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«« Intégration et religion
Religion ou sécurité
Brigitte Breton
Le Soleil Le jeudi 18 avril 2002
Éditorial - La Charte canadienne des droits et libertés fête cette semaine ses 20 ans. La cause de Gurbaj Singh Multani, ce jeune sikh qui réclame le droit de porter son kirpan à l'école, illustre par ailleurs toute la difficulté qui existe à concilier raisonnablement droits individuels et droits collectifs au pays.
Les droits des uns s'arrêtent là où commencent ceux des autres. Facile à dire, mais plus ardu d'en établir la démarcation. Ainsi, dans le cas de l'écolier de LaSalle, les parents estiment que par respect pour leur religion, l'école devrait permettre à leur fils de fréquenter l'école avec son kirpan. L'école rétorque que pour assurer la sécurité de l'ensemble des élèves, il devra s'en abstenir, car les couteaux sont interdits par le code de conduite de l'établissement.
La liberté de religion de l'un est garantie par la Charte canadienne des droits et libertés. La sécurité défendue par les autres est aussi une garantie constitutionnelle. La Cour supérieure se prononcera en mai sur les questions de fond que soulève pour l'école québécoise le port de ce couteau symbolique pour les sikhs. En attendant, permettons-nous quelques réflexions.
L'école et la commission scolaire font-elles preuve d'intolérance et briment-elles la liberté religieuse de l'adolescent en lui demandant de laisser son kirpan à la maison ? Sauf pour les sikhs orthodoxes, il semble bien que non. D'autres sikhs fréquentent les écoles montréalaises et ont accepté de porter un kirpan symbolique en plastique ou en forme de pendentif. Pour l'harmonie et le bien commun, chacun devrait être capable de faire son bout de chemin.
Rappelons aussi que le Québec a fait le choix en 1998 de changer le statut confessionnel des commissions scolaires pour leur donner un statut linguistique. Que devient ce choix de laïcité si l'école se voit dans l'obligation de respecter toutes les particularités de diverses religions ? L'école n'est pas un lieu de pratique religieuse.
Cette semaine, le juge Claude Tellier, de la Cour supérieure, a fait valoir que depuis 100 ans, aucun cas de violence relié au port du kirpan n'a été signalé. Faut-il attendre que se produise un triste événement pour intervenir ? C'est à l'école qu'incombe la responsabilité d'assurer la sécurité des élèves et du personnel. En 1990, une cour ontarienne a jugé que professeurs et élèves avaient droit de porter le kirpan. Le milieu scolaire s'est endurci depuis. Dans certaines écoles, les manifestations de violence sont quotidiennes.
Au fil des ans, l'interprétation de la Charte doit suivre le changement des valeurs et aussi s'adapter au contexte dans lequel évoluent les individus. Qui oserait dire aujourd'hui qu'il est déraisonnable d'interdire le kirpan à bord des avions ?
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