«« SANTÉ - fédéral-provincial

La vérité de François Legault

Michel Venne
LE DEVOIR lundi 25 novembre 2002


Chronique - Il faut donner à François Legault ce qui lui revient: en matière de dépenses publiques, il préfère la vérité au louvoiement.

En janvier 2000, quelques jours avant la tenue du Sommet du Québec et de la jeunesse, il avait étalé quelques chiffres et dit aux étudiants à qui il s'adressait : «réveillez-vous !». Si ça continue, expliquait-il, toutes les marges de manoeuvre du gouvernement du Québec seront englouties dans le système de santé. Il ne restera rien pour l'éducation et, en plus, c'est vous, les jeunes d'aujourd'hui, qui allez payer plus tard, lorsque les baby-boomers atteindront l'âge de la retraite, la facture salée de l'assurance-maladie.

Il avait résumé sa pensée un peu plus tard en des termes étonnants dans la bouche d'un ministre de l'Éducation : «vous allez vous faire fourrer !».

Depuis qu'il est titulaire du ministère de la Santé, M. Legault soigne un peu plus son vocabulaire, mais il continue de nous placer devant des choix pourtant évidents, mais que peu d'hommes et de femmes politiques osent formuler avec franchise.

Pour se donner le système de santé que l'on veut, a-t-il exposé la semaine dernière, il faut ajouter encore 1,8 milliard de dollars et indexer par la suite le budget total dévolu aux soins de santé de 5,2 % par année. Québec dépensera cette année près de 17 milliards de dollars pour ce secteur.

C'est simple, c'est clair et c'est vrai.

La hausse des coûts de santé n'est pas un phénomène nouveau. Entre 1985 et 1991, les dépenses publiques de santé ont crû au Québec de 47 %. La hausse a été ralentie entre 1991 et 2000 pour atteindre tout de même 28 %. Au cours de cette dernière période, le système est parvenu, tout en soignant plus de gens, à réduire ses coûts. Les compressions ont parfois été douloureuses.

Depuis l'an 2000, la dynamique à la hausse des besoins et des coûts a toutefois repris ses droits. Et le pire est à venir à cause du vieillissement de la population, mais surtout à cause des progrès technologiques. Des experts estiment que les seuls changements démographiques feront augmenter le coût des soins de santé de 50 % d'ici 25 ans. Ce sont toutefois les progrès de la technologie qui exerceront le plus de pression sur le système. Les nouveaux médicaments font des prodiges et de nouvelles techniques permettent de soigner plus de gens et de les maintenir en vie et en forme plus longtemps. Les Québécois n'ont aucune raison de se priver de ces progrès.

La hausse des coûts de la santé est inévitable. Pour y faire face, il faudra se résoudre à payer davantage. La question sous-jacente est la suivante : comment va-t-on se répartir cette facture ?

Les Québécois, on le sait, sont disposés à payer davantage pour les soins de santé. Selon un sondage mené pour la Commission Clair, 54 % des Québécois sont même d'accord pour que l'on exige une contribution de l'usager lorsqu'il se présente dans un établissement. Deux Québécois sur trois se disent prêts à payer de leur poche pour obtenir rapidement une intervention chirurgicale urgente, selon une enquête faite pour le ministère de la Santé en 2000.

Si le système public ne parvient pas à répondre à cette demande, des systèmes privés parallèles vont continuer à se développer. Évidemment, seuls les plus fortunés pourront y recourir et l'élargissement d'un secteur privé va nuire au système public en attirant chez lui médecins, infirmières et la contribution des riches.

Puisque les dépenses de santé sont condamnées à augmenter, puisque les Québécois sont prêts à mettre plus d'argent pour se faire soigner, la solution apparaît d'elle-même : il faut canaliser vers le système public les sommes que les gens sont prêts à consentir au lieu de laisser des compagnies d'assurance ou des cliniques privées empocher le pactole pendant que le système public s'étiole.

Les contribuables vont accepter de payer davantage seulement s'ils ont la certitude que les ponctions supplémentaires serviront en effet à améliorer l'accès aux soins. C'est pourquoi la solution réside dans l'établissement d'un financement séparé pour la santé, en transformant en une contribution à une caisse-santé une partie des taxes et des impôts que nous payons présentement et en augmentant cette contribution, de façon transparente, d'une année à l'autre, en fonction des besoins.

D'aucuns rejettent cette option en prétextant que le système de santé risque de devenir un puits sans fond. Ils supposent qu'un système public est toujours moins bien géré qu'un système privé. Or le système québécois a prouvé, dans les années 1990, qu'il était capable de restreindre ses dépenses tout en prodiguant plus de soins.

Le système américain est privatisé. Or il coûte 40 % plus cher que le système canadien et laisse sur le carreau plus de 50 millions d'Américains non assurés.

À droite, on évoque l'hydre bureaucratique pour condamner le système public. Or la bureaucratie existe également dans le système privé où elle est généralement plus tatillonne. Pensez seulement aux exigences de votre compagnie d'assurance pour le renouvellement de votre assurance-vie.

Enfin, le système public a une qualité que le système privé n'aura jamais : il fait l'objet d'un contrôle démocratique. Sa gestion est transparente et fait l'objet de débats publics. Dans un système privé, la clinique ou l'assureur décide seul, en fonction des marges de profit souhaitables, qui est assurable, qui ne l'est pas et à quel prix.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca