits pour s'en convaincre. Je voudrais aussi rassurer M. Fortier : si, sous une quelconque langue de bois, la commission avait voulu suggérer qu'il fallait enseigner l'anglais langue seconde dès l'âge de six ans, je dénoncerais la commission. Mais ce n'est pas ce que je lis.

Le rapport invite en effet les Québécois à s'ouvrir à d'autres langues et à augmenter le nombre d'heures d'enseignement de l'anglais langue seconde à l'école. J'approuve. Mais il le fait après avoir longuement insisté sur la priorité qu'accordent les Québécois à la maîtrise de la langue française. La commission constate ensuite «l'unanimité des spécialistes» sur le fait que «la langue maternelle doit être suffisamment maîtrisée, particulièrement à l'écrit, avant qu'on enseigne une langue seconde».

Puis elle précise, très clairement : «Au début du primaire, il ne devrait pas y avoir d'enseignement formel de la langue anglaise. Celui-ci devrait être repoussé au dernier cycle.»

Il est vrai que la commission ajoute ce qui suit : «Le début du primaire [ce qui ne veut pas dire forcément dès la première année] devrait plutôt être consacré à la mise en place d'une stratégie d'éveil des enfants aux langues étrangères», ce qui n'est pas synonyme d'anglais langue seconde, à mon humble avis. Dans sa recommandation, la commission précise que cette stratégie d'éveil doit être conçue «non pas en fonction de l'appropriation d'une autre langue mais en fonction d'une consolidation de la connaissance et de la maîtrise de la langue française».

La commission suggère de concentrer l'enseignement de l'anglais langue seconde, sur un mode intensif, plus efficace, au dernier cycle du primaire (5e et 6e année), mais aussi «au milieu et à la fin du secondaire». La commission ajoute que «le secteur collégial peut devenir le lieu par excellence du perfectionnement des langues».

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca.