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«« réparation
Le vieux fatigant
Michel David Le Devoir 18.5.2002
Le premier ministre Landry connaît trop bien son ami Yves Michaud pour s'être imaginé que, de guerre lasse, il renoncerait à obtenir réparation du blâme que l'Assemblée nationale a jeté sur lui, le 14 décembre 2000, sans même savoir ce qu'il avait dit.
En février dernier, le conseil national du PQ a adopté à l'unanimité une résolution demandant au gouvernement d'utiliser sa majorité parlementaire pour passer outre aux objections des libéraux et ainsi modifier le règlement de l'Assemblée nationale de manière à ce qu'elle ne puisse dorénavant voter une motion de blâme que dans les cas où on aura porté atteinte aux privilèges ou à l'intégrité de ses membres et que les personnes visées puisent être entendues dans un délai de 48 heures. A ce jour, cette résolution est demeurée lettre morte.
Lors de la réunion hebdomadaire du caucus des députés péquistes, mardi dernier, le député de l'Assomption, Jean-Claude Saint-André, a avisé ses collègues qu'il entendait revenir à la charge en inscrivant au feuilleton de l'Assemblée nationale une motion proposant ladite modification.
M. Saint-André avait été le seul membre de l'Assemblée nationale à refuser de voter la motion de blâme à l'endroit de M. Michaud, préférant quitter le Salon bleu. Depuis, il a toujours regretté de ne pas s'y être carrément opposé.
Sa décision de réactiver le dossier n'a pas suscité un grand enthousiasme au sein du caucus, c'est le moins que l'on puisse dire. La plupart des députés péquistes n'ont aucune envie de revenir sur le sujet: ou bien ils sont toujours d'avis que M. Michaud méritait sa réprimande, ou bien le PQ n'a aucun intérêt à rebrasser cette histoire.
On a réussi à gagner un peu de temps en renvoyant l'affaire devant la commission de l'Assemblée nationale qui, en raison d'un opportun problème d'agenda, ne pourra en être saisie avant deux semaines. Le leader de l'opposition, Pierre Paradis, a déjà indiqué que les représentants libéraux au sein de la commission s'opposeront au projet de modification, de sorte que les députés péquistes vont quand même se retrouver avec cette patate chaude.
Plusieurs seraient certainement très soulagés que la présidente de l'Assemblée nationale, Louise Harel, leur retire cette épine du pied en déclarant irrecevable la motion de M. Saint-André, comme on lui en prête l'intention, sous prétexte que celle-ci va à l'encontre de la tradition voulant que les modifications au règlement nécessitent l'unanimité.
On peut très bien comprendre Mme Harel de vouloir éviter un conflit ouvert avec les libéraux. Elle fait actuellement l'apprentissage d'une fonction qui est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît, et les fins de régime sont déjà bien assez éprouvantes pour la personne qui doit arbitrer les débats parlementaires. Cette prétendue tradition de l'unanimité n'est cependant appuyée par aucune règle écrite. Elle a d'ailleurs souffert plusieurs exceptions par le passé.
Les libéraux joueraient assurément la grande scène de l'indignation mais, au fond, ils ne demanderaient pas mieux que de rouvrir l'affaire Michaud. Ils ne peuvent évidemment pas souscrire à une modification du règlement, qui reconnaîtrait implicitement que l'Assemblée a eu tort de le condamner aussi précipitamment. Cependant, un débat qui se transformerait immanquablement en procès du nationalisme «ethnique» du PQ serait certainement le bienvenu.
Même si Mme Harel jugeait recevable la motion de M. Saint-André, rien n'oblige le leader parlementaire du gouvernement, André Boisclair, à la mettre aux voix. Ce ne serait pas la première motion à mourir au feuilleton. A quelques semaines de l'ajournement des travaux parlementaires, il est douteux que M. Boisclair prenne le risque de donner aux libéraux une aussi belle occasion de perturber son programme législatif en lançant un débat aussi hasardeux.
Le dernier recours dont disposera M. Michaud sera alors de s'adresser aux tribunaux pour faire annuler la motion de blâme adoptée par l'Assemblée nationale, mais ses chances d'avoir gain de cause paraissent bien minces. Si la Cour du Québec l'a débouté dans sa poursuite pour diffamation contre un professeur de McGill, Marc Angenot, qui lui reprochait ses propos «antisémites», il serait pour le moins étonnant qu'un tribunal condamne l'Assemblée nationale pour les avoir qualifiés d'«inacceptables.
M. Landry devra cependant expliquer aux militants péquistes pourquoi son gouvernement a encore une fois choisi de procrastiner plutôt que de régler la question une fois pour toutes, comme l'y enjoignait le conseil national.
Hier, M. Michaud a expédié à tous les députés péquistes un courriel qui avait des allures de menace: «Toute manoeuvre, tergiversation, délai, report, prétexte de conflit d'agenda, sera interprété par les militants et une partie non négligeable de l'opinion publique comme un manquement à la parole donnée.» Un article du Devoir faisant état de la «valse-hésitation» à laquelle on se livre actuellement à Québec y était annexé.
La cause de M. Michaud ne trouve pas une grande sympathie dans la population. Il peut cependant compter sur de nombreux appuis au sein du PQ, y compris parmi les jeunes. On peut le trouver vieux jeu, mais au moment où plusieurs se demandent où va leur parti, il apparaît comme un exemple de détermination et de fidélité à son idéal. En le traitant comme un vieux fatigant dont on ne sait plus comment se débarrasser, on leur envoie un très mauvais message.
Au moment de sa démission, Lucien Bouchard avait dit être renversé de voir des membres éminents de l'intelligentsia québécoise, que personne ne pouvait soupçonner d'intolérance, prendre sa défense. Leur intervention n'était pas un appui à la personne d'Yves Michaud, encore moins aux déclarations qui ont déclenché toute l'affaire, mais à une certaine conception de la vie dans une société démocratique.
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