«« MÉDIAS - À la trace

La Presse et le droit à l'information

Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 30.6.2002

M. André Pratte,

C'est un remarquable exemple de Newspeak (tel que décrit par George Orwell dans Nineteen Eighty-Four) que vous nous servez dans votre éditorial du 02-06-23. Comment réussissez-vous à concentrer dans un texte aussi court un aussi grand nombre d'énoncés qui sont exactement le contraire de la vérité?

"Le droit des citoyens à une information objective fait partie des principes auxquels adhère La Presse". On vous fait la démonstration que votre journaliste Denis Lessard n'est pas objectif, mais bassement partisan; vous répondez que c'est un journaliste exemplaire. On vous met le nez sur le fait que votre traitement des affaires Baril et Gagliano était biaisé au plus haut point; cela ne dérange pas votre sérénité.

"Aucun gouvernement, aucune puissance financière ne le fera dévier de sa mission première". À moins, bien entendu, que ce gouvernement soit le gouvernement fédéral, allié à la puissance financière Gesca, ci-devant Power Corporation. Comment expliquer, autrement, que votre journal consacre une page chacun à Don Boudria et à mon homonyme, président de Groupe Everest, pour redorer leurs blasons amochés? Comment expliquer que vous publiiez deux lettres qui se portent à la défense des rénovations de 2,5 millions à la résidence de la Gouverneure générale (avec gros titre les coiffant toutes deux et une photo pour les accompagner), mais pas une seule qui conteste cette dépense?

"quelques grands principes [...] une confédération canadienne moderne et souple". Appeler "confédération" l'union imposée d'une nation avec une autre, trois fois plus nombreuse, dans le but avoué d'éliminer la nation plus petite, montre déjà un penchant marqué pour la déformation des faits. Mais prétendre que cette "confédération" est moderne et souple relève du délire. Un gouvernement central qui, obéissant aux désirs de l'autre peuple, nous dit : "Vous aurez des bourses du millénaire, créées à même vos impôts, que vous le vouliez ou non; vous traiterez vos jeunes contrevenants comme nous l'avons décidé; et non comme vous l'entendez; vous aurez le régime de congés parentaux que nous avons jugés bon pour vous", c'est ça que vous appelez une "confédération moderne et souple" ?

Dans cette lettre, je fais allusion au gaspillage de 2,5 millions pour rénover la résidence de la Gouverneure générale. J'avais adressé la lettre suivante à La Presse à ce sujet: 2.5 millions pour le colonialisme.

Très intéressantes, ces deux lettres de MM. Stéphane Lavallée et Damien Lizotte (La Presse, 02-06-15), défendant les dépenses fastueuses de 2,5 millions pour rénover la résidence de la Gouverneure générale. "Nous parlons quand même ici de la résidence officielle de la représentante de la Reine", nous rappelle le premier. "Vous approuvez sûrement cet investissement mineur", nous suggère l'autre.

Figurez-vous que je n'approuve pas du tout.

  • Il est ridicule de conserver une monarchie héréditaire lorsqu'on est signataire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui proclame que tous les hommes naissent égaux.

  • Il est ridicule (absolument colon, au sens étymologique du terme) d'entretenir à Ottawa et dans chacune des capitales provinciales des représentants de la reine d'Angleterre, par rémanence coloniale reine du Canada.

  • La titulaire actuelle, Mme Clarkson, est une des cent tartuffes qui, au dénouement de la crise d'Oka, se sont payé une page de vertueuse indignation dans le Globe and Mail : "Nous nous rangeons du côté des peuples autochtones du Canada, et avec leurs chefs, qui ont prôné la recherche de solutions justes et non-violentes (sic). Nous n'oublierons jamais Oka". Jean Chrétien, qui sait reconnaître et récompenser tout ce qui est anti-québécois, a jugé que la dame avait bien mérité de la patrie, et l'a nommée à sa sinécure.

  • C'est cette même Mme Clarkson qui a décerné le titre de Compagnon de l'Ordre du Canada à Mordecai Richler. Voici un extrait du compte rendu de la Presse canadienne à cette occasion : «Mme Clarkson a salué Mordecai Richler comme "l'un des plus grands écrivains du Canada. Il était unique, il n'y aura jamais une autre voix comme la sienne" a poursuivi la Gouverneure générale, ajoutant qu'elle se souviendrait toujours des écrits extraordinaires de l'écrivain et de son courage.»

    Pour ceux qui l'auraient oublié, Richler est celui qui a écrit, dans le New Yorker, que nos mères et nos grands-mères étaient considérées comme des truies. Qui a écrit, dans Saturday Night, que les enfants dans un Québec indépendant seraient élevés comme des cochonnets. Qui a écrit tout un livre de propagande contre le Québec et les Québécois.

    Non vraiment, je ne me sentirais pas mal à l'aise si Mme Clarkson n'avait pas un tapis de $30 000 sous les pieds.

    À l'époque de la création du Canada, un éditorialiste de The Gazette écrivait: "Pour angliciser les Québécois, le processus doit commencer à la Législature, et si tout est mis en oeuvre..., nous sommes assurés que... les Canadiens français se rendront compte qu'il est dans leur intérêt de se soumettre graduellement au sort qui les attend". Aujourd'hui, nous avons encore The Gazette et, en plus nous avons de nos compatriotes qui nous prêchent la soumission "au sort qui nous attend".

    J'avais reçu l'accusé de réception habituel: "En raison du nombre important de lettres... nous ne pouvons cependant pas vous assurer que votre texte sera publié. Le cas échéant, plusieurs journées pourraient s'écouler...". Évidemment, ma lettre n'a pas été publiée. Je me suis aperçu, cependant, que l'abondance du courrier n'a pas empêché Gesca de publier une lettre d'un certain Gaétan Bouchard, sans le moindre délai, à la fois dans La Presse et dans le Nouvelliste. (Ce matin (02-06-29), La Presse publie une lettre d'un lecteur qui vocifère contre la construction du Centre Québec-Europe à Paris. Donc, quand il s'agit d'une dépense fédérale, on ne publie que les lettres de ceux qui sont d'accord avec la dépense; quand c'est une dépense provinciale, on ne publie que les lettres de ceux qui contestent. C'est ainsi que l'on manipule l'opinion.)

    Pour en revenir à ce Gaétan Bouchard, il publie régulièrement des lettres, presque toutes dirigées contre le gouvernement québécois ou contre les souverainistes, jamais contre le gouvernement fédéral. Je lui donne aussi régulièrement la réplique et le Nouvelliste publie parfois ma réponse. Lors de ces polémiques, ce journal a toujours accordé le dernier mot à M. Bouchard.

    Lorsque j'ai lu pour la première fois un envoi de ce propagandiste au Nouvelliste, il cherchait à coller l'épithète "cuistre" aux indépendantistes, mot dont il ignorait manifestement le sens. J'ai souligné son ignorance dans une réplique et, dans son mot de la fin, il se justifiait ainsi: "J'ai pris quelques libertés avec le génie de la langue de Voltaire". Ma dernière communication, dans cet échange ne fut pas publiée. La voici:

    La poutre et la paille

    Comment s'appelle la tactique qui consiste, lorsqu'on est découvert, à arroser dans toutes les directions? C'est la tactique choisie par M. Gaétan Bouchard dans sa lettre du 23 août.

    Selon lui, je serais un "inquisiteur", parce que j'ai lu chacune de ses épîtres. C'est, en effet, d'un extrême mauvais goût. Seuls devraient être autorisés à le lire ceux qui ont l'intention d'opiner du bonnet. Admirons par contre une jolie pirouette de sa part. S'il emploie le mot "cuistre" sans savoir ce que le mot veut dire, n'allez pas croire qu'il fait preuve de... cuistrerie. Oh non! Il ne fait que "prendre des libertés avec le génie de la langue de Voltaire". Qu'en termes élégants ces choses sont dites! Les conseillers de Bill Clinton, cependant, auraient pu lui dire que l'euphémisme à la mode, pour avouer ses petits péchés tout en les camouflant, c'est "relation non appropriée"...

    Plus loin, M. Bouchard se répand en ironie grasse et facile sur le "paradis" que serait un Québec indépendant. Comme personne n'a jamais parlé de ce prétendu paradis, il peut en inventer à volonté. Comment s'appelle cette technique qui consiste à ériger un homme de paille, pour ensuite s'appliquer à courageusement le pourfendre?

    M. Bouchard nous parle de M. Parizeau, "accusant les membres des communautés ethniques". C'est une fausseté dont tout propagandiste fédéraliste se doit d'assaisonner son discours. M. Parizeau n'a pas accusé les communautés ethniques. Il a déploré qu'il y ait eu un vote ethnique.

    Tout au long de la campagne référendaire, les fédéralistes se sont affairés à créer un vote ethnique. Quand M. Michael Kenneally, président de la Société St-Patrick de Montréal, refuse d'inviter des représentants du gouvernement à la fête des Irlandais, sous prétexte que ces derniers seraient tous contre la souveraineté, il cherche à créer un vote à caractère ethnique. De même que Mme Houda-Pépin, députée libérale, quand elle lance à M. Parizeau: "Nous, les membres des communautés ethniques, ne voteront jamais pour l'indépendance du Québec". La création de la Coalition des Congrès hellénique, juif et italo-canadien, n'avait pas d'autre but que de faire appel à des sentiments ethniques contre la souveraineté. Et le gouvernement fédéral a cherché à exploiter un vote ethnique en accélérant l'accession à la citoyenneté de 10 000 immigrants de fraîche date.

    Par contre, M. Parizeau a commis une faute grave en exhortant les Québécois à faire la même chose. C'était indigne d'un premier ministre, et il a dû démissionner.

    Comment agit-on dans l'autre camp? Quand un ministre fédéral a invité un député d'origine chilienne à retourner dans son pays d'origine s'il n'était pas content, ce n'était pas digne d'un ministre. Il n'a pas démissionné et aucun fédéraliste ne l'a invité à démissionner. Quand M. Stéphane Dion, à Toronto, a appuyé un certain Stanley Hartt, qui prêchait qu'il faudrait faire souffrir les Québécois, s'ils votaient pour l'indépendance, que s'est-il passé? M. Jean Chrétien est allé le chercher pour en faire un ministre.

    Il est évident qu'il y a des coches mal taillées des deux côtés dans ce débat. Mais comment appelle-t-on la faculté de discerner la paille dans l'oeil du voisin, alors qu'on ne voit pas la poutre dans le sien propre?

    Par ailleurs, il faudrait que M. Bouchard cesse un jour de s'appliquer à lui-même des épithètes comme perroquet, menteur, tartuffe (et, bien sûr, traître et vendu) pour ensuite protester de son innocence. On lui dira: "The lady (the lord?) doth protest too much, methinks." Les lecteurs, en définitive, le connaissent par ses écrits. Si ces vilains qualificatifs ne s'appliquent pas à sa personne, ils finiront bien par s'en apercevoir par eux-mêmes.

    Le plus extraordinaire, dans cette passe d'armes, c'est que deux lecteurs anti-souverainistes différents, à quelques jours d'intervalle, ont utilisé le mot cuistre sans en connaître le sens. Quelles sont les probabilités qu'une telle chose se produise fortuitement? Et non seulement l'éditeur du Nouvelliste fait-il semblant de ne pas se rendre compte de ce qui se passe, mais il publie toutes les âneries que M. Bouchard lui envoie. Vous ne trouvez pas que ça sent Option Canada, ou une autre agence de Propagande Canada?

    Concernant la lettre récente de M. Bouchard, qui fut publiée simultanément dans le Nouvelliste et La Presse, c'était une contribution typique de ce propagandiste, aussi sotte que triomphaliste, qui commençait par ces mots; "Les carottes sont cuites pour le PQ". Le Nouvelliste a publié ma réplique: L'opportunisme comme idéal

    M. Gaétan Bouchard reprend la plume. Il n'y a pas si longtemps, ses héros étaient Howard Galganov, Bill Johnson et Mordecai Richler. Aujourd'hui, sa coqueluche est Mario Dumont. Il n'y a pas si longtemps, il comparait le gouvernement québécois aux Talibans. Aujourd'hui, il le compare aux Soviétiques. (Au temps de Duplessis, on disait " les communisses ").

    M. Bouchard cite comme exemple du courage de M. Dumont ce qui fut son geste le plus démagogique: reprocher à M. Lucien Bouchard le taux élevé de suicides au Québec. Comme si tout, y compris ce triste palmarès, pouvait être éliminé par le gouvernement, par une législation!

    Comme personne ne connaît la cause du taux élevé de suicides, je n'ai pas une solution à proposer à ce douloureux problème. Mais si l'on veut que les jeunes aient un idéal et s'y cramponnent, il faut leur proposer comme exemples des hommes et des femmes qui se tiennent debout, contre vents et marées, et non un politicien opportuniste qui ne parle jamais de la raison d'être de son parti (le rejet du rapport Allaire par Robert Bourassa), et qui glane les éléments de son programme en écoutant les lignes ouvertes. Ou une candidate qui promène son fils de huit ans sur les estrades, pour se faire du capital politique.

    Je suis curieux de voir si Propagande Canada va ordonner qu'on accorde encore le dernier mot à M. Bouchard.

    Claude Boulay, 30.6.2002

    Dites à M. Boulay...

    Monsieur,

    J'ai constaté que je figurais parmi la liste des "ennemis du peuple", des "traîtres" et des "vendus" sur votre site. Voici l'adresse: http://www.vigile.net/ds-medias/docs/02-6-30-boulay.html

    Je trouve pour le moins burlesque qu'un hurluberlu comme monsieur Claude Boulay soit pris au sérieux. Il m'accuse d'opportunisme, alors que j'ai fréquenté l'Armée du Salut et les banques alimentaires, plutôt que de participer aux défilés de majorettes de la St-Jean. J'ai mangé de la marde dans la vie parce que j'ai réfusé de penser dans le sens de la "révolution québécoise".

    Claude Boulay se ridiculise d'autant plus que j'ai été congédié à deux reprises par les péquistes pour m'être exprimé contre leur option, à titre de directeur de la programmation de la radio CFOU 89,1 FM et de rédacteur en chef du défunt journal de rue Le Vagabond. Pendant qu'il lisait l'abbé Groulx, je m'occupais des jeunes contrevenants et des marginaux à 200%, corps et âme, par-delà ses foutues conneries idéologiques qui sont responsables de tant de guerres civiles idiotes.

    La liberté d'expression est toujours à sens unique chez les indépendantistes. Quand tu te rouvrais la gueule contre le pouvoir des petits caporaux péquistes, tu te la faisais fermer d'à plomb par cette bande d' "osti d'chiens sales", pour paraphraser Pierre Falardeau, un autre héros de la "Juste Cause" qui peut se bourrer les poches de subventions à jouer à l'artiste officiel du Régime péquiste.

    J'ai toujours travaillé dur dans la vie. J'ai grandi dans un quartier ouvrier de Trois-Rivières, juste à côté de l'usine de textile Wabasso, où l'on faisait son chemin dans la vie à coups de chaînes de "béciks" et de bâtons de baseball. Je n'ai pas de leçons à prendre de ceux et celles qui se crossent le poulet dans le drapeau du Québec avant de s'endormir sur du Gilles Vigneault en rêvant de mettre sur pied des tribunaux révolutionnaires pour se venger des hommes et des femmes libres du Québec qui se "calissent" de leurs sermons de vieux curés braillards et pédants.

    J'ai déjà été péquiste, moi aussi, comme tant d'autres niaiseux.

    Maintenant, je suis un homme libre.

    Bref, je voulais vous remercier de me faire figurer sur votre palmarès de traîtres et de vendus. C'est un très grand honneur. Je continuerai d'aider mon prochain, dans la mesure de mes forces, sans me préoccuper des drapeaux et autres bouts de chiffon.

    Dites à M. Boulay que je l'emmerde.

    Gaétan Bouchard, 4.5.2003

    Courriel: gryzzlyadam@hotmail.com

    Réplique à M. Gaétan Bouchard

    M. Gaétan Bouchard me fait l’honneur de m’adresser une lettre d’insulte sur Vigile. Je l’en remercie.

    Il commence par dire que, sur ce site, il figure parmi la liste (sic) des «ennemis du peuple», des «traîtres» et des «vendus». Comme, en réalité, personne ne lui a appliqué ces épithètes, on ne peut qu’en déduire qu’il a lui-même analysé son propre comportement et conclu que ces termes lui convenaient.

    M. Bouchard veut nous émouvoir en parlant de sa jeunesse. «J’ai grandi dans un quartier ouvrier de Trois-Rivières…».Nous pourrions comparer. Je lisais un jour : «Un autre témoin ajoute, au sujet de ses voisins : ‘J’ai à me plaindre des maisons voisines de la mienne. L’une d’elles est occupée par trois hommes, trois femmes, trois enfants et elle n’a que trois pièces’. Quelle misère évoquent ces témoignages! On se croirait devant un récit de Dickens, de Zola…» (Gérard Parizeau, de la Société Royale du Canada, La société canadienne française au XIXe siècle, Essais sur le milieu, Fides, Montréal, 1975. Eh oui, je l’avoue, il m’arrive de lire autre chose que du Lionel Groulx...)

    Si ce passage m’avait frappé, c’est que nous avons aussi vécu à neuf personnes, mes parents, mes frères et mes sœurs, dans une maison de trois pièces. C’était une petite maison sur pilotis, sans eau courante. Et ce n’était pas au XIXe siècle! Nous n’aurions jamais prétendu que nous «mangions de la marde», pour citer les belles paroles de M. Bouchard. Outre que nos parents n’auraient pas toléré un tel langage, nous ne le pensions pas. Au contraire, nous étions heureux parce que nous nous aimions.

    Mon père, un plâtrier qui avait complété sa quatrième année, s’était instruit par la lecture. Il nous a fait connaître Solon et Diogène, Baudelaire et Hugo. Je crois l’entendre encore nous réciter : «Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. Ce sont ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front». Il nous a aussi appris à aimer et respecter la langue française.

    Il est toujours gênant de parler de soi, mais puisque M. Bouchard me traite d’hurluberlu, et qu’il trouve burlesque que Vigile me prenne au sérieux, on me pardonnera une petite exception. Malgré mon enfance modeste, j’ai quand même pu faire des études d’ingénieur. J’ai pratiqué ma profession dans trois provinces canadiennes et séjourné dans deux autres. J’ai travaillé comme consultant en Corée et en Argentine. Aussi dans les états de Pennsylvanie, New York, New Jersey, Ohio, Illinois, Caroline du Nord et Géorgie. Je reconnais que cela ne vaut pas l’incomparable expérience d’avoir fréquenté l’Armée du Salut. Excusez-moi du peu.

    M. Gaétan Bouchard, pour ceux qui ne le sauraient pas, est un grand admirateur de Pit Bill Johnson et de feu Mordecai Richler, ce dernier Chevalier de l’Ordre du Canada. Je pourrais lui dire «Asinus asinum fricat», mais j’aurais peur qu’il ne prenne ça pour un compliment. Je lui offrirais bien une copie du livre que j’ai écrit en réplique à son héros Richler, mais à le voir massacrer la langue française, je ne suis pas sûr qu’il soit capable de lire un livre jusqu’au bout. S’il m’assure que je fais erreur, qu’il est parfaitement capable de lire un livre tout entier, qu’il me donne ses cordonnées et je me ferai un plaisir de lui offrir une copie de mon ouvrage.

    Claude Boulay, 6.5.2003

    Réplique à Claude Boulay

    Monsieur Boulay,

    Je me priverai de vous donner des leçons de latin, d'autant plus que je ne lis pas souvent les pages roses du dictionnaire Larousse...

    Il m'arrive de lire des livres jusqu'au bout, surtout ceux de Mordecai Richler, William Johnson et Esther Delisle. Je n'ai pas l'impression de lire Mein Kampf ou L'appel de la race lorsque je les lis, bien au contraire.

    Vous parlez allégrement des lectures. Je vous suggère de lire "La société ouverte et ses ennemis" du philosophe Karl Popper, si cette lecture est à votre portée, bien entendu.

    Je n'ai jamais été payé par Propagande Canada. J'ai bien tenté de faire valoir ma candidature pour une quelconque subvention fédérale, mais les sommes étaient déjà prises par Pierre Falardeau et Claude Morin. Comme quoi le fait d'être fédéraliste n'est pas l'option qui rapporte le plus par les temps qui courent...

    Vous dites aussi que je répète les propos de Howard Galganov. (Qui c'est celui-là?) Vous m'avez donné l'envie de mieux le connaître.

    Je suis demeuré deux ans sur la côte ouest du Canada et six mois au Labrador. J'ai travaillé pour des anglophones qui sont devenus mes amis. J'étais farouchement indépendantiste et je m'attendais à ce qu'ils me disent "Speak white!" constamment. Je me suis vite rendu compte que cette expression ne fait pas partie de leur vocabulaire et que la poésie québécoise est tout aussi soporifique qu'elle est fausse.

    Ne m'en voulez pas d'être plus souvent publié que vous: j'ai du talent. À force de me lire et de me relire, vous finirez par acquérir cette indépendance d'esprit qui est toujours appréciée lorsqu'il s'agit de communiquer sa pensée.

    Vive valeque,

    (Vis et porte-toi bien...)

    Gaétan Bouchard 12.5.2003

    P.S.: Au fait, je vous invite à lire ma chronique dans la dernière édition de la revue Voir-Montréal. Elle porte sur le sort des 78 militants des droits de la personne qui ont été condamnés à des peines d'emprisonnement allant de 14 à 27 ans pour s'être exprimés sur l'interdiction de s'exprimer à Cuba, sur "L'île du docteur Moreau"... Au lieu de vous morfondre sur le sort de votre patrie, faites donc une belle action: contribuez à la libération des prisonniers politiques...

    http://www.voir.ca/montreal/actualite/grandesgueules.asp?Id=25998

    Réplique à Gaétan Bouchard

    Bonjour,

    Passer de Groulx à Mordecai Richler, de Falardeau à William Johnson, pour quelqu'un qui se targue d'indépendance d'esprit, c'est pas fort-fort! Plein d'imbéciles font ça, comme Guy Bertrand par exemple. Les porteurs de cocardes ne savent pas toujours qu'ils brandissent des drapeaux, ou qu'ils défendent des causes sacrées; rien de pire qu'en ex-trotskiste qui vire capitaliste, ou un ex-curé qui tombe dans l'cul. Les oeillères sont les mêmes, juste la couleur qui change, et l'odeur.

    Pour ce qui est du talent et de la défense des droits et machins... faudrait peut-être que vous attendiez que les compliments viennent de l'extérieur.

    André Vincent, 13.5.2003

    Réplique à Gaétan Bouchard

    Suite à vos échanges épistolaires douteux avec M. Boulay, j’ai cru bon d’écrire cette lettre.

    Je trouve dommage qu’un soi-disant militant pour les droits de la personne et défenseur de la veuve et de l’orphelin se mette à ridiculiser les aspirations légitimes d’un peuple à se gouverner lui-même. Mais j’aimerais rectifier davantage le tir en matière de poésie.

    «Speak White» n’est pas un poème faux et soporifique. Il fait état d’une situation qui existait à l’époque où les voyageurs du Québec en Ontario se faisaient harceler par les corps de police locaux et frontaliers. Speak White, c’était un des vestiges de cette époque colonialiste dans laquelle s’est longtemps embourbé le reste du Canada.

    C’était un moment où la poésie québécoise était tout sauf soporifique. Je trouve d’ailleurs que ce point de vue que vous émettez est indigne d’un chroniqueur du Voir, journal bien axé sur les arts, s’il en est un…

    Scraper les Chartrand, Miron, Gauvreau, Vadeboncoeur, Brault et tous les autres bâtisseurs d’une littérature populaire québécoise comme vous le faites est une chose abominable et idiote. En outre, elle témoigne chez vous de l’achèvement d’un processus d’aliénation tellement évident qu’il est impossible de vous prêter une mauvaise intention, comme le fait M. Boulay. L’aliénation, c’est le fait de renier qui l’on est pour adopter l’image et l’identité de celui qui nous domine. Ceci implique une forte tendance à adopter le point de vue d’un agresseur en ridiculisant les traits de sa propre appartenance culturelle. Je profite donc de l’occasion pour vous mentionner que votre appréciation de la poésie québécoise reste somme toute marginale. Sachez que les poètes de chez nous sont lus et étudiés dans les universités un peu partout à travers le monde et que l’intérêt qu’ils suscitent est tel que des départements d’études québécoises à l’étranger refusent des étudiants.

    Deuxièmement, pour avoir moi aussi connu le Labrador et m’y être fait de nombreux amis, je crois que vous avez omis de mentionner le taux effarant d’assimilation qu’ont connu les Nord-Côtiers canadiens français dans cette région. Preuve par neuf que l’absence de résistance conduit à la mort d’une culture…

    Je ne les blâme pas… Ils sont restés eux-mêmes malgré tout, ce sont des gens extraordinaires et vrais. Et c’est le deuxième point sur lequel j’aimerais attirer votre attention : où avez-vous pêché qu’un indépendantiste détestait les canadiens anglais? C’est là une généralisation abusive et démagogique qui reflète très bien les tenants du fédéralisme.

    Mais dites donc, en passant, au lieu de lire Esther Delisle et ses thèses farfelues et fausses, Mordecaï Richler et sa haine véritable envers les canadiens français, je vous suggère de lire le Livre Noir du Canada Anglais. Vous verrez que le racisme et l’intolérance n’étaient pas l’apanage exclusif des Québécois de souche… Je vous suggère aussi de lire le SUBURBAN, ce qui vous permettra de comprendre que la haine qu’éprouvent certains anglophones à l’égard des Québécois existe mais que tout comme celle qui anime certains indépendantistes, elle ne peut être généralisée et étendue à l’ensemble, comme vous vous plaisez à le faire croire.

    Que vous ayez été indépendantiste à une certaine époque, je peux le croire aisément. Toutefois, il apparaît évident que vous ne l’étiez pas pour les bonnes raisons et les sentiments qui vous animaient alors dénotaient un engagement plutôt superficiel et irréfléchi, tout comme celui qui vous anime présentement dans la voie opposée.

    Je vais vous rappeler que Falardeau n’a pas touché une calice de cenne noire du fédéral en subvention pour son film sur les patriotes et que le gouvernement du Québec, quant à lui, ne s’est jamais doté comme le fédéral d’un organe ministériel de la propagande et de l’intimidation. J’aimerais aussi vous rappeler que ce n’est pas le camp du oui au dernier référendum qui a contourné impunément les lois électorales du Québec en organisant des Love-in à 10 millions $ la copie. Ce n’est pas non plus le gouvernement du Québec qui utilisait les fonds publics pour une télé-série à l’eau de rose sans aucune valeur historique dans laquelle la narratrice semblait se claquer un orgasme éjaculatoire de 30 secondes à chaque prononciation du mot «KAhNAhaDAaaa ».

    Soyez sérieux pour une fois et avouez donc que la lutte est inégale. Au lieu de blâmer le PQ pour le job que vous avez perdu, penchez-vous donc sur votre façon d’écrire et de dire les choses. Peut-être devriez-vous plutôt blâmer votre manque de rigueur, votre démagogie et votre manque de perspective… J’aimerais aussi vous rappeler qu’il est bien moins risqué de dénigrer la nation québécoise que les travers du fédéralisme. Tirez donc les leçons qui s’imposent en comparant les sorts de Peter Yeomans et de Normand Lester…

    En terminant, vous devriez plutôt vous battre pour que les Québécois, vos lecteurs, puissent défendre de vive voix dans le concert des nations, les prisonniers politiques cubains que vous tentez de soutenir par vos vœux pieux dans les pages d’un journal local dont l’action et l’impact ne dépasseront jamais le stade de la pensée indignée chez quelques anarchos avides de contestation… Pour le moment, vous devriez plutôt vous battre pour que vos compatriotes québécois se donnent les moyens d’agir qui leur conviennent, car un chien enchaîné à un poteau, emmuré dans un enclos, ne réussira jamais à effrayer qui que ce soit, si forts soient ses hurlements et sa colère. Donnez-lui les moyens de mordre et vous verrez…

    En terminant, je me demande comment quelqu’un d’honnête peut réellement croire aux vertus du fédéralisme canadian. Après le non catégorique du reste du Canada à toute réforme constitutionnelle, comment peut-on prétendre honnêtement que le statut quo est devenu avec le temps plus acceptable? La fourberie ou la simplicité d’esprit sont les deux seules explications possibles!

    Lorsque l’on se plaît à faire croire que le combat indépendantiste est motivé uniquement par le fait d’haïr le Canada et ses habitants, cela reflète une malhonnêteté intellectuelle flagrante ou tout simplement, la volonté de cacher un manque de substance.

    Frédéric Labrie, 13.5.2003



    Une correction nécessaire

    C'est une correction nécessaire au sujet du texte de Frédéric Labrie.

    Contrairement à la pensée populaire, 15 février 1839 a bien reçu des fonds fédéraux, Falardeau l'admet dans cet article de 24 Images.

    Il faut noter aussi que les scènes de studios ont été tournées à l'ONF, donc avec les conditions habituelles de ce genre de production.

    Qui plus est, le distributeur du film a reçu une subvention de 306,050$ pour la mise en marché du film.

    Notons qu'il était admis que pour "corriger" l'erreur de Téléfilms (les explications tarabiscotées sur la qualité du scénario du film comme excuse de non financement) que l'octroi de 1,713,800$ pour la production de Elvis à Memphis était une façon détournée de financer 15 février 1839. Au sujet des explications de Téléfilms il faut lire cet échange surréaliste entre Suzanne Tremblay et François Macérola

    Signataire et diffuseur des cartes postales pour le financement et investisseur dans ce film (j'ai donné mon 10$) je crois qu'il est essentiel de mettre les pendules à l'heure.

    Jean-Yves Durocher, 16.5.2003



    Point final

    Permettez-moi de mettre un terme à mes échanges avec M. Gaétan Bouchard sur Vigile. Les habitués de ce site sont bien patients, mais ils seront sans doute heureux de passer à autre chose.

    Je m’en voudrais cependant de ne pas faire un résumé de ce que M. Bouchard nous a appris sur lui-même.

  • Il n’est pas en très bons termes avec la langue française. Trois énormités dans ses deux textes, c’est une bonne moyenne.

    On ne parlera pas de son penchant pour la scatologie.

    Je sais qu’il faut être indulgent quand on lit ce qui s’écrit sur internet. Nous y faisons tous des coquilles. Mais il s’agit ici de quelqu’un qui était rédacteur en chef d’un journal!

  • M. Bouchard était indépendantiste. Il a travaillé pour des anglophones qui ne lui ont pas dit « Speak white ». Il en fut tout retourné, au point de devenir fédéraliste. Voilà qui témoigne de la rigueur de sa réflexion, que ce soit comme indépendantiste ou comme fédéraliste.

  • Il se proclame « homme libre », mais il s’incline avec soumission devant le pouvoir fédéral. Gardant sa dévotion la plus confite pour deux des propagandistes émérites de Propagande Canada, Mordecai Richler et Pit Bill Johnson. Comme quoi, pour certains, la liberté de ramper est la plus précieuse des libertés.

  • Il a du talent. Qui en doutera? Il nous le dit lui-même!

    Claude Boulay, 14.5.2003