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«« Religion
« Riopelle servira les intérêts de l'Église »
Mylène Moisan
Le Soleil Le dimanche 17 mars 2002
Athée de son vivant, Jean-Paul Riopelle risque, bien malgré lui, de servir les intérêts de l'église, pour qui ses funérailles nationales sont une campagne inespérée de publicité.
C'est du moins l'opinion de Nicole Bouchard, professeure à l'Université du Québec à Chicoutimi, qui étudie précisément les rites de passage. « L'Église est prête à toutes les concessions, et ultimement à se prostituer, pour conserver son monopole sur les funérailles. Elle se sert de ça pour évangéliser et encore plus quand il est question d'une cérémonie publique comme c'est le cas avec Riopel-le. Éthiquement, l'Église devrait laisser aller. »
Depuis l'annonce de ces funérailles nationales organisées à l'église de l'Immaculée-Conception, d'anciens compagnons d'arme de ce monstre sacré ont élevé leur voix. C'est le cas de Madeleine Arbour, signataire en 1948 du Refus global, un manifeste franchement anticlérical. « En tant que signataire du Refus global, je ne me rendrai pas à l'église lundi (demain). Je refuse de participer à cela », tranche Mme Arbour, jointe au téléphone hier midi.
Elle confie n'avoir jamais discuté de la mort avec Riopelle. « Jean-Paul n'aimait pas la mort, on n'en parlait pas. Il était tellement blessé lorsque quelqu'un mourait autour de lui. »
Un autre signataire, Pierre Gauvreau, a choisi lui aussi de briller par son absence à la cérémonie. Ce boycott, ils le font par respect pour les convictions de leur ami, mort mardi soir à l'âge de 78 ans, à son manoir de l'Isle-aux-Grues. Selon Le Devoir, la décision de tenir des funérailles à l'église aurait été prise par Huguette Vachon, la dernière compagne de Riopelle. Le gouvernement du Québec et l'Église n'auraient fait que se plier aux volontés de Mme Vachon.
« Pour Riopelle, on aurait pu faire quelque chose de différent, de plus près de ses convictions. On aurait pu faire une cérémonie à l'extérieur, à l'Isle-aux-Grues par exemple. C'est une belle occasion manquée », déplore Mme Bouchard, qui souhaiterait bien que l'Église se désengage de cet essentiel rite de passage.
Plus laïc que religieux
Cela dit, la cérémonie organisée demain à Montréal a été dépouillée de presque tous ses rituels religieux. Pas de messe, pas de sermon. Ne restent que le temple et le curé. Aux yeux de Guy Lapointe, père dominicain et professeur de théologie à l'Université de Montréal, les funérailles de Riopelle seront rien de plus qu'un autre événement laïc en terre catholique. « Que l'église mette son bâtiment à la disposition de cette cérémonie, je ne m'en formalise pas, assure-t-il. Il s'y passe tellement de choses maintenant, des concerts, des activités de toutes sortes. »
Là ou Mme Bouchard voit une forme de prostitution, M. Bouchard perçoit une ouverture d'esprit à saveur d'à-plat-ventrisme. « L'Église a beaucoup évolué et je crois qu'elle a démontré beaucoup d'ouverture d'esprit en s'adaptant de la sorte. L'église québécoise ne cherche pas la confrontation, au contraire. Je crois plutôt qu'elle longe les murs. »
Quant au boycott de Madeleine Arbour et de Pierre Gauvreau, il déçoit beaucoup le dominicain. « Ça montre que le Québec a encore beaucoup de difficulté avec sa tradition religieuse, que les problèmes ne sont pas encore réglés. Ces gens-là se sont battus pour leur liberté, contre tout ce que l'Église avait de contraignant. Mais ils n'en sont pas sortis, et c'est bien dommage », regrette-t-il.
Funérailles de Riopelle
Une cérémonie simple pour un artiste extraordinaire
Sébastien Rodrigue
La Presse Le dimanche 17 mars 2002
Les amis, les proches et les admirateurs du peintre et sculpteur Jean-Paul Riopelle lui rendront ce lundi un dernier hommage au Plateau Mont-Royal, dans l'église où il a été baptisé et où il s'est marié, à l'occasion d'une cérémonie laïque.
Cette cérémonie se déroule toutefois sur un fond de controverse puisque certains artistes estiment que les funérailles de l'un des signataires du Refus global, un groupe d'artistes profondément anticléricaux, ne peuvent pas se tenir dans une église.
Madeleine Arbour et Pierre Gauvreau, également cosignataires du Refus global, ont d'ailleurs annoncé qu'ils n'assisteraient pas à la cérémonie. Françoise Riopelle, la première femme du peintre, et Françoise Sullivan seront les seules signataires présentes à la cérémonie. «L'important, c'est de lui rendre hommage et d'oublier le reste. Je ne comprends pas les gens qui s'attaquent à des images alors que c'est l'homme qu'on veut voir pour une dernière fois», dit son ami de longue date, Champlain Charest.
L'administrateur des biens de Jean-Paul Riopelle, Michel Trudel, précise que le peintre n'a laissé aucune directive avant de s'éteindre dans son manoir ancestral de l'Île aux Grues à l'âge de 78 ans. Il ajoute que, de toute façon, «cette cérémonie fait en sorte qu'elle n'est pas religieuse».
L'hommage réunira donc près de 900 personnes à l'église Immaculée-Conception, à l'angle de l'avenue Papineau et de la rue Rachel, à compter de 14h. Le directeur du Musée du Québec, John Porter, sera maître de cérémonie. Le curé de la paroisse sera présent, mais simplement pour souhaiter la bienvenue, précise M. Trudel.
Plusieurs témoignages se succéderont au cours de la cérémonie. Champlain Charest sera le premier à rendre hommage à celui qu'il a connu à Paris en octobre 1968. «Je suis surpris par les hommages rendus à Riopelle, alors que par le passé on semblait partiellement l'ignorer et même le ridiculiser sous certains aspects», souligne-t-il. Suivra le témoignage de la cousine de l'artiste, Lise Riopelle, ainsi que celui de l'un de ses petits-fils.
Le groupe rap Loco Locass viendra ensuite chanter une chanson de son cru, puis le comédien Jean-Louis Roux prendra la parole, tout comme le premier ministre du Québec, Bernard Landry.
Le jazzman Vic Vogel clôturera ensuite la cérémonie en jouant une des chansons favorites du défunt, Big Bertha. La dépouille sera finalement transportée au cimetière Côte-des-Neiges. L'hommage sera télédiffusé sur RDI et également retransmis par satellite au Centre culturel canadien à Paris.
De nombreux dignitaires seront présents pour saluer l'artiste, dont la ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux, la présidente de l'Assemblée nationale du Québec, Louise Harel, la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, la gouverneure générale du Canada, Adrienne Clarkson, et l'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau.
De son côté, la Ville de Montréal invite les citoyens à signer un livre d'or aujourd'hui dans le hall d'honneur de l'hôtel de ville, où sera exposée une oeuvre de l'artiste pour l'occasion. La petite commune de Vétheuil, près de Paris, où a vécu le peintre à partir de 1969, a décidé pour sa part de donner le nom de Jean-Paul Riopelle à un lieu ou à un édifice public.
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