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Une côte à remonter

Les conditions de réussite du renouvellement annoncé...

Bernard Frappier
2.12.01


Jeunes contrevenants, programmes d'infrastructures, déséquilibre fiscal, congés parentaux... le "fameux duel" entre l'indomptable Québec et l'obstination d'Ottawa s'alourdit.

Masquant bien le conflit sous les traits de "chicanes", le PLQ propose de régler la chose - «totorisant» ainsi les Québécois - par la bonne volonté, laquelle suffirait à reconstruire le rapport de forces fédéral-provincial à l'avantage "des provinces"..., porté qu'il serait, une fois élu, par ce "grand vent de changement" qui balaie leur porte et leurs idées... Naïveté ou cynisme!

Le PQ, de son côté, n'en finit plus d'offrir le "mirage souverainiste": un Québec fort et souverain dans un Canada fort et uni. «Nous ne voulons pas détruire le Canada!» Association, partenariat, association... Quelle évolution !

Les mutants-chutants

La détermination péquiste pour y arriver est tellement faible qu'au moindre "coup de vent", certains leaders reculent et remballent leur projet... Rappellez-vous Guy Chevrette, au lendemain de la démission du "valeureux Déserteur", qui proposait, avec d'autres, rien de moins que l'abandon de la souveraineté... article 1 du programme péquiste! Quelle mutation!... Ce même ministre qui, hier, endossait la recommandation "de ne rien faire" du DGE dans le dossier de la carte d'électeurs... parce que ça coûterait "ben trop cher"... parce que la charte des droits y fait obstacle - comme si la citoyenneté était sans devoir - parce que les libéraux ne sont pas d'accord, parce que, parce que, parce que... Quelle "chutation"!... Sans consensus, ce gouvernement s'abandonne, au lieu de gouverner... même si le peuple se fait voler élections et référendums! Il s'abandonne à l'opposition libérale, il s'abandonne à l'obstination-agression fédérale.

Rappellez-vous le ministre Brassard qui, sous la férule du Déserteur, n'a pas craint, comme le député Boulerice et les ministres Simard et Gendron - les grandes gueules - , de se tourner en ridicule, lui, son chef, son parti et son peuple, en assénant un coup vicieux à un citoyen, dont les opinions ont été détournées dans le sens de l'inacceptable, tellement ce gouvernement était - et est toujours - soumis à des influences douteuses. "On n'en demandait pas tant", suggérait R. Libman, du B'nai Brith, au lendemain de la motion de blâme: "On a été très étonnés"... Allez tous vous faire foutre !!!

L'affaire Michaud n'est pas réglée - elle traîne de plus en plus dans le paysage québécois, comme une hypothèque lourde et coûteuse dans l'esprit du débiteur insolvable. Le "règlement minimum de l'affaire" - une modification aux règlements qui empêcherait que cela ne se reproduise - n'a pas été voté par l'Assemblée. Pourquoi? Parce que les libéraux ne sont pas d'accord... Ont-ils invoqué des raisons sérieuses et acceptables? Euh... y sont pas d'accord, point. La modification du règlement exige l'accord des partis? Peut-être bien, mais la question revient à ceci: pourquoi ce gouvernement n'a-t-il pas réussi à mettre la pression suffisante pour empêcher les libéraux de jouer la partisanerie contre la démocratie? Un gouvernement qui gouverne par consensus ne va pas plus loin, préférant, à l'initiative responsable, le surplace et l'échec. Il s'ensuit qu'alors qu'elle aurait dû amender son règlement ET réparer l'offense faite à un citoyen, par des excuses formelles, "unanimes et sans débat", l'Assemblée nationale aura préféré attendre du temps qui passe qu'il efface sa bêtise dans la mémoire des citoyens de ce pays.

L'Assemblée nationale s'est ridiculisée en essayant de faire croire qu'elle affirmait des "principes" alors qu'elle croupissait dans la peur du qu'en-dira-t-on. Pas plus dans l'accusation que dans la réparation, les principes n'y ont été pour quelque chose: le qu'en-dira-t-on, vous dis-je! Et qu'en dira-t-on justement? Eh bien que l'accusation était fondée, pour les uns, qui y ont vu la "tare québécoise" confirmée - ce qui a fait le tour du monde - ; que la réparation n'a pas été faite, pour les autres, qui y voient "l'impuissance québécoise" confirmée - ce qui a fait le tour du Québec. Doublement négatif. Tout ça, pour un coup de gueule qui ne méritait pas qu'on "fouette un chat", tout ça, pour une montée de lait au sommet de l'État. Comme les deux tours du WTC, la réputation internationale du Québec et la confiance des citoyens se sont effondrées... sous les attentats du "politically correct" - véritable terrorisme ambiant -, dévastateur de la culture politique péquiste.

Le renouvellement annoncé

Au Medley, ce midi, il y aura une grande démonstration de la vitalité du mouvement souverainiste québécois. Souhaitons la réussite de cet événement. Mais ne soyons pas naïfs. La souveraineté est plus populaire que le PQ. Il y a donc une côte à remonter. Ou plutôt un grand nettoyage à faire: dans le personnel politique et dans le projet péquiste. Le renouvellement annoncé commence là!

Dans le premier cas, souhaitons seulement que les "fatigués, les usés et les désillusionnés" quittent pour de bon. Ils ont fait leur part et leur chemin n'a pas été facile, convenons-en. Mais, aujourd'hui, le meilleur service qu'ils pourraient rendre à la Nation et au parti, c'est de... partir. Cela permettra de renouveler l'équipe péquiste qui en a bien besoin...

Dans le second cas, mis à part les "affaires": la "modernité" du trait-d'union, on y revient depuis la fondation, est problématique. Voulons-nous un Québec souverain dans un Canada-de-la-péréquation ? Il y a des limites à l'improvisation ! Clairement, ce projet a besoin de... clarification. Pas s'entourloupettes.

Une suggestion simple et, me semble-t-il, constructive: pourquoi ne pas proposer la souveraineté, déclarée après un OUI gagnant, suivie d'une période de cinq ans avant la conclusion de toute négociation d'association éventuelle avec le Canada? Cinq ans pendant lesquels les suites référendaires appréhendées pourraient se tasser et faire place au calcul bien ordonné de nos intérêts nationaux. Ce délai inscrirait dans le temps la distinction entre "le nécessaire et le souhaitable", évitant ainsi les troublantes distorsions référendaires promises par le C-20 canadian, et éviterait les troublantes distorsions intellectuelles auxquelles se sont livrés les acteurs politiques de tous côtés. Surtout, la clarification des choses dans le temps rendrait évidente la simplicité du but poursuivi et rendrait enfin possible une adhésion renouvelée et confiante des militants et des citoyens qui souhaitent sortir - mais sortir vraiment - du cirque canadian.

Devant les tribunaux ou devant le peuple ?

Jeunes contrevenants, infrastructures, déséquilibre fiscal, congés parentaux... Péripéties du "fameux duel" entre l'indomptable Québec et l'obstination d'Ottawa. Poursuivrons-nous dans cette culture querelleuse, véritable esquive de l'essentiel, ou en viendrons-nous à une culture de l'essentiel qui se moque d'un adversaire ombrageux?

«Qui sera le maître au Québec ?», telle est l'ultime question. Sera-t-elle tranchée - graduellement - par les tribunaux ou - définitivement - par le peuple ? Espérons que le «renouvellement» annoncé maintiendra la voie de la décision politique - l'appel au peuple - et évitera la dérive "des petits pas", des "référendums en cascades", des "en-attendant-que...", bref des voies secondaires, comme cette envie d'en appeler aux tribunaux, instances qui appliquent les règles du statu quo, tout le contraire du but recherché! Inutile démarche puisqu'au fond des "chicanes administratives" se terre le "conflit politique et historique".


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COMMENTAIRE

J'en suis à croire qu'il faut une sorte de quitte ou double

J'aime votre suggestion qui permet un délai de 5 ans avant de s'embarquer dans n'importe quoi avec le Canada mais encore une fois, comment vous y prendriez-vous pour amener les Québécois à se responsabiliser face à leur destin et enfin se dire OUI?, car il faut l'admettre, s'il faut choisir entre l'indépendance et le statu quo, c'est 40% seulement, comme en 1980. C'est pathétique mais les Québécois ne se sentent pas concernés par l'avenir politique de leur nation. Ils ne voient pas le mal canadian et donc, ils ne voient pas de quelconque nécessité au sujet du statut politique du pays. Votre suggestion ne changerait rien à ce 40%.

Vous avez raison, vous et tous les autres, quand vous dites qu'il faut parler de l'indépendance et cesser de tergiverser avec une éventuelle association, on en parlera après. Je suis tout à fait d'accord. Mais les Québécois se foutent du politique, ils amalgament tout (pensez à C-20 qui est passé comme une loi sur les poteaux de téléphone). Les Québécois sont chloroformés (à ce sujet, le mal est moins la propagande canadian que l'action permanente des médias eux-mêmes, ce qui est plus subtil mais combien plus efficace).

Sans faire de la stratégite aigüe, il faut bien expliquer comment on entend amener les Québécois à s'ouvrir les yeux. Leur parler "vrai" ne changera rien, ils n'entendent rien au politique. Les "éduquer" est un combat perdu d'avance à cause des forces en présence. Ne soyons pas naïfs, ne nous cassons pas la gueule.

J'en suis à croire qu'il faut une sorte de quitte ou double: il faut forcer les Québécois à choisir et non seulement juste refuser. Par exemple, si on avait un peu de courage, le prochain référendum dirait "ou bien on devient indépendant, ou bien on signe la Constitution de 1982 et le PQ se saborde".

Je ne sais pas si cela ferait grimper le OUI à 60% mais je crois que certains libéraux y penseraient sérieusement avant d'entériner 1982. Je comprends que le combat porterait sur la légitimité d'une telle question mais au point où on est rendu, il n'y a plus grand chose à perdre.

Pierre Bouchard, 6.12.01

pierrebouch@fjord-best.com

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