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«« Intervention de Guy Chevrette
Approche commune: il est un peu tard pour bien faire
Carol Néron
Le Quotidien Le vendredi 4 octobre 2002
Éditorial - Les réactions — virulentes chez les Blancs, soulagées chez les Autochtones — nées dans la foulée de la nomination en catastrophe par Bernard Landry de l'ex-ministre Guy Chevrette, à titre d'«envoyé spécial» au Saguenay—Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord dans le dossier de l'Approche commune, illustrent parfaitement le fossé profond qui sépare désormais les deux communautés. Les premiers se disent satisfaits et ne cachent pas leur enthousiasme. Les seconds sont outrés. Ils ironisent en déclarant qu'ils n'ont pas besoin de se faire expliquer un texte — qu'au demeurant ils comprennent trop bien — par un émissaire venu expressément de la métropole, en qui ils voient surtout l'un des principaux responsables, avec Louis Bernard, du climat de confrontation et de tension qui hypohèque depuis l'été dernier la paix sociale de la région.
Pour le chef du gouvernement québécois, les populations blanches impliquées directement dans le projet de traité sont «angoissées». Guy Chevrette, qui donne la réplique à Bernard Landry sur le même ton de compassion, considère quant à lui que les gens sont «anxieux». L'un et l'autre commettent une grave erreur d'interprétation.
Car les Blancs sont autant en colère, sinon davantage, (en beau maudit, selon l'expression québécoise consacrée) qu'inquiets face au contenu de l'Approche commune. Ce ressentiment n'est nullement dirigé contre les Autochtones, il vise plutôt les deux paliers de gouvernement. Les adversaires de ce projet de traité suspectent fortement Ottawa et Québec, probablement avec raison, d'avoir voulu conclure en cachette une entente historique sur le dos des régionaux, question notamment de s'acheter une réputation auprès de la communauté internationale. Ce ne sont pas, en effet, quelques arpents de neige cédés en région pour se donner bonne conscience qui devraient faire une grosse différence dans les grands centres...
Harmonie sérieusement compromise
Il serait sans doute difficile, voire impossible, d'identifer un Saguenéen ou un Jeannois qui ne soit pas en faveur de la signature d'un traité juste et équitable avec les Autochtones, une entente qui rendrait justice à leurs compatriotes tout en leur permettant, dans le respect de leurs coutumes et de leurs traditions, de devenir enfin partie prenante de la société québécoise et canadienne. Ce raisonnement peut également s'appliquer aux résidants de la Côte-Nord. Le seul élément qui fait défaut pour atteindre ce résultat touche à la participation active des régionaux à la négociation, car ce sont eux qui devront vivre avec leurs frères et soeurs autochtones une fois le traité signé...
Bernard Landry fait encore fausse route par ailleurs quand il affirme que «ce n'est pas facile de faire la paix [avec les Autochtones] après des siècles et des siècles de discorde».
En autant que le Saguenay—Lac-Saint-Jean est concerné, l'harmonie, teintée il est vrai d'une certaine indifférence, a toujours présidé aux relations avec la communauté montagnaise de Masteuiash. Ce climat de bonne entente a commencé à régresser seulement après que les fonctionnaires fédéraux et provinciaux aient reçu le mandat de leur gouvernement respectif de négocier un traité avec les représentants des Premières nations, au nom des «colonies». Les choses n'en seraient certainement pas arrivées où elles en sont présentement, si Québec et Ottawa avaient eu le bon réflexe d'inviter les populations directement touchées par l'Approche commune à déléguer des représentants à la table de négociation...
Réparer ce qui peut l'être encore
Le temps est maintenant venu de réparer ce qui peut l'être encore. La tâche ne sera pas facile. Guy Chevrette débarquera bientôt dans la région et sur la Côte-Nord précédé de sa réputation.
L'ancien ministre a 80 jours pour délimiter un cadre d'intervention qu'il soumettra aux élus de l'Assemblée nationale. «Les populations blanches [concernées par l'Approche commune] ont des choses à dire», a lâché Bernard Landry, mercredi, avant de conclure: «Guy Chevrette sera là pour écouter».
Dommage que le gouvernement québécois n'ait pas pensé plus tôt à consulter les gens en les impliquant, même indirectement comme il tente de le faire présentement de façon maladroite, dans le processus de négociation...
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