«Journée nationale des Patriotes»

DES PATRIOTES ETHNOCENTRIQUES ?

Christian Gagnon
Président régional
Parti Québécois de Montréal-Centre

TRIBUNE LIBRE mercredi 27 novembre 2002




Il finit par être lassant d’entendre le président d’Alliance Québec, Brent Tyler, qualifier d’ethnocentrique à peu près tous les aspects de la société québécoise que ses fonctions et d’avocat et de porte-parole du groupe de pression anglophone l’amènent à commenter publiquement. De sa bouche, le mouvement souverainiste, mais surtout la Charte de la langue française ont si souvent fait l’objet d’une telle épithète qu’on n’y porte à peu près plus attention. Mais voilà que le remplacement de la Fête de Dollard par la "Journée nationale des Patriotes", annoncé dimanche par le premier ministre Bernard Landry, a donné à M. Tyler l’occasion de décrire la chose comme un «appel à l'aspect ethnocentrique de notre histoire». Si tel était le cas, que devrait-on penser de l’œuvre des frères Robert et Wolfred Nelson, chefs de file du mouvement patriote, nés à Montréal de parents loyalistes, et dont Louis-Joseph Papineau eut tant de mal à contenir la propension au recours aux armes.

Élu député à l’Assemblée législative du Bas-Canada, Wolfred Nelson a tôt fait de réaliser à quel point ce Parlement n’avait aucun véritable pouvoir. Tout honnête homme, écrivit-il, doit chérir «la justice et la liberté». Celui qui à la fin de sa vie fut le premier maire de Montréal élu au suffrage universel aura été l’un des chefs patriotes les plus déterminés, tant au Parlement que lors des Rébellions.

Quant à son frère Robert, décidé à poursuivre le combat armé, il revint brièvement d’exil aux États-Unis, en février 1838, pour se proclamer président de la République du Bas-Canada. Sa déclaration d’indépendance proposait des idées très avancées pour l'époque, comme la pleine reconnaissance du français en tant que langue officielle et l’établissement de droits égaux pour les autochtones.

Il y a tout juste un an, l’unanimité nécessaire à l’attribution d’une citoyenneté canadienne honorifique à Nelson Mandela a été brisée lorsqu’en pleine Chambre des Communes, le député allianciste Rob Anders a soutenu que l’ex-président de l’Afrique du Sud, prix Nobel de la paix ayant mené le peuple sud-africain à la liberté contre le système vraiment ethnocentrique de l'apartheid, devait être considéré comme un «terroriste». Si Brent Tyler et Alliance Québec pensent la même chose des frères Nelson, qu’ils le disent clairement. Sinon, souhaitons qu’en mai prochain, l’ensemble des Québécois d’expression anglaise se joindront à leurs compatriotes francophones pour commémorer la lutte de Robert et Wolfred Nelson et de leurs compagnons de toutes origines dans la lutte pour la démocratie et le respect des droits des peuples.