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«« SANTÉ - fédéral-provincial
Statisticiens demandés
André Pratte
LA PRESSE Le mercredi 29 janvier 2003
Éditorial - À la proposition d'Ottawa de publier un rapport national annuel sur la qualité des soins de santé, le premier ministre Bernard Landry a répondu la semaine dernière: «Il nous faut des orthopédistes, pas des statisticiens.» M. Landry a raison, l'argent doit aller en priorité aux services aux malades.
Toutefois, il faut aussi savoir si cet argent est bien géré. Or, les données rendues disponibles jusqu'à maintenant ne permettent pas de conclure à cet égard. Comme on s'apprête à y injecter des milliards additionnels, le temps est venu de mesurer de façon beaucoup plus serrée et publique l'efficacité du système de santé. Priorité aux orthopédistes, bien sûr. Mais il faut AUSSI des statisticiens.
Le gouvernement fédéral rêve d'un rapport national qui permettrait de comparer la performance des différents réseaux provinciaux. Il suggère une série d'indicateurs dont la pertinence est incontestable: le pourcentage de médecins acceptant de nouveaux patients, le pourcentage de la population ayant accès 24 heures par jour et sept jours par semaine à un fournisseur de soins primaires, les différents temps d'attente, etc.
On comprend les gouvernements provinciaux de se braquer lorsque leur très gaspilleur homologue fédéral prétend leur donner des leçons de saine gestion. «Nous sommes imputables envers nos électeurs, pas envers Ottawa», rétorquent-ils en choeur. Sauf que les provinces sont encore très loin de publier les statistiques qui permettraient aux citoyens de comprendre où et comment est dépensé leur argent.
Dans les rapports distincts qu'ils ont publiés l'automne dernier, les ministres provinciaux ont empilé des chiffres illustrant l'état de santé de leur population. Par contre, on trouve dans ces rapports très peu de renseignements sur la gestion du système de santé. Il est intéressant d'apprendre que de plus en plus de patients reçoivent des soins à domicile. Mais il est plus pertinent encore de comparer cette évolution avec celle des sommes dépensées dans ce domaine. Et de voir comment ces données se comparent avec celles des autres provinces.
Si les politiciens provinciaux ne veulent pas se faire dicter l'imputabilité par Ottawa, ils doivent prendre ce taureau-là par les cornes. Pour sa part, le gouvernement Landry s'apprête à proposer la création d'une caisse-santé, par où transiteraient toutes les sommes destinées à financer la santé. L'idée est intéressante. Mais à lui seul, le concept d'une caisse-santé ne garantit pas la transparence. Il peut même servir de trompe-l'oeil. Tout dépendra des modalités de reddition de compte.
Autre approche séduisante: le Parti libéral veut créer le poste de Commissaire général de la santé, qui agirait un peu comme un vérificateur spécialisé. Ce fonctionnaire de l'Assemblée nationale deviendrait une rare source neutre d'information sur l'efficacité du système de santé.
On peut évoquer du même souffle l'idée mise de l'avant par l'Institut canadien des actuaires, qui suggère la création d'un Bureau de l'actuaire de l'assurance-maladie. Ce bureau s'intéresserait particulièrement à la viabilité financière à long terme du régime public, un domaine où les statistiques sont aussi rares qu'essentielles.
Les gouvernements canadiens dépenseront cette année plus de 80 milliards dans le domaine de la santé. Les citoyens ont le droit de savoir s'ils en ont pour leur argent.
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