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La santé de la nation

La Commission Romanow s'inscrit dans le nation building canadian.

Robert Laplante
L'Action nationale - 9.4.01


Les Canadiens tiennent à leur système de santé. Il leur sert, bien sûr, à se faire soigner et à garantir une certaine justice sociale. Il leur sert aussi, et c'est tout aussi bon pour leur santé, de référent identitaire. Le Canada n'est pas comme les États-Unis, il a son medicare.

Jean Chrétien aime le Canada. Et il aime ses amis. Conclusion : une commission d'enquête présidée par un ami fiable, le tout pour s'occuper de la santé au Canada. Peu importe que la chose soit de compétence provinciale. Peu importe qu'Ottawa n'y mette presque plus d'argent et qu'il se serve de celui qu'il verse pour exercer le chantage aux normes nationales.

À peine trois ans après le dépôt du rapport du Forum national sur la santé qui avait servi à planter le décor pour la consécration de l'Union sociale canadienne, Ottawa lance une autre offensive pour tenter de faire croire qu'il existe un système de santé au Canada. Pendant au moins dix-huit mois et avec un pactole de départ de 15 millions de dollars, Roy Romanow, un grand ami du Québec et fervent partisan du piétinement de la constitution qu'il a pourtant lui-même contribué à lui imposer, va s'activer à faire la démonstration de l'attachement des Canadiens aux valeurs canadiennes. Il va convier le bon peuple et les experts à des exercices de modernisation d'une chimère, c'est-à-dire d'un système qui n'est unifié que par la seule usurpation fédérale.

Le système canadien de santé est une figure de propagande. L'opération Romanow vise d'abord et avant tout à implanter cette figure dans les mentalités. Cette commission n'étudiera les problèmes d'organisation et de livraison des soins de santé que pour mieux plaquer sur eux un cadre qui facilitera le travail de persuasion en vue de paver la voie - royale, il va s'en dire - à une centralisation "nationale". C'est faire fausse route que de situer d'abord le mandat de cette commission dans le champ de la santé.

La Commission Romanow s'inscrit dans le nation building canadian. Le domaine de la santé lui fournit à la fois un prétexte et un matériau stratégique pour raffermir l'emprise du gouvernement central en renforçant la valeur de la santé dans le champ identitaire. Le gouvernement du Québec et les acteurs du domaine de la santé d'ici auront beau s'échiner à répéter que nos choix sont faits, que le rapport Clair a dégagé suffisamment de consensus pour qu'on aille de l'avant, la Commission Romanow va malgré tout sévir au Québec.

Car ce qu'elle va venir y chercher, ce n'est pas tant des réponses ou des suggestions qu'un consentement. Consentement aux valeurs canadian, consentement à un compromis "raisonnable" se dégageant des audiences tenues partout au Canada qui auront mis en lumière une claire volonté de souscrire à des "normes nationales" pour assurer des services équitables pour tous les Canadiens. Bref, consentement à un cadre d'interprétation, celui du compromis majoritaire renforçant la logique d'un État unitaire incarnant les valeurs de la nation.

La démarche de la Commission Romanow est déjà toute tracée : prendre appui sur des témoignages recueillis dans des audiences tenues au Québec pour faire la démonstration que les prétentions juridiques et fiscales du gouvernement du Québec sont bien loin des préoccupations des citoyens qui veulent du concret, des services qui marchent et qui en ont assez de voir passer ces chicanes à l'avant-plan. Il y a fort à parier que la Commission disposera de budgets fort juteux pour aider les groupes à préparer leur comparution (des guides de réflexion, kits pré-formatés pour la présentation de mémoires, etc.).

Ottawa ne recule devant rien pour s'occuper de la santé de la nation.