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«« Concentration
Quand les corrompus s'indignent de la corruption
De la « formation réactionnelle » à ciel ouvert *
Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 26 mai 2002
Objet : Lysiane Gagnon, « Oui, vraiment, le pouvoir corrompt... »
Amalgame, amalgame, amalgame...
Lysiane Gagnon, certes. Mais tous les André Pratte, les Alain Dubuc et les Jean-Jacques Samson de service aussi: des Don Boudria, des Alfonso Gagliano, visiblement il y en a plein les journaux de Gesca
( www.vigile.net/ds-medias/index-concentration.html
et/ou hugo.roy.net/concentration/quebec.html [«Les six grands groupes média au Québec»]).**
Oui, vraiment, le pouvoir corrompt... madame, messieurs. Notamment, et peut-être surtout, le pouvoir immense de la presse d'une certaine Presse bronzant sous Soleil en particulier.
À quand la Révolution des peuples contre la dictature des conglomérats de l(a soi-disant)' information??? par définition au service exclusif de leurs propres intérêts, eux-mêmes sertis dans le giron des pouvoirs politiques dominants et fortunés: ceux pour lesquels le statu quo ante, fidèle en cela à la logique de la perpétuation du Même qui les définit, constitue la finalité ultime de l'existence.
Métaphysique de sous-adjoint.
Ou de ministre du Patrimoine, ou sinon des Travaux publics.
Ici, en Québécie, on a le choix entre soixante-sept modèles de réfrigérateur, d'une part, et l'alternative entre deux modèles de pensée politique quant à l'avenir du Québec, d'autre part. L'un d'eux, l'un des deux, bon an mal an, s'accapare 97% du «marché de l'opinion». Comme on dirait le marché de l'oignon.
Modèle intellectuellement malhonnête de surcroît, et ce dans la manière même d'étaler la propagande (dont l'amalgame érigé en système justement, méthode infaillible pour noyer les poissons de toutes espèces). Car la tyrannie de la pensée unique et uniformisante par le nombre et la quantité, ce n'est pas suffisant estime-t-on en haut lieu. On réclame l'artillerie lourde. Celle de la mésinformation. Toujours à un cheveu de la désinformation. Mais légale celle-là.
Légale comme une armée canadienne d'Occupation en sol québécois.
Légale comme un rapatriement fédéral de Constitution.
Légale comme l'étranglement fiscal d'une nation entière, et qui se compte en milliards.
Légale comme a Canadian Law qui encage le pouvoir référendaire du Québec (by Dion' son of Léon')
Légale comme des centaines de millions de dollars investies dans la conscription unifol' à lier des esprits, selon laquelle la Liberté d'un peuple est idée malsaine, répugnante, dépassée.
Bien que pour le Canada, paraphrasant ainsi les premières lignes des albums d'Astérix, tous les peuples aient le droit de disposer d'eux-mêmes. Tous? Tous, bien sûr! Sauf un, bien entendu: ce village d'irréductibles. Des Gaulois, incidemment...
Légalité ? Certes !
Mais démocratie...? On en reparlera !
Mais point dans les journaux de Gesca. On préfère fût-ce en concomitance pour dorer la ô combien dolosive pilule y discourir des possibles et hypothétiques malversations d'un Premier et d'un ex- ministres. Souverainistes, comme par hasard.
Mais réjouissons-nous. Il reste quand même un solide espace éditorial de 3% sur le marché de l'oignon. Et puis, de quoi se plaint-t'on à la fin...? N'est-ce pas dans l'ordre des choses de s'exposer à verser une larme lorsque l'on s'attaque à de pareilles légumes?
Jean-Luc Gouin
Petit matin du 25 mai 2002
Petite-Rivière-St-François
* Formation réactionnelle (psychanalyse). Dans la névrose obsessionnelle, forme de sublimation ou, plus précisément, de «substitut» à celle-ci: investissement par mécanisme de défense de la tendance opposée à la motion pulsionnelle jugée indésirable. Ainsi, une propreté excessive au lieu et en place d¹une tendance à la saleté / la compassion envers les congénères dissimulant la volonté d'agression, etc. Quant à la corruption, en voici une définition correspondant à la forme dont il est ici question, à savoir la forme légale dite «passive»: «Délit désignant le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public [c'est moi qui souligne] ou investie d¹un mandat électif public, de solliciter ou d¹agréer des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques». Exemple (fictif assurément): Sous le couvert de l'information, de l'analyse et de la réflexion («mission de service public»), un/e journaliste (chroniqueur/e, éditorialiste...) légitime et promeut l'opinion de son employeur, magnat de la presse en l'occurrence, afin d'en soutirer ou espérer soutirer quelque bénéfice ne fût-il que d'ordre pécuniaire. En clair: Travail (trafic?) d'influence de l'opinion sous le couvert du bien public mais... accompli de fait à des fins personnelles. En l'occasion ce n'est pas illégal, il est vrai. C'est seulement odieux et dégoûtant. (Source: article «Corruption et trafic d'influence», dans Encyclopédie Universalis, 2002)
** Exemples encore tout chauds à consumer l'intelligence :
www.cyberpresse.ca/reseau/editorialistes/ apratte/apra_102050101431.html
www.cyberpresse.ca/soleil/editorialistes/ jsamson/jsam_202050101849.html,
et autres p[i]ratteries analogues de Samson chauves distillées à dose étudiée, tous les jours, toute l'année, des générations durant par-devers tout le territoire québécois de Val d'Or à Gaspé. Aussi bien accorder une chaire d'Éducation aux mains d'une équipe de pédophiles... On appelle ça la liberté de presse. La liberté d'une opinion unique, vouliez-vous dire avant commission du lapsus linguae. Mais on a oublié de corriger l'erreur dans l'édition suivante. Lapsus calami, sans doute. Bah! Si l'erreur est humaine, la congénitale aussi j'imagine.
Note -. Pour le lecteur, adrélecs utiles : edito@lapresse.ca, opinion@lesoleil.com, lysiane.gagnon@lapresse.ca, andre.pratte@lapresse.ca, adubuc@lesoleil.com, jjsamson@lesoleil.com
Oui, vraiment, le pouvoir corrompt...
Lysiane Gagnon
La Presse Le samedi 25 mai 2002
Mauvais printemps pour le Québec, pris en souricière entre deux gouvernements à qui de trop longues années de pouvoir ont fait perdre les réflexes moraux élémentaires.
Les dernières tribulations du gouvernement Landry sont loin d'avoir l'ampleur et la gravité de la pluie de scandales qui accable le gouvernement Chrétien, mais les écarts du PQ n'en sont pas moins dévastateurs, venant d'un parti qui s'est toujours présenté comme le champion de la moralité politique.
* * *
Heureusement, il y a des aspects divertissants, ainsi cette histoire rocambolesque de chèque avec lequel le fils du ministre Boudria aurait payé la location de la maison du patron du Groupe Everest. Où l'on voit un malheureux curé d'abord refuser de répondre en alléguant «le secret de la confession» (!) puis s'embourber dans un étrange récit d'où il ressort que le chèque, d'abord oublié dans une poche, n'aurait pu être encaissé parce que deux endossements étaient requis (pourquoi deux?).
Autre histoire qui ne manque pas de piquant, on apprenait cette semaine que l'ancien ministre péquiste Yves Duhaime commande des honoraires de 3000$ par jour pour agir comme démarcheur auprès du gouvernement Landry... ce qui, à supposer qu'il travaille pendant huit heures d'affilée sur le même dossier, sans prendre le temps d'avaler une bouchée ou de téléphoner à la maison, le place dans une catégorie supérieure à celle des avocats-vedettes des plus gros bureaux de Montréal, qui se contentent de facturer de 250$ à 350$ de l'heure. Pour deux mois de travail, M. Duhaime aurait empoché 187 500$. On ne s'était jamais douté que M. Duhaime avait une telle envergure.
Mais la question, c'est de savoir pourquoi des gens seraient assez fous pour payer si cher les services d'un homme dont ils n'ont pas besoin. Les marchands qui voulaient faire pression sur Bernard Landry (alors aux Finances) avaient déjà un avocat chez Heenan Blaikie et ils avaient déjà pu rencontrer M. Landry à plusieurs reprises. Alors quel besoin avaient-ils d'un avocat-lobbyiste?
À moins que ces marchands aient complètement perdu la tête (or, les épiciers ont en général les pieds sur terre et l'oeil sur la caisse), il fallait que quelqu'un les y pousse en leur faisant croire qu'avec M. Duhaime comme intermédiaire, leur dossier avancerait plus vite. Et il fallait, comme l'a révélé mon confrère Denis Lessard, que ce quelqu'un ait un poste stratégique: qu'il soit, disons, directeur de cabinet du ministre.
Le scandale, ici, n'est pas que M. Duhaime monnaie ses contacts politiques. C'est que des porte-parole du gouvernement réfèrent des clients à des lobbyistes alors que l'accès aux élus devrait être direct.
C'est exactement le même problème que dans l'affaire d'Oxygène 9. Le gouvernement avait mis en place un système qui faisait transiter les subventions gouvernementales par un réseau d'amis politiques grassement rémunérés, alors que les programmes gouvernementaux devraient être accessibles à tous.
Ces paliers intermédiaires inutiles qui ne servent qu'à enrichir les amis du régime ne sont que la version moderne et sophistiquée du bon vieux patronage d'antan.
* * *
Plus traditionnel, plus cru et plus vulgaire est le patronage pratiqué par le gouvernement Chrétien - et ce pourrait être encore pire que du simple patronage (la GRC fait enquête sur des allégations de fraude concernant Groupaction).
Deux firmes amies des libéraux ont donc reçu des dizaines et des dizaines de millions pour des opérations hyper-banales visant à augmenter la «visibilité» du fédéral au Québec. Les sommes en jeu sont astronomiques, et un scandale n'attend pas l'autre.
Même Don Boudria, l'homme à qui M. Chrétien avait confié le mandat de nettoyer les écuries de l'ancien ministère d'Alfonso Gagliano, s'est placé dans un conflit d'intérêts stupide en acceptant la somptueuse maison offerte par le patron d'une compagnie que son propre ministère a comblé de contrats discrétionnaires.
Même John Manley, l'homme de confiance du premier ministre, celui qui devait redonner une image de rigueur à ce gouvernement usé et cynique, se retrouve dans une histoire nauséabonde. On apprenait hier que l'un des organisateurs de sa future campagne au leadership sollicite des contributions de 25000$ de certains chefs d'entreprises... en leur suggérant d'inscrire cette contribution dans leur déclaration de revenus comme «dépense d'affaires»! C'est avouer sans équivoque que ces généreux donateurs recevront de juteux contrats d'un gouvernement Manley.
Même Paul Martin a été éclaboussé, sa campagne au leadership ayant reçu un don du même ordre de la part d'un avocat fiscaliste qui a déjà obtenu des contrats du ministère des Finances!
* * *
Tant à Ottawa qu'à Québec, on a concocté en catastrophe des projets de loi sur l'éthique pour étouffer les rumeurs de scandales, mais dans les deux cas, c'est trop peu, et surtout, trop tard.
Tout cela va affecter les élections partielles prévues pour le 17 juin, et il est presque écrit dans le ciel que c'est l'ADQ qui en profitera. Car même si les libéraux de Jean Charest n'ont rien à voir dans ces scandales, leurs cousins d'Ottawa ont les deux pieds dedans, et les adéquistes miseront sur le dégoût croissant des électeurs pour les «vieux partis».
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