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«« intégration
Pas racistes les ados, mais...
Silvia Galipeau
La Presse Le lundi 18 mars 2002
Racistes, les adolescents québécois? Au premier abord, pas du tout. Que le voisin soit blanc, jaune, ou noir, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. En cette Semaine d'actions contre le racisme, dont le coup d'envoi est donné aujourd'hui, c'est là une bonne nouvelle.
La face cachée du racisme
La mauvaise, c'est que si les filles s'affichent dans leur quasi-totalité comme tolérantes, les garçons, eux, continuent de traîner la patte loin derrière. Et des deux côtés, même si on applaudit bien fort la différence, tout bas, on avoue préférer l'homogénéité. En un mot: bienvenue chez nous, mais assimilez-vous.
C'est ce qui ressort d'une vaste enquête dont La Presse a obtenue copie, dirigée par deux professeurs des départements d'histoire et de science politique de l'Université de Sherbrooke, Pierre Binette et Jean-Herman Guay, réalisée à titre de suivi de la Conférence mondiale contre le racisme.
À la demande des Nations unies, telle qu'exprimée à Durban en septembre dernier, les deux professeurs se sont engagés à interroger pas moins de 25000 jeunes de 12 à 15 ans provenant de 33 pays des quatre coins de la planète, en leur faisant parvenir un questionnaire par le biais de leurs milieux scolaires. Au Québec, ce sont 5000 adolescents de toute la province qui ont été interrogés.
Première étude du genre et, surtout, de cette envergure, l'enquête a pour objectif de dégager diverses «tendances lourdes» chez les jeunes, quand il s'agit de parler de racisme. Résultat? «Cela nous permet de voir un peu mieux à quoi va ressembler la société dans vingt ans», explique Jean-Herman Guay.
Si l'analyse des données est quasi complétée pour le Québec, il reste encore une bonne année de travail pour le reste du monde. Nous vous en présenterons les premières grandes lignes samedi prochain. Alors, nos adolescents sont-ils tolérants? On dirait. Interrogés à savoir s'ils accepteraient dans leur famille, comme ami, comme voisin, dans la classe ou dans le pays une personne d'une autre couleur de peau, d'une autre religion ou d'une autre langue maternelle, 87% des jeunes répondent par l'affirmative, seuls 13% se montrant plus réticents.
Très ouverts à voir des étrangers entrer au pays (à près de 90%), ils sont un peu moins chauds à l'idée de voir un membre de leur famille se marier avec quelqu'un venu d'ailleurs. C'est encore et toujours la question de la religion qui semble poser le plus de problèmes, seuls 67% des jeunes interrogés se disant ouverts à l'idée de voir un proche s'unir à quelqu'un d'une autre religion que la leur.
Malgré ces petites réticences, à une très forte majorité, les jeunes interrogés semblent tout de même franchement tolérants. C'est que, «au départ, tout le monde est pour la vertu», souligne Jean-Herman Guay. Pour déceler l'intolérance qui sommeille en eux, il faut gratter davantage, ajoute-t-il.
En analysant à la loupe les résultats, les chercheurs ont décelé une première tendance lourde: les jeunes filles sont plus ouvertes que les garçons, et ce, quelle que soit la question posée ou le niveau de tolérance analysé (la couleur de la peau, la langue ou la religion). Ainsi, 93% des jeunes filles se classent comme tolérantes, contre 82% des garçons, une différence considérée comme «statistiquement significative» par les chercheurs.
Par ailleurs, si les jeunes interrogés font preuve d'ouverture à la différence, cette ouverture n'est pas inconditionnelle. Oui à l'intégration, mais pas à n'importe quel prix. Il faut vivre comme nous, ajoutent le quart des jeunes interrogés.
Les auteurs qualifient cette attitude de «tendance assimilatrice», à savoir le «souhait de voir les autres adopter nos valeurs et notre mode de vie». Ainsi, 25% des répondants ont acquiescé à l'affirmation: «Les gens d'une autre couleur de peau, d'une autre religion ou d'une autre langue maternelle devraient s'ajuster à ma façon de vivre.» Pas ouvertement racistes pour autant, le tiers des jeunes appartenant à cette «tendance» avouent néanmoins trouver les blagues racistes drôles.
Plusieurs jeunes interrogés ont également révélé leur préférence pour l'homogénéité: 11% préféreraient fréquenter une école à la composition raciale et ethnique plus homogène. Conséquence: 45% des jeunes en faveur d'une école moins diversifiée admettent avoir déjà fait preuve d'injustice à l'égard de quelqu'un d'une autre couleur de peau, d'une autre religion ou d'une autre langue maternelle. Au total, pour l'ensemble des jeunes interrogés, 23% avouent aussi avoir déjà été injustes envers quelqu'un pour l'une de ces trois raisons. Pas racistes, mais...
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