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«« PAROLES D’UN HOMME LIBRE
PAROLES D’UN HOMME LIBREYves MICHAUD
VLB Éditeur, Montréal, 2000.
Une lecture fortement recommandée à ceux qui voudraient approfondir les raisons de l’attaque injustifiée de la plupart des membres de l’Assemblée Nationale contre Yves Michaud en décembre 2000. On se souviendra que cet homme de parole, patriote et humaniste voulait l’investiture comme candidat du Parti Québécois à une élection partielle et qu’il dérangeait certains notables… - Jean-Luc Dion
EXTRAITS
INTRODUCTION
Par Jean-Marc LÉGER
La patrie est une idée neuve aujourd’hui parce qu’elle se situe à la rencontre de l’histoire et de l’avenir, qu’elle est à la fois un territoire, un héritage et un projet, qu’elle représente la véritable chance de l’universalisme: elle est dialogue de cultures et synthèse toujours réinventée des identités.
Voilà le sens et le propos du présent ouvrage, nécessaire et singulier, bilan et projet, invite à la réflexion et provocation à l’action. Il suscite tour à tour élan créateur et colère tonifiante, celle-ci contre les sorciers d’un fédéralisme caricatural et contre les modernes vendeurs du temple, celui-là, pour l’édification d’une société québécoise libre, juste et fraternelle, ouverte et sensible aux mouvements du monde. L’époque à la fois tumultueuse, difficile et exaltante que nous vivons, le caractère vertigineux des mutations dans tous les ordres, sont porteurs de redoutables périls comme de multiples atouts: savoir saisir ceux-ci et conjurer ceux-là tant pour notre propre patrie que pour les autres, voilà ce que nous proposent et à quoi nous invitent ces Paroles d’un homme libre.
Cet ouvrage est à fois témoignage et interrogation, procès de la duplicité et de la domination sous toutes leurs formes, appel à la mobilisation pour la sauvegarde de l’essentiel: l’identité des peuples, la dignité des hommes, individuelle et collective, et dès lors le salut des cultures et des langues, toutes aujourd’hui pareillement menacées par une nouvelle hégémonie à travers la diffusion multiforme d’un seul modèle socioculturel. Nous sommes entrés dans le temps de la nouvelle tyrannie du « politiquement correct », dont trop de médias se font les artisans, voire les complices, avec l’appauvrissement des langues, l’usure de vocables galvaudés jusqu’à la caricature, comme le mot « mondialisation » dévoyé dans une dramatique uniformisation qui est l’exact contraire de l’universalisme.
C’est un combat permanent pour quelques causes fondamentales auxquelles il a consacré l’essentiel de sa vie pendant un demi-siècle que Yves Michaud poursuit aujourd’hui avec ce livre. Ces causes sont les unes de portée universelle, les autres d’ordre national, certaines rejoignant les deux ordres de préoccupations.
Que l’auteur ait servi ou illustré ces causes depuis le début des années 1950, voilà qui n’enlève rien à leur actualité (on serait tenté dans certains cas de dire hélas!), tant le contexte en modifie les données et l’incidence, la portée voire l’acuité, tant l’auteur sait renouveler son approche et s’accorder à la sensibilité de notre temps. C’est tout ensemble l’expression de la persévérance et de la fidélité d’une part, de l’invention et de l’innovation de l’autre.
Ses grands combats par la parole et par la plume (si l’on peut encore utiliser ce dernier mot à l’époque de l’ordinateur!) ont été menés et se poursuivent dans les grands domaines de la politique, entendue au sens le plus large et le plus généreux, de la culture et principalement de la langue française, de l’économie perçue d’abord comme facteur et expression de l’évolution de la société. D’où les trois parties du livre: politique, culture et langue, économie et société.
Dans le souci de proposer à ses concitoyens sa vision des atouts et des périls de notre société et sa propre conception de la hiérarchie des urgences, Yves Michaud a choisi une trentaine de ses meilleurs textes les plus significatifs et les plus porteurs des cinq dernières années. Billets, chroniques, commentaires et déclarations, il s’agit de textes tous rédigés entre les années 1995 et 2000, dont quelques-uns ont été publiés dans divers quotidiens et revues, mais dont la plupart sont inédits. Rassemblés, ils forment une sorte de commentaire ardent, vif et coloré, de notre évolution la plus récente et de nos interrogations les plus constantes.
À travers les diverses étapes et les avatars successifs de sa carrière multiforme, il est aisé de dégager trois dominantes qui ont été autant de sources d’inspiration et de motifs d’engagement: le sens de la patrie québécoise avec la volonté acharnée de son émancipation; l’attachement à la langue française qui est aussi une patrie et la défense tant de son statut que de sa qualité; le souci du respect de la dignité humaine, d’où la recherche exigeante de la justice sociale, de la protection des catégories les plus modestes et de l’intégrité des mandataires publics.
On observera à la lecture de ces textes que les principes majeurs de la pensée et de l’action de Yves Michaud peuvent se résumer en deux vocables: identité (entendue dans son acception culturelle et sociale la plus large) et liberté (dans sa dimension collective autant qu individuelle, dans sa dimension philosophique autant que sociopolitique). Or il tombe sous le sens que ces deux mots résument l’essentiel des défis auxquels sont confrontés, certes sous des formes et à des degrés divers selon les pays, tous les hommes de notre temps et toutes les sociétés également. C’est pourquoi plusieurs des textes de ce livre ont une résonance universelle: on juge ou plutôt on mesure l’authenticité et la générosité d’un nationalisme à l’aune de son potentiel d’internationalisme (Jaurès et Barrès ici se rejoignent comme, plus près de nous, Fernand Dumont et Jacques Ferron).
Trop souvent victimes, fût-ce à notre insu, des mots et des modes, fascinés par une actualité aussi bruyante que fugace, nous en arrivons à oublier l’essentiel ou à le mettre entre parenthèses. Un livre comme celui-ci a d’abord le mérite, justement, de nous ramener à l’essentiel, parfois et fort heureusement de rude et tonifiante façon. On pense à ce propos de Paul Valéry: «L’événement n est que l’écume des choses: ce qui m’intéresse, c’est la mer.
Yves Michaud, tout au long de cet ouvrage, célèbre des causes et développe des thèmes qu’il ne s’est pas borné à exposer et à approfondir mais qu’il a servis concrètement. Il a payé de sa personne, il n’a pas hésité à se « salir les mains »: l’action politique, le journalisme de combat, la haute fonction publique, la défense des humbles et la voix des hommes sans voix. Il a analysé, exposé, défendu tour à tour et parfois simultanément dans le cadre national et sur le plan international, des idées et des causes qui lui paraissaient résumer les périls ou les risques de dérive de l’époque et porter les espoirs des hommes de notre temps. Il a mis constamment ses thèses et ses convictions à l’épreuve du réel: il n’y a jamais eu chez lui de solution de continuité entre la pensée et l’action.
Je souhaite que ce livre généreux et stimulant serve à l’édification et au bonheur de ses lecteurs, mais surtout qu’il soit une puissante et durable incitation à l’action, car c’est en définitive sa justification et le sens que l’auteur a voulu y donner.
Jean-Marc LÉGER
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LE CONGRÈS DE 1996
Pages 21 - 23
Il paraît, disent les augures et les commentateurs de notre vie politique, que la terre va trembler dans la Vieille Capitale à l’occasion du congrès du Parti Québécois de mai 1996. La ville de Québec enregistrera des secousses telluriques à l’échelle Richter pires que l’éruption du Vésuve à Pompéi ou du Popocatépetl. Les militants vont s’enguirlander sur la place publique, les uns déchirant leur chemise, les autres protégeant leurs arrières, bref, il y aura de la casse.
Pendant les 730 jours qui séparent les congrès biennaux, ce sont les députés, les ministres, le premier ministre qui occupent le fronton de la place publique. Il n’y a pas matière à scandale, ce me semble, qu’à tous les deux ans, les travailleurs de l’ombre, qui font du bénévolat et du rase-mottes dans leurs circonscriptions à longueur d’année, s’expriment haut et clair sur les orientations d’un gouvernement issu de leur parti.
Le Parti Québécois a trois raisons d’être: la souveraineté, la langue, la social-démocratie. C’est un monde de différences avec le Parti libéral du Québec. Mais pour administrer une « province », amputée de la moitié des pouvoirs d’un État normal, c’est-à-dire l’équivalent d’une grosse municipalité, la qualité des gestionnaires fait toute la différence. Raymond Garneau a commencé à endetter le Québec jusqu’au cou avant de présider à l’une des plus grandes hémorragies financières du dernier siècle, tandis que Bernard Landry s’en tire fort honorablement. Le constat est valable, mais il est à la marge de notre grand débat de société.
Sur la souveraineté, la langue, la social-démocratie, lointaines préoccupations du Parti libéral du Québec, il y aura des débats virils et je m’en réjouis. Une société démocratique de qualité et digne de ce nom se nourrit de discussions, d’échanges parfois musclés, de contradictions et d’affrontements. Le Ciel ne nous tombera pas sur la tête parce que les militants du Parti Québécois demanderont des comptes à ceux et celles qu’ils ont contribué à faire élire. J’oserais dire que s’ils ne le faisaient pas, que s’ils se comportaient comme des choristes chantant sur le même ton des hymnes à la gloire du gouvernement, il vaudrait mieux qu’ils bouclent leurs valises et qu’ils rentrent dans leurs terres.
Le rôle d’un parti politique est de formuler un programme de gouvernement, de définir ses grandes orientations dans l’ensemble des secteurs de la vie publique, et d’agir comme chien de garde ou garde-fou, choisissez l’expression qui vous convient, à l’égard de ceux et celles qui sont appelés par la souveraineté populaire aux affaires de l’État.
Il est, paraît-il, des députés, des membres du gouvernement et des apparatchiks du Parti Québécois qui entrent en transes à l’approche des congrès. Leurs états d’âme, si tant est qu’ils en aient, me laissent de marbre. Les militants ont la parole. La marmite bouillonne à propos de la loi 86, de l’échéancier de la souveraineté et de l’état de la démocratie sociale. Il est temps de soulever le couvercle. Il n’appartient pas aux membres du gouvernement d’invoquer des arguments d’autorité et de dicter des lignes de conduite aux militants. C’est plutôt le contraire qui devrait se produire. Les militants ont droit à la parole, dans le meilleur des cas, quarante-huit heures à tous les deux ans. C’est la seule occasion qu’ils ont de s’exprimer. Écoutons-les sagement et la démocratie s’en trouvera mieux servie.
( À suivre )
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Numérisé par Jean-Luc Dion
28 juillet 2002
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