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Lettre ouverte à Carol Néron

Arrêtez de prendre les gens pour des nonos!

Paul Boisvert
TRIBUNE LIBRE 20.11.2002



Bonjour M. Néron,

Je viens de lire (en retard) votre éditorial intitulé "Gouvernement Landry: une forte odeur de fin de régime" (voir lien internet au bas de la page). Vous êtes décevant à plus d'un point de vue dans ce texte, et vous allez savoir pourquoi derechef.

Vous vous ingéniez à mettre en évidence tous les travers de ce Rendez-vous des régions qui, avec le recul, fut considéré comme un succès correct (sans plus cependant). Vous avez le droit de le faire, mais ne prenez pas non plus les lecteurs pour des nonos.

Ce qui me fait le plus tiquer, c'est que votre article n'est qu'une sorte de liste de tous les mécontentements de certaines gens à ce sommet. Ils ont le droit d'être mécontents, certes, et de se faire entendre, je n'ai pas de problème avec ça. Mais vous ne faites que citer des sources très fédéralistes, donc intéressées, à montrer un seul côté de la médaille, pour faire cette liste et ainsi dénigrer ce "Rendez-vous national des régions". À preuve, RDI, La Presse et Denis Lessard ne sont pas les gens et organismes les plus sympathiques au gouvernement péquiste, et vous ne faites que citer ces gens. Ce n'est pas très solide selon moi.

De plus, votre texte agite des épouvantails-à-nonos: il est parsemé de: "le malaise persistant caractérisant l'ouverture du Rendez-vous des régions...", "L'impression de désarroi qui se dégage...", "l'atmosphère de fin de règne", "Autre source d'inquiétude...", "le mécontentement au sein de la députation d'arrière-banc...". Wô les moteurs, cher monsieur. Mais le plus drôle, et vraiment celle-là elle est bonne, c'est que vous citez encore ce Denis Lessard qui a réussi à dégoter un obscur militant péquiste du très libéral comté de D'Arcy-McGee - D'Arcy-McGee sacrament! Il doit y avoir 20 souverainistes dans tout ce comté!! - qui dit que c'est de ce comté "d'où semble provenir la contestation la plus importante" (hou que ça fait peur ça!), comme vous dites, et qui remet en question le leadership de Landry.

Pas fort pas fort, comme on dit. Mais je comprends que vous faites la commande de Gesca, la job de bras habituelle. Malgré ces obligations, vous auriez pu au moins vous forcer et nous présenter autre chose qu'un ramassis de clichés et de sources biaisées et de valeur inégale (les péquistes de D'Arcy-McGee, décidément, elle est forte celle-là!) pour faire un article tentant de prouver (j'écris bien "tentant") que "ça va donc mal au Québec".

Arrêtez de prendre les gens pour des nonos!

Paul Boisvert
www.lafronde.cjb.net

http://www.cyberpresse.ca/quotidien/editorialistes/cneron/cner_702110157021.html

Gouvernement Landry: une forte odeur de fin de régime

Carol Néron
Le Quotidien Le mercredi 13 novembre 2002



La controverse continue de planer sur le Rendez-Vous national des régions. L'absence remarquée du maire de Saguenay, qui continue de critiquer vertement l'initiative péquiste, place le gouvernement sur la défensive.

Hier, La Presse consacrait une partie de sa Une aux états d'âme de Jean Tremblay. Lundi, un reportage de RDI diffusé à une heure de grande écoute allait résolument dans le même sens. Rien ne dit que le maire de Saguenay ne viendra pas bousculer d'ici demain l'agenda du Rendez-Vous. Auquel cas les médias ne devraient pas manquer de braquer sur lui leurs projecteurs... Le malaise persistant caractérisant l'ouverture du Rendez-Vous des régions s'inscrit dans un fort mauvais moment pour Bernard Landry. Après l'accueil plus que mitigé réservé la semaine dernière par les chroniqueurs parlementaires à son programme pré-électoral, le chef du gouvernement québécois est en effet confronté une nouvelle fois à la grogne croissante de plusieurs membres de son Cabinet.

Encore plus grave, des militants de la base et des députés commencent à se plaindre publiquement du comportement autoritaire dont feraient preuve à leur égard les proches collaborateurs du Premier ministre.

Selon le journaliste Denis Lessard, de La Presse, qui rapportait le fait hier, Bernard Landry aurait suggéré récemment à ses ministres, à la grande stupéfaction de ces derniers, qu'ils démissionnent en bloc afin de lui permettre de former un Cabinet allégé, ne comptant plus qu'une vingtaine de personnes!

L'atmosphère de fin de règne imprégnant le gouvernement Landry, que les observateurs assidus de la Colline parlementaire évoquent régulièrement depuis quelques mois, semble s'alourdir pour de bon cette fois-ci. Tandis que Mario Dumont continue de courtiser, apparemment avec succès, les représentants de Québec inc., et que Jean Charest se fait moins visible devant les caméras, le chef péquiste donne l'impression de s'enfoncer davantage chaque jour dans un dangereux fatalisme.

Par ailleurs, l'impression de désarroi qui se dégage depuis peu du comportement de Bernard Landry lorsqu'il s'exprime devant les caméras à l'occasion de ces points de presse est évidente. Le ton est encore plus uniforme qu'auparavant, ce qui n'est pas peu dire. Le propos est à l'avenant...

Autre source d'inquiétude pour le chef du gouvernement: son leadership. Si beaucoup de ministres paraissent pour l'instant davantage enclins à le subir qu'à l'appuyer, plusieurs députés commenceraient quant à eux à démontrer de sérieux signes d'impatience. Toujours selon notre collègue Denis Lessard, le mécontentement au sein de la députation d'arrière banc devient à ce point sérieux que André Daoust, le président de l'association péquiste de d'Arcy-McGee, d'où semble provenir pour l'instant la contestation la plus importante, s'est senti obligé de déclarer, lundi, qu'«il était trop tard pour changer de leader».

Bernard Landry parviendra-t-il à tenir le coup jusqu'au déclenchement des élections générales, d'ici un peu moins d'un an? La tenue d'un scrutin anticipé étant pour l'heure à écarter (ce serait suicidaire pour le Parti québécois), le chef du gouvernement n'a d'autre choix que de continuer à faire face à la tempête. En cela, il peut toujours se consoler en se disant qu'il n'est pas seul à devoir composer avec une situation aussi pénible. De l'autre côté de la rivière des Outaouais, un certain Jean Chrétien commence lui aussi à trouver le temps long.

Tout vient à point à qui sait attendre

(...)