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Denis Lessard - un propagandiste partisan
Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 6.6.2002
Trois-Rivières-Ouest, le 5 juin 2002
M. Guy Crevier, Président et éditeur,
La Presse
La Presse et Denis Lessard
Vous avez jugé bon de publier un éditorial (02-05-30) dans lequel vous défendez très fort le journaliste Denis Lessard et l’objectivité de La Presse. Pour ce qui est de la conduite de M. Denis Lessard dans l’affaire Duhaime, je laisse à M. Duhaime le soin de faire la preuve que ce journaliste a vraiment construit "un échafaudage de demi-vérités et de mensonges".
Cependant, j’ai moi-même fait la preuve que M. Denis Lessard n’était pas un journaliste objectif, mais un propagandiste partisan. J’ai adressé une lettre à votre journal à ce sujet le 01-12-06, lettre que vous avez refusé de publier. M. Lessard commence un article sur des nominations futures à la tête de sociétés d’état par ces mots : "Inquiet des sondages défavorables, Bernard Landry compte procéder à un important jeu de chaises musicales…". Il n’y a aucune façon pour M. Lessard de connaître les motivations et les intentions d’une autre personne. Ce n’est pas là du journalisme, mais du commérage malveillant.
Dans ce même article, M. Lessard écrit : "On compte ainsi présenter une image de renouveau…". Encore de la projection d’intentions. Plus loin : " Dans le fond, c’est un rouge (parlant de M. Michel Crête, alors président de Loto-Québec) et eux, ils ne nous feront pas de cadeaux, laisse-t-on tomber dans les officines péquistes ". Comment M. Lessard peut-il savoir ce qui se dit dans les "officines péquistes"? J’ai fait remarquer à M. André Pratte, votre éditorialiste en chef, que le mot "officine" n’avait pas sa place dans un article objectif. C’est un terme péjoratif : endroit où se trame quelque chose de secret, de nuisible, de mauvais, selon le Petit Larousse.
Le 02-03-21, votre journal publiait un article intitulé "Landry a agi comme conseiller pour Vaugeois", encore sous la plume de M. Lessard. À l’époque à laquelle l’article fait référence, M. Landry n’était pas en politique, et le Parti libéral était au pouvoir à Québec. Le travail confié à M. Landry était de régler un différend entre le Groupe Vaugeois et le Mouvement Desjardins. Quel était donc le but de cette manchette en première page, sinon d'insinuer que M. Landry avait fait quelque chose de malhonnête?
Au sujet de La Presse, vous affirmez : "Notre seul objectif est de servir l’intérêt public par une information approfondie, objective et crédible". Dans une lettre que j’ai adressée à votre journal le 02-02-18 (copie ci-jointe), que vous n'avez pas publiée, au sujet du traitement différent que vous avez accordé aux affaires Gagliano et Baril, j’ai fait la démonstration que La Presse n’était pas objective, mais très partiale.
Je m’en voudrais aussi de ne pas mentionner vos amabilités envers le Groupe Everest, cette entreprise qui a contribué si généreusement à la caisse électorale de M. Jean Chrétien et qui s’est vu octroyer de plantureux contrats en retour. Le 98-01-16, j’avais envoyé la lettre suivante en réaction à un éditorial de M. Alain Dubuc. (Les passages en caractères gras avaient été soigneusement raturés par votre éditorialiste, de sorte que ma lettre pouvait ressembler à un simple appui à M. Dubuc).
LA GUERRE CONTRE LE QUÉBEC
"Inélégance" déplore M. Alain Dubuc, au sujet de caricatures dans le Globe and Mail se moquant des Québécois aux prises avec les conséquences de la tempête du verglas. Il parle d’un "passage, dangereux, de l’antiséparatisme vers la francophobie".
Quel passage? Il y a des décennies que les médias anglophones mènent une campagne stridente, non seulement contre l’indépendance du Québec, mais contre le Québec et contre les Québécois. N’importe quel prétexte est bon pour comparer le Québec à l’Allemagne nazie, qu’il s’agisse des lois pour protéger la langue française ou pour empêcher la vente de la margarine colorée. Tandis qu’ils trouvent normales des lois fédérales qui imposent des droits de 80% aux revues américaines qui n’ont pas 80% de contenu canadien.
À la radio de CIQC, avec Howard Galganov, c’est tous les jours trois heures de propagande débridée. Quand Gord Logan remplace Joe Cannon, le "hate-in" dure cinq heures.
Cette campagne de haine contre les Québécois rapporte de précieux dividendes. Au Québec, on s’assure que ceux qui s’alimentent aux médias anglophones voteront en bloc contre la souveraineté. Et il ne faut pas croire qu’il ne s’agit que d’anglophones. Nous avons entendu, entre autres, M. Pierre Marsan, du Parti Libéral du Québec, s’acoquiner avec Galganov.
Au Canada anglais, on s’assure que la population sera toujours opposée à quelque changement que ce soit qui irait dans le sens des revendications du Québec. Sur le plan économique, si l’on peut nuire au Québec, on s’en félicite. Après tout, n’est-ce pas M. Stéphane Dion qui prêchait qu’il fallait faire souffrir le Québec pour que l’appui à la souveraineté diminue? C’est un geste patriotique que l’on pose en suivant cette directive!
Quand un Canadien anglais a accès à une publication américaine, que ce soit le New York Times, le New Yorker ou le National Geographic, avec quelle délectation ne s’empresse-t-il pas de dépeindre le Québec sous les pires couleurs! Et les médias canadiens anglais d’applaudir.
M. Dubuc ne peut pas prétendre qu’il n’était pas au courant de tout cela. Jusqu’à présent, il s’en est fait le complice. Par exemple, quand en 1994 M. Jacques Parizeau a réclamé un traitement plus juste pour le Québec de la part des médias anglophones, M. Dubuc a donné de l’espace dans La Presse à M. John Honderich pour qu’il pourfende M. Parizeau. Il a refusé de publier toute lettre à son journal qui donnerait la réplique à M. Honderich et qui prouverait que M. Parizeau avait raison.
Quand M. Derek Henderson du Toronto Star, lamentant l’installation à Montréal de la Commission sur l’environnement de l’ALÉNA, a décrit cette ville comme une île au milieu d’un égout à ciel ouvert, M. Honderich a pu défendre son journaliste dans La Presse. M. Dubuc a déclaré que l’argument de M. Henderson était "de bonne guerre". (C’est une expression qu’il affectionne.)
Quand, il y a quelques mois, Howard Sterns et Howard Galganov se virent chacun offrir un poste, le même jour, à la radio anglophone de Montréal, M. Dubuc a cru bon de "calmer les esprits". Après tout, n’avons-nous pas André Arthur et Gilles Proulx? Oui, mais André Arthur est fédéraliste à tout crin. Ce n’est pas lui qui va donner la réplique à Galganov. Quant à Gilles Proulx, si démagogique que soit son émission, il ne la consacre pas entièrement à faire de la propagande contre une province.
Avec cette complaisance de La Presse francophone, les médias du Canada anglais peuvent se livrer à la guerre la plus plaisante qui soit, celle où l’on peut asséner des coups sans jamais en recevoir. Et ce n’est pas le coup de mouchoir qu’administre aujourd’hui M. Dubuc au Globe and Mail qui va les convaincre de renoncer à leur petit jeu.
Même ainsi amputés, mes propos étaient trop forts pour mon homonyme, président du Groupe Everest. Il a communiqué avec vous et vous vous êtes empressé de publier la mise au point suivante:
"Précision : En page B3, édition du 20 janvier, La Presse a publié un texte d’opinion de M. Claude Boulay intitulé "Une guerre contre le Québec". L’auteur de ce texte, qui est de la Mauricie, n’est pas M. Claude Boulay, président du Groupe Everest."
Je vous demande : pourquoi un président d’entreprise voudrait-il se dissocier d’un texte qui cherche à défendre le Québec contre la propagande dans les médias anglophones? Il n’y a qu’une réponse, il ne voulait pas compromettre ses chances d’obtenir des contrats du gouvernement fédéral, et ceux qui accordent ces contrats veulent que cette propagande continue. Vous n’avez pas demandé au président du Groupe Everest, s’il était en désaccord avec mes propos, de présenter ses arguments. Vous avez publié la "précision" demandée, vous faisant ainsi complice d’un système où, pour obtenir des contrats d’Ottawa, il ne faut pas défendre le Québec.
Dernièrement (le 02-05-18), vous avez accordé de l’espace au président du Groupe Everest pour qu’il présente sa défense contre les allégations de doubles commissions et de sommes faramineuses perçues pour le simple fait d’émettre des chèques. Et le 02-06-01, vous avez publié deux articles, un sur Don Boudria, sous la plume de Joël-Denis Bellavance et un autre sur le président du Groupe Everest, rédigé par Hugo Dumas. Deux petits bijoux de "damage control".
M. Boudria "est maladroitement tombé sur sa propre épée…son châtiment ne sera pas permanent… il a commis des erreurs de jugements…" La vérité est qu’il a continué à octroyer des contrats à Groupaction, même si cette entreprise faisait l’objet d’une enquête policière. Et il a accepté un pot-de-vin de la part du président de Groupe Everest.
La page consacrée à mon homonyme, président du Groupe Everest, est de la même farine. Des éloges de petits amis pour brosser un portrait flatteur. Aucune mention des $77 000 de contributions versées à la caisse des libéraux fédéraux. L’inévitable "p’tit gars de St-Henri" (comme on se plait à dire "le p’tit gars de Shawinigan"), comme si une humble origine pouvait justifier d'utiliser n'importe quels moyens pour faire fortune.
Le journaliste écrit "En mars 2001, Groupe Everest a été sélectionnée par le gouvernement fédéral à la suite d’un concours…" Il n’écrit pas qu’en 1997, la filiale d’Everest, Media IDA Vision a obtenu un contrat de 150 millions du ministre Alfonso Gagliano, et qu’un rapport de la vérification interne a déclaré que le procédé de sélection n’était conforme ni à l’esprit ni à la lettre des règles et directives du ministère des Travaux publics. "Claude Boulay est un homme qui a réussi". On doit donc admirer quelqu’un qui s’est enrichi en graissant la patte des politiciens fédéraux et en recevant des contrats de centaines de millions en retour?
Comme M. André Pratte, vous prétendez que M. Denis Lessard est un journaliste très respecté. Si ce respect vient de journalistes qui écrivent des articles comme ceux-là, en service commandé, je ne suis pas surpris.
Claude Boulay,
Trois-Rivières-Ouest, QC
P.S. Comme vous avez aussi publié votre éditorial dans Le Nouvelliste de Trois-Rivières, je fais parvenir copie de cette lettre à ce journal.
Lettre ouverte à La Presse :
Devoir de réserve (bis)
M. André Pratte, votre journaliste, Denis Lessard, publie aujourd'hui (01-12-06) un article intitulé "Landry entreprend le grand ménage chez les dirigeants des sociétés d'état". Il commence son article par "Inquiet des sondages défavorables, Bernard Landry..." Comment peut-il ainsi imputer des motivations à quelqu'un? Est-ce de l'information objective?
"On compte ainsi présenter une image de renouveau..." Encore de la projection d'intention. Est-ce de l'information objective?
"Dans le fond, c'est un rouge, et eux, ils ne nous feront pas de cadeaux, laisse-t-on entendre dans les officines péquistes". Comment peut-il savoir ce qui se dit dans les "officines péquistes"? (Larousse: officine Péj. Endroit où se trame qqch de secret, de nuisible, de mauvais). Est-ce là du journalisme objectif?
Dans votre éditorial sur l'affaire Lester, vous écriviez: "...il mettait le pied sur un terrain qui serait miné dans n'importe quelle entreprise de presse". Pourtant, non seulement M. Lessard n'a pas été sanctionné, mais on a publié son torchon en première page.
Appliquer les règlements seulement contre ceux qui ne font pas notre affaire, n'est-ce pas là une des armes de prédilection des régimes despotiques?
Claude Boulay, 7.12.01
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