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Le raciste : une espèce en voie d'extinction
Claudette Samson
Le Soleil Le lundi 18 mars 2002
Les adolescents québécois font très majoritairement preuve d'ouverture envers les personnes d'une autre couleur de peau, d'une autre religion ou d'une autre langue maternelle que la leur. Le véritable racisme est exceptionnel chez la génération montante, qui semble avoir bien intégré les valeurs de tolérance.
Une étude réalisée par des professeurs du département d'histoire et de sciences politiques de l'Université de Sherbrooke auprès de 5109 jeunes de 12 à 15 ans démontre que 87 % d'entre eux vivent très bien avec la différence.
Ce taux diminue de quelques points lorsqu'on inclut des comportements plus subtils, mais demeure tout de même « très élevé », à près de 80 %.
« Ça veut dire que plus des trois quarts des jeunes Québécois de cet âge ne présentent aucune forme d'intolérance. C'est fantastique », s'exclame l'un des coauteurs de l'enquête, Jean-Herman Guay.
Il rappelle avec à propos que dans quelques petites années, ce sont ces jeunes qui modèleront la société. Le fait qu'ils aient bien intégré les valeurs de tolérance ouvre la porte à tous les espoirs, selon lui.
Il n'y a pas si longtemps, quelques dizaines d'années tout au plus, rappelle-t-il, le discours nationaliste était construit autour d'une opposition des peuples : les Français contre les Anglais, les catholiques contre les protestants, etc. Et c'était pareil partout dans le monde, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
L'étude du professeur Guay et de son collègue Pierre Binette a été réalisée à la demande du Haut commissariat aux droits de l'homme des Nation unies, dans le contexte de la préparation et du suivi de la Conférence mondiale contre le racisme ayant eu lieu à Durban, en Afrique du Sud, en septembre 2001. Elle a rejoint 5109 répondants dans 19 écoles de la province.
Peu de racisme
Bien que 13 % des jeunes interrogés aient exprimé une certaine intolérance, ils sont bien peu nombreux à faire carrément preuve de racisme.
En fait, seulement 2 % d'entre eux poussent l'intolérance au point de rejeter l'idée que des personnes d'une autre origine que la leur viennent vivre dans leur pays, voire y viennent comme simples touristes.
Pour les autres, l'intolérance s'exprime plutôt par le refus de voir ces personnes intégrer leur environnement immédiat, c'est-à-dire leur famille, leur voisinage, leur cercle d'amis ou leur classe.
Pour ce groupe, plus la proximité est étroite, plus le refus est grand. C'est à la question « Accepterais-tu qu'une personne d'une autre couleur de peau—religion—langue maternelle marie un membre de ta famille ? » que la proportion de refus et d'indifférents a été la plus grande, et la proportion d'acceptation la plus faible.
Des trois distinctions soumises, la couleur de peau, la religion et la langue maternelle, c'est la religion qui apparaît partout comme le critère le plus sensible, avec une pointe encore plus aiguë dans la famille.
« La religion renvoie aux valeurs fondamentales de l'être », remarque Jean-Herman Guay. Lorsque le conflit éclate, c'est sur ce plan que l'absolutisme est le plus fort.
L'intolérance subtile
Au-delà de l'attitude d'ouverture ou de fermeture, les chercheurs se sont attardés aux comportements proprement dits, lesquels font ressortir certaines contradictions.
Par exemple, bien que 87 % des répondants se soient définis comme tolérants face aux différences, ils sont 23 % à admettre avoir déjà été injustes envers une autre personne en raison de sa couleur de peau, de sa religion ou de sa langue maternelle. De l'autre côté de la clôture, une portion importante des jeunes, 30 %, ont indiqué avoir déjà été victimes d'une injustice pour l'une ou l'autre de ces raisons.
Sur un plan plus subtil, que Jean-Herman Guay qualifie de deuxième degré, 25 % ont approuvé l'idée que « les gens d'une autre couleur de peau—religion—langue maternelle qu'eux devraient s'ajuster à ma façon de vivre ». Ils sont 62 % à avoir dit non à cette affirmation, alors que 13 % ne savaient pas.
« C'est là que réside tout le conflit pour les prochaines années. Est-ce qu'on souhaite que ces personnes qui viennent vivre chez nous mettent de côté toute leur façon d'être (ou si on accepte qu'elles soient différentes) ? » demande Jean-Herman Guay.
Diversité ou homogénéité
Une petite minorité de jeunes, 11 %, ont dit souhaiter vivre dans une école plus homogène, où tous auraient la même couleur de peau, la même religion ou la même langue maternelle. À l'opposé, ils sont presque trois fois plus (29 %) à désirer un milieu plus diversifié, alors que 60 % se disent indifférents à cette question.
Le recoupement des données est quant à lui des plus intéressants : 45 % de ceux qui souhaitent une école plus homogène ont déclaré avoir déjà fait preuve d'une injustice sur la base des critères mentionnés. C'est plus du double que la part des jeunes ouverts ou indifférents.
« En d'autres termes, les jeunes réfractaires à la différence posent en proportion beaucoup plus de gestes discriminatoires que ceux qui sont ouverts à la différence », analysent Binette et Guay.
Les grandes questions
Au-delà de la question de la tolérance, les chercheurs ont aussi sondé l'intérêt des jeunes pour les grandes questions. La paix dans le monde, l'abolition de la discrimination raciale et le respect des droits de l'homme viennent en tête de liste de leurs priorités, puisqu'ils sont 85 % à avoir jugé ces sujets très ou assez importants.
La réduction des armements vient beaucoup plus loin derrière, puisqu'elle retient l'attention de 60 % des jeunes.
Enfin, étonnamment, la protection de l'environnement ne semble guère les préoccuper, puisqu'ils ne sont que 40 % à lui accorder beaucoup ou assez d'importance. Ce dernier thème a perdu beaucoup en popularité depuis le début des années 90, estime le professeur Guay. Il en va de même pour tous les thèmes, dit-il, qui varient au gré du temps dans l'agenda de l'opinion publique. Et les jeunes ne sont pas imperméables à ça.
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