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Le kirpan
Paule
des Rivières
LeDevoir 26.2.2002
Un élève sikh de 12 ans fréquentant une école de LaSalle insiste pour porter son kirpan, un couteau de 20 centimètres qui a valeur de symbole religieux. Mais la direction de l'école considère l'objet comme une arme et a interdit au jeune de le porter. La famille, soutenue par les autorités du temple sikh de LaSalle et par l'avocat Julius Grey, conteste cette décision. Il n'est pas facile de tirer la ligne entre la liberté de pratiquer sa religion et le respect de règlements visant à protéger la collectivité.
En refusant à l'unanimité d'accepter le port du kirpan, le conseil d'établissement de l'école Sainte-Catherine-Labouré est allé à l'encontre de la résolution de sa commission scolaire, qui avait précédemment permis le port du kirpan pourvu qu'il soit enveloppé dans un étui sécuritaire. L'avocat de la famille a obtenu que les commissaires débattent à nouveau du litige le mois prochain, mais, d'ici là, il se sera écoulé plusieurs semaines et l'enfant, qui refuse d'aller à l'école sans son kirpan, aura passé de longues journées à la maison. Heureusement, une aide
enseignante s'y rend quotidiennement pour lui éviter de prendre du retard.
L'élève au coeur de la tempête n'est pas le seul enfant sikh à cette école. Les autres ont
accepté de remplacer le kirpan par un pendentif symbolique. Mais, tôt ou tard, il était inévitable qu'une famille plus stricte insiste pour porter le kirpan.
L'enfant et sa famille rappellent que la Charte canadienne garantit la liberté de religion. Ce droit contribue d'ailleurs à faire du Québec et du Canada des endroits reconnus pour leur tolérance. D'un autre côté, on peut affirmer que la violence à l'école est une source de préoccupation très légitime. Interdire le port d'armes blanches, à l'école ou ailleurs, est non seulement compréhensible mais indispensable.
Cette affaire pourrait se retrouver devant les tribunaux. Ce ne serait pas la première fois que la cour trancherait dans des cas similaires. Le Tribunal canadien des droits de la personne a déclaré, en 1991, que l'interdiction faite à un sikh de porter un kirpan à bord d'un avion constituait une limite raisonnable à sa liberté de religion. De même, la Cour d'appel a déjà déclaré, en 1986, qu'un individu n'est pas autorisé à entrer dans une salle d'audience avec un kirpan.
À la lumière de ces verdicts, qui sont largement acceptés, on peut avancer que l'interdiction de porter le kirpan à l'école constitue une limite raisonnable à la liberté religieuse. Cela dit, il est important que ce message ne soit pas perçu comme un durcissement de la société québécoise à l'égard des minorités. Il est plus impérieux que jamais de manifester un esprit d'ouverture et de tolérance et de recourir, chaque fois que cela est possible, comme ce fut le cas pour le port du hijab, à des accommodements. Mais, dans le cas présent, ne serait-il pas souhaitable que les pratiquants sikhs consentent eux-mêmes à des accommodements s'inscrivant dans les valeurs largement acceptées dans la société?
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